Covid-19: le point sur la vaccination, deux semaines après le début de la campagne

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Deux semaines après le lancement de la campagne massive de vaccination, plus d’un million de personnes ont pu bénéficier de leur première dose vaccinale. Personnes prioritaires, variants, effets secondaires… H24Info fait le point sur la vaccination en cinq questions. 

 

1. Combien de personnes ont été vaccinées jusqu’à présent?

Le nombre de personnes vaccinées jusqu’à présent s’élève à 1.112.103 (au 12 février à 18h). Ces personnes ont reçu leur première dose de vaccin anticovid AstraZeneca ou Sinopharm. Pour rappel, le Maroc a reçu pour le moment six millions de doses d’AstraZeneca et 500.000 doses de Sinopharm. Le troisième lot de vaccins reçu jeudi comprenant quatre millions de doses d’AstraZeneca a permis d’élargir la campagne de vaccination à la tranche d’âge de 65 ans et plus. L’opération de vaccination se déroule de façon progressive au fur et à mesure de l’arrivée des livraisons du vaccin au Maroc pour couvrir l’ensemble des catégories ciblées, a indiqué le ministère dans un communiqué.

 

2. Les malades chroniques sont-ils prioritaires?

« Le curseur est en fonction de l’âge. Du moment où l’on commence par les plus âgés, forcément on trouvera parmi cette catégorie de personnes la majorité des comorbidités. Le seul moyen d’être le plus juste est en fonction de l’âge. De toutes façons, tout le monde va finir par être vacciné », explique Pr. Yahia Cherrah, membre du comité technique de vaccination. « Une fois l’âge réduit, il est tenu compte des comorbidités et des maladies chroniques. La stratégie vaccinale est une stratégie dynamique qui dépend en premier lieu des quantités de vaccins qui arrivent », poursuit l’expert.

« Si le Maroc fait des efforts pour avoir un vaccin à sa disposition, c’est justement pour vacciner en priorité les personnes âgées et à maladies chroniques, en plus des personnels exposés. Non seulement ce n’est pas contre-indiqué chez elles, mais c’est même indiqué en premier lieu pour ces personnes », renchérit Dr. Tayeb Hamdi, chercheur en politiques et systèmes de santé et également vice-président de la Fédération Nationale de la santé.

« Pour prioriser les groupes, il y a deux critères: le critère d’exposition (professionnels de santé et autres), et le critère de gravité (personnes qui risquent de faire une forme grave ou décès du covid) donc les personnes âgées en premier lieu, et les personnes qui ont des maladies chroniques, celles-ci sont prioritaires indépendamment de leur âge, la maladie chronique est en elle-même un critère de gravité. Ce groupe n’a pas été inclus dans le premier jet car ça dépend de la quantité de vaccins disponible. L’élargissement de la campagne de vaccination va intégrer les personnes de moins de 75 ans mais aussi les personnes qui ont des maladies chroniques, en partant des plus âgées aux moins âgées », détaille Hamdi.

 

Lire aussi : Vaccin: la France premier pays à recommander une seule dose pour les personnes ayant déjà eu le Covid

 

De manière générale, les seules contre-indications actuellement retenus pour les vaccins sont soit absolues (grossesse et allaitement; antécédent de réaction allergique systémique grave (choc anaphylactique ou œdème de Quincke); antécédent de réaction allergique à une dose précédente de ce vaccin), soit temporaires (ils peuvent se vacciner après) en cas de maladies infectieuses en phase aigüe. Les personnes présentant une infection covid-19 symptomatique ne doivent pas recevoir le vaccin jusqu’à rétablissement clinique et quatre semaines après le début des signes cliniques. Pour les cas asymptomatiques, un délai de quatre semaines est requis après la date de diagnostic.

 

3. Où en est-on au Maroc par rapport aux variants?

Le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb, a annoncé hier, dans une déclaration à la MAP, l’enregistrement récent de trois cas du variant britannique au Maroc. Il a rassuré par ailleurs sur l’absence de toute autre souche détectée dans le royaume, notamment celle sud-africaine. Le ministre a alors expliqué que le Maroc mène une surveillance génomique pointue de toute nouvelle souche de ce virus à travers quatre centres qui soumettent un rapport hebdomadaire à cet égard. « 10% des cas positifs sont séquencés, c’est-à-dire qu’on cherche les mutations, les nouvelles souches sur 10% des prélèvements », précise Dr. Hamdi. Pour rappel, un citoyen marocain résidant en Irlande et porteur du virus était arrivé à Tanger-Med. Asymptomatique, l’intéressé a été placé en isolement à Casablanca dès sa sortie du bateau, le patient et les personnes contacts ayant été traités conformément au protocole sanitaire en vigueur dans le royaume.

