Diapo. Rabat: un an après, le Marché central attend toujours l’inspecteur des travaux finis

1992

Construit au début du XXème siècle, le marché central, connu pour ses étals bien fournis en viandes et poissons, est une véritable institution de la capitale. Fermé en septembre 2018 pour rénovation, il affiche aujourd’hui encore portes closes alors que les travaux ont été achevés depuis plus d’un an. Résultat: les clients ont déserté et les commerçants sont désespérés…

Un samedi matin au marché central de Rabat. La foule habituelle n’est plus au rendez-vous, il est vrai que l’endroit n’est pas trop accueillant : la circulation alentour est toujours chaotique malgré l’ouverture de nouvelles trémies et le stationnement relève du miracle.

Mais promis, tout cela sera bientôt fini rassure la wilaya, les Rbatis devraient retrouver bientôt une jolie place avec son grand parking, une kissarya avec des boutiques plus avenantes, mais surtout une circulation plus fluide. Mais le clou du projet, devait être la rénovation du marché central qui a subi une cure de jouvence mai qui tarde à reprendre du service.

Véritable institution, ce marché construit au début du XXe siècle sous le protectorat, a subi le poids des années. Sa rénovation devenait urgente face à des canalisations vieillissantes, des murs décrépis et des parties du toit qui menaçaient de tomber…

Le projet de rénovation fait en tout cas l’unanimité auprès des 85 commerçants du marché, lassés de travailler dans un endroit peu commode et pas toujours reluisant pour les visiteurs…

Le 14 septembre 2018, ils sont priés par la wilaya de remettre les clés de leurs boutiques et de quitter les lieux pour des travaux qui devaient durer en principe, un an. Durant cette période, ils sont recasés dans un préfabriqué qui jouxte le bâtiment principal, chaque commerçant se voit attribuer alors un local de 9m2 pour continuer son activité.

Quinze mois après, les travaux concernant le gros œuvre sont livrés et pourtant, le bâtiment est toujours officiellement “en chantier”. Les quelques commerçants qui ont pu franchir la palissade de panneaux métalliques qui l’entourent assurent que tout est prêt pour que le marché reprenne ses activités.

«Les travaux sont finis depuis décembre 2019, nous assure Ali Belhaj, président de l’association des commerçants. On ne comprend pas ce qui bloque pour nous laisser revenir à l’intérieur. Un an et 9 mois que ça dure depuis la remise des clés, et il n’y a toujours pas d’électricité».

 

Dialogue de sourds

 

Lasse, l’association adresse alors un courrier à la Wilaya et demande à être reçue pour obtenir des assurances et des dates quant à la réouverture. Mais à ce jour, aucune réponse. «Il est vrai qu’il y a d’autres priorités avec cette crise du covid, tente de se persuader Ali, mais la situation devient inquiétante pour nous, la fréquentation a beaucoup baissé. Les problèmes de stationnement et le covid n’arrangent pas les choses, les clients ont déserté…»

 

Chez les commerçants, la colère est à peine retenue. Saïd qui disposait de deux locaux pour écouler ses pâtisseries, s’est retrouvé dans 18m2 avec ses 14 employés. «J’ai dû louer un autre local à 15.000 DH par mois pour installer mes machines et mes deux fours pour continuer à produire mes pâtisseries. J’ai eu aussi des frais de transport pour acheminer les gâteaux, ce qui a engendré des coûts supplémentaires.» L’affaire a pu continuer et l’emploi a été sauvegardé, malgré une baisse de fréquentation… Mais aujourd’hui, la situation vire au cauchemar pour ce pâtissier qui n’arrive plus à joindre les deux bouts et a mis la clé sous la porte. «On a pu tenir un peu grâce aux aides de l’Etat jusqu’en juin, mais ensuite on dû fermer, on ne pouvait plus payer les ouvriers qui se retrouvent sans travail».

«La situation est kafkaïenne, s’insurge Said le pâtissier. Le marché est fermé alors qu’à l’intérieur les boutiques et les étals de poissonniers sont prêts à être livrés. Aujourd’hui, tout le monde a vu son chiffre d’affaires s’effondrer et beaucoup comme moi ont dû jeter l’éponge. Ce sont plus de 80 familles qui sont concernées…» Au total, ce sont près de 5000 personnes qui vivraient des activités de ce marché central selon les commerçants et leur président.

Du côté des poissonniers, l’ambiance est également très tendue. La situation s’est dégradée pour nombre d’entre eux et beaucoup ont dû se séparer d’une partie de leur équipe faute de rentrées d’argent.

 

Des allées désertées

 

«Nous étions 40 poissonniers dans l’ancien marché, nous précise Amine, on faisait vivre quelque 2000 personnes, sans compter les autres petits boulots autour. Aujourd’hui, la situation est catastrophique, beaucoup ont dû abandonner et changer d’activité pour faire vivre leur famille».

Un coup d’œil dans ce préfabriqué réservé aux poissonniers suffit à comprendre leur désarroi. Des allées désertées, des étals à moitié vides et des commerçants à l’affût des rares clients. Les produits sont pourtant bien présents, frais et accessibles, mais pas beaucoup de monde pour s’y intéresser. Chez les poissonniers, le cœur n’y est plus…

Et Amine de pointer le grand projet d’aménagement Madinat Anouar qui doit donner un nouveau souffle au centre-ville. Mais pour l’instant, rien à l’horizon: «aucune date, aucune assurance nous ont été données, déplore Amine. Les travaux sont finis et on a l’air d’être toujours en chantier, alors les clients sont découragés et vont ailleurs, et je les comprends. »

 

La situation est en effet incompréhensible. Quand le marché ferme ses portes le 14 septembre 2018, le wali de l’époque s’engage à livrer un marché rénové dans un délai de huit mois. En décembre 2019, les travaux sont livrés, mais le marché ne rouvre pas pour autant. Deux mois après, un changement à la tête de la wilaya va contribuer à retarder cette réouverture. Mohamed Mhidia, Wali de la région de Rabat-Salé-Kénitra et Gouverneur de la préfecture de Rabat, est nommé Wali de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima et Gouverneur de la préfecture de Tanger-Assilah le 7 février 2019. Un courrier de l’association des commerçants est envoyé à la nouvelle équipe pour solliciter une audience, mais aucune réponse…

S’ensuivra la crise du covid qui n’arrangera pas les choses. Les commerçants vivent alors au gré des confinement, déconfinement, semi-confinement… les choses ne vont que s’empirer. Nous avons tenté également de joindre le service concerné par ce dossier à la wilaya, mais sans succès non plus.

Et ces fêtes de fin d’année, en général synonymes de bonnes affaires, s’annoncent déjà décevantes. Et les commerçants du Marché central commencent à avoir sérieusement les boules…