Diapo. Déconfinement: les salles de sport dans les starting-block

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Image d'illustration. DR

Comme le secteur de la beauté et du bien-être, celui du sport pâtit sévèrement de la crise économique liée à la pandémie du covid-19. Sans activité depuis bientôt quatre mois, les professionnels s’organisent en association pour mettre en œuvre les moyens de leur pérennité.

«Les conséquences économiques de ces cessations d’activités provisoires sur l’industrie du fitness et de la remise en forme seront catastrophiques et la pérennité́ de cette industrie est menacée», lit-on dans le «Projet de mesures sanitaires préconisées en temps de crise due au covid-19» proposé par l’Association Marocaine des Professionnels de l’Industrie du Fitness et de la remise en forme (AMPIF) et dont H24Info a reçu copie.

«Jusqu’à présent, le secteur n’était pas organisé. La crise nous a poussé à nous regrouper en association», explique Othmane Meziane, propriétaire des salles Bfit Club à Casablanca, qui précise que l’association est en cours de création avec une équipe de lancement.

La semaine dernière, les représentants de l’AMPIF ont rencontré le ministre de la Culture, de la jeunesse et des sports, Othman El Ferdaous, pour lui proposer leur «Plan d’action sanitaire». «Le ministère avait également un plan d’action sanitaire. Quand on a comparé les deux, on a constaté que nos mesures se rejoignent à pratiquement 80%. Ce sont grosso modo les mêmes lignes directrices qui ont chapeauté les deux dossiers», explique Driss Chraïbi, porte-parole actuel de l’AMPIF et propriétaire de Sport Plazza, à Casablanca.

Le plan d’action sanitaire élaboré par l’AMPIF se compose de «quatre axes majeurs retenus eu égard à leur applicabilité et de leur nécessité»: les mesures de distanciation (réaménagement du temps et de l’espace); le volet nettoyage/désinfection/hygiène (mise en place d’un planning de désinfection et constitution d’un stock de produits essentiels certifiés par les autorités compétentes); la traçabilité (vérification de symptômes et enregistrement des cas suspects); la communication ciblée quant aux exigences imposées dans le cadre de la lutte contre le covid-19 (personnel et membres).

 

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En substance, chaque membre doit bénéficier d’un espace de 4m2; entre les machines, un mètre de distance doit également être respecté; il faut limiter le nombre de personnes dans la salle; établir un marquage au sol pour les directions d’entrée et de sortie; désinfecter les salles après chaque séance… Des mesures similaires à ce qui se pratique en Europe, bien avancée dans son processus de déconfinement.

«Aujourd’hui, le Directeur des Sports a transmis le dossier au ministère de la Santé pour validation. Nous n’attendons plus que le feu vert des ministères de la Santé et de l’Intérieur», ajoute-t-il.

Un avenir incertain

La prolongation de l’état d’urgence jusqu’au 10 juillet prochain a plongé de nombreux corps de métiers dans le désespoir. Les professionnels du sport pensaient reprendre leur activité entre le 15 et le 20 juin. Dans ces nouvelles circonstances, «je pense qu’on s’achemine davantage vers une réouverture début juillet», envisage Driss Chraïbi qui confie que plusieurs salles ont décidé de fermer définitivement sous le poids de la crise économique.

Le manque de visibilité inquiète les professionnels quant à l’avenir de leur activité. «Si l’on n’ouvre pas d’ici septembre, ça va être compliqué de perdurer», témoigne Khalid Lagab, propriétaire de l’école d’arts martiaux JK Club à Casablanca. «J’ai pu tenir jusqu’à maintenant grâce à ma boutique d’import/export de matériels de sport, mais mes sept employés sont au chômage», poursuit-il.

Même inquiétude du côté de Mohamed Moumni, propriétaire de Kidiclub, un club de sport pluridisplinaire pour enfants à Casablanca. «Par rapport à toutes les charges qu’on a, on est dans une situation économique très critique. On perd déjà trois mois, et même si on ouvre en juillet/août, notre activité ne génère pratiquement pas d’abonnements durant cette période. Au final, ça nous fait un arrêt de six ou sept mois», désespère le membre de l’AMPIF qui embauche une trentaine de personnes.