 

4. A-t-on remarqué des effets secondaires jusqu’à présent?

Dans le cadre de la compagne de vaccination covid-19, une application informatique «Yakadaliqah» est mise à la disposition de la population pour permettre de notifier les effets indésirables du vaccin, un médecin se chargera d’examiner les notifications, et orienter les vaccinés sur la prise en charge adéquate. « Nous n’avons enregistré aucun effet indésirable grave », rassure Pr. Cherrah qui ajoute qu’au 10 février, 244 notifications d’effets indésirables mineurs et attendus ont été relevés (petite fièvre, rampes, petites douleurs au point d’injection) depuis le début de la vaccination.

 

Lire aussi : 3 nouveaux cas du variant britannique détectés au Maroc et la deuxième dose de vaccin administrée dans une semaine

 

Pour rappel, Yakadaliqah est la plateforme de télésuivi médical qui permet de déclarer les événements indésirables à la suite de la vaccination. Elle ne s’activera qu’après le passage au centre de vaccination de la personne à vacciner, et son accord pour le télésuivi. Si la personne vaccinée constate des effets secondaires, elle doit se connecter sur la plateforme, cliquer sur «Auto-évaluation» puis sur «Évènements indésirables après vaccination» pour répondre à un questionnaire. Un médecin reçoit alors les évènements indésirables déclarés et les demandes d’avis médical. Une réponse sera adressée par le biais de la messagerie de l’application.

  • par l’application Jawaz-asseha disponible gratuitement sur Google Play et App Store;
  • sur le portail Liqah corona, rubrique «Je déclare un événement indésirable suite à ma vaccination» puis je clique sur le lien en bas de page.

Jawaz-Asseha est une application gratuite disponible sur Google Play et App Store. C’est un carnet de santé numérique interfacé à la plateforme de télésuivi Yakadaliqah qui simplifie l’accès au télésuivi de la personne vaccinée contre le coronavirus.

 

5. Faut-il obligatoirement prendre la deuxième dose et quand?

Depuis le début de la vaccination dans le monde, divers propos sont relayés à ce sujet par les médias. Concernant la durée d’espacement entre l’injection des deux doses, il faut compter officiellement 21 jours pour Sinopharm et 28 jours pour AstraZeneca. Une récente étude faisant l’objet d’une pré-publication dans la revue The Lancet soutient que le vaccin AstraZeneca est efficace à 76% après la première dose et que la seconde dose peut être délivrée trois mois plus tard. A ce propos, Pr. Cherrah souligne qu’il n’y a « pour le moment pas d’étude publiée et validée par les paires ». Il invite donc chaque personne à respecter l’écart mentionné par l’Autorisation de mise sur le marché.

Par ailleurs, les autorités sanitaires françaises ont recommandé vendredi de «ne proposer qu’une seule dose» de vaccin contre le covid-19 aux personnes «ayant déjà fait une infection» par le coronavirus, devenant ainsi le premier pays à formuler une telle recommandation, rapporte l’AFP. Le motif invoqué est l’immunité acquise par les malades guéris du coronavirus. « La dose unique de vaccin jouera ainsi un rôle de rappel », explique la Haute autorité de santé (HAS) dans son avis, qui doit encore recevoir l’aval du gouvernement français. Aucun autre pays ne s’est positionnée sur cette question, le Maroc non plus, les scientifiques n’ayant toujours pas analysé cette option. « A ce jour, les deux injections sont automatiquement nécessaires au niveau du Maroc », confirme Pr. Cherrah. « Il faut sensibiliser les personnes à revenir prendre leur seconde dose. N’écoutez pas les contrindications fallacieuses et farfelues que peuvent dire le voisin ou la voisine. Au centre de vaccination, la personne est accueillie par un médecin qui procède à un interrogatoire afin d’évaluer l’aptitude de la personne à se faire vacciner », conclue le spécialiste.