Crise au Venezuela: pour Mustapha Brahma, «le Maroc doit prendre de la hauteur»

Mustapha Brahma, secrétaire général du parti d’extrême-gauche la Voie démocratique (Annahj Addimocrati) a récemment pris part à l’investiture de Nicolas Maduro entant que président du Venezuela. Il revient avec nous sur son voyage et nous livre la position de son parti quant à l’éventualité d’une reconnaissance du Maroc du président autoproclamé Juan Guaido.

H24info: Le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita a eu un entretien téléphonique mardi avec Juan Guaido, président de l’Assemblée Nationale du Venezuela. Comment analysez-vous cette prise de contact?

Mustapha Brahma: L’initiative de Juan Guaido n’est pas anodine. Il a fait cela avec plusieurs Etats qui étaient en froid avec Chavez et Maduro. Il est entrain de chercher la reconnaissance au niveau internationale pour asseoir une légitimité qu’il n’a pas pu décrocher dans les urnes. Pour ce qui est de la position du Maroc, elle ne m’a pas semblé très claire et il n’y a rien d’officiel pour le moment. Le Maroc par le biais du chef de la diplomatie a exprimé «le soutien du Maroc à toutes les actions menées afin de répondre aux aspirations légitimes du peuple du Venezuela à la démocratie et au changement», mais cela ne vaut pas une reconnaissance de la présidence de Guaido. Quand le Maroc le reconnaitra officiellement, on en reparlera.

Vous avez récemment pris part, à Caracas, à l’investiture du président Maduro à la tête du pays. Dans quel cadre vous êtes-vous déplacé?

En tant que parti de la Voie démocratique, nous avons des relations avec plusieurs partis politiques de gauche et nous faisons partie du comité préparatoire d’une nouvelle internationale, qui a élu domicile au Brésil mais qui a organisé sa première assemblée générale à Caracas lors de l’élection de Nicolas Maduro. En tant que membre de ce comité, j’ai été invité par le président du comité préparatoire à faire partie des présents et des invités d’honneur de l’investiture du président Maduro. J’ai assisté au défilé militaire et les membres du comité préparatoire de la nouvelle internationale ont assisté au discours du nouveau président.

Vous ne pensez pas qu’un gouvernement de droite au Venezuela sera plus bénéfique aux intérêts du Maroc, notamment concernant le conflit au Sahara ?

L’intérêt du Maroc est dans le soutien de la démocratie et de la volonté des peuples, non dans des petits calculs. Les relations entre les pays se basent sur les principes et pas seulement les intérêts, surtout si on souhaite inscrire ces relations bilatérales dans la durée. Le Maroc doit tabler sur la démocratie car si Maduro part aujourd’hui, son parti pourrait revenir lors des prochaines élections. Il faut prendre de la hauteur au lieu de sombrer dans des petits calculs.