En effet, l’été est une période creuse pour le secteur qui commence à enregistrer un chiffre d’affaires intéressant en septembre, lors des (ré)inscriptions annuelles. «Le plus difficile sera la réouverture, comment ça va être, est-ce que les gens vont revenir avec la crise économique, celle-ci ne va-t-elle pas impacter notre secteur, le sport ne va-t-il pas être laissé pour compte?», s’interroge de son côté Driss Chraïbi, porte-parole de l’AMPIF qui «sollicite l’intervention de l’État au niveau fiscal pour obtenir un allègement afin que le sport continue à exister et que les employés puissent garder leurs postes».

Sauvé par le digital

Dans ce contexte peu favorable, certaines structures ont toutefois réussi à rebondir et reproduire leurs services via les canaux digitaux. C’est le cas de Sami Boughanem, fondateur de la Casablanca Karaté Academy (CKA Morocco) à Casablanca, qui enregistre un taux de présence de 70 à 80% de l’effectif habituel. «Le jour même de la fermeture des salles de sport, on a commencé directement notre travail en vidéoconférences. On n’a pas eu une seule journée de retard par rapport à nos programmes sportifs et éducatifs», se réjouit l’ex-médaillé de bronze à la coupe du monde de Karaté.

«Des centaines d’inscrits nous suivent en cours individuel, en plein air ou dans nos clubs via des plateformes-vidéo. Par contre, nos établissements scolaires partenaires ont stoppé la collaboration pour des soucis de respect du planning de e-learning», détaille-t-il, précisant qu’il n’a mis aucun de ses salariés au chômage car «les inscriptions sont budgétisées à l’année. Environ 70% des inscrits démarrent en septembre/octobre». «Tous les parents et adhérents sont très contents des prestations qu’on donne via l’application pendant cette période de confinement. Il y a certes des difficultés, des inscrits qui n’ont pas pu suivre psychologiquement via l’application mais la majorité s’est montrée réceptive».

Idem pour les salles Bfit Club qui travaillaient déjà beaucoup avec les canaux digitaux. «On a réussi à garder 75% de nos clients», déclare Othmane Meziane, membre de l’AMPIF. «Nous souffrons financièrement mais comme on était digitalisé et qu’on ne fait principalement que du coaching individuel, notre transition a été très rapide. On fait les cours de coaching par visioconférences et nos clients obtiennent d’énormes résultats».

 

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Si le propriétaire a pu sauver 99% de ses emplois, il a toutefois fermé l’une de ses trois salles à Casablanca. «On savait que la crise n’allait pas durer seulement deux semaines, mais minimum trois mois et demi. La particularité de notre secteur, c’est qu’au moment où on sera autorisé à rouvrir, on aura des pertes sèches dans le sens où les charges vont être à 100% (salaires, loyers, etc.) alors que les entrées d’argent vont être à 50% sur bien trois mois», anticipe le propriétaire de Bfit Club qui a également pu maintenir sa situation avec la vente de matériels de sport. Mieux encore, il prévoit d’ouvrir d’ici la fin de l’année une nouvelle salle à Anfa, «un espace plus adapté, plus grand, avec de nouvelles activités».

En attendant le feu vert des ministères compétents, les propriétaires des salles de sport se disent prêts à rouvrir. «Toutes les mesures ont été prises, on a anticipé pour pouvoir ouvrir immédiatement, dès qu’on aura l’autorisation», confirme Driss Chraïbi de l’AMPIF qui recense actuellement au Maroc quelques 3.000 salles de sports (une centaine de sociétés et 2.900 associations affiliées généralement à des fédérations), des dizaines de milliers d’emplois et des centaines de milliers de clients.

L’AMPIF se compose de soixante enseignes, soit environ 60% du marché structuré du fitness. «Aujourd’hui, sur tous les membres actifs, aucun ne pense à fermer. Ça ne veut pas dire que dans les prochains jours, aucun ne change d’avis, mais on reste optimistes et on espère tous continuer à travailler», conclue le porte-parole de l’association.