H24Info est un produit du groupe

    GEOMEDIA est l’un des groupes-médias les plus importants au Maroc avec 3 titres majeurs (Print et Web):

    Crée en 2013, H24Info s’est imposé comme le support-média francophone de référence auprès de lecteurs en quête d’une information fiable et instantanée sur le canal digital. H24 Info enregistre plus de 30 Millions de visites annuelle.

    Numéro dépôt légal : ص 2018/22

    Réputé plus contagieux et plus résistant aux vaccins, le variant indien est en passe de devenir le variant dominant au niveau mondial, selon l’OMS. Au Maroc, seulement deux cas ont été annoncés officiellement le mois dernier. Doit-on se préoccuper d’une éventuelle invasion? Eléments de réponse.

    Le variant Delta (indien) progresse actuellement dans de nombreux pays, prenant le pas sur le variant Alpha (britannique). Détecté en octobre dernier en Inde, ce variant a été signalé jusqu’à présent dans 77 pays, avec une relative propagation ces quatre dernières semaines dans quelque 25 pays, rapporte le site de veille génomique Gisaid. Au Royaume-Uni, il représente actuellement environ 90% des cas d’infection par le virus SARS-CoV-2, tandis qu’en France, il sévit pour 9 à 10% des contaminations, voire 12 à 13% en Île-de-France.

    Connu pour être particulièrement contagieux, le variant Delta devrait représenter 90% des nouveaux cas de covid-19 dans l’Union européenne d’ici fin août, a averti mercredi 23 juin le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC).

    En Afrique, le variant Delta est enregistré dans 14 pays. Les autorités sanitaires tunisiennes viennent d’annoncer hier, mercredi, avoir détecté, pour la première fois dans le pays, des cas de contaminations au variant indien. Du côté du Maroc, doit-on se préoccuper de ce variant en phase de développement majeur à travers le monde?

    Seulement deux cas ont été annoncés officiellement au Maroc début mai, « mais ça ne veut pas dire que ce sont les seuls, loin de là », explique Pr. Kamal Marhoum El Filali. « Quand on en trouve deux, c’est qu’il y en a d’autres. La stratégie consiste à empêcher la pénétration du virus, même si on ne fait que retarder l’échéance. On se prépare, et ça passe par l’élargissement de la vaccination », poursuit le chef du service des maladies infectieuses au CHU de Casablanca.

    Même prédiction chez Dr. Tayeb Hamdi: « A chaque fois qu’il y a l’émergence d’un variant préoccupant, qui se propage d’une manière plus rapide, qui est plus virulent, ou qui détourne l’immunité ou la vaccination, il faut s’inquiéter, même si on ne le détecte pas sur le sol national. Car on sait qu’un virus finit toujours par passer les frontières et entrer dans tous les pays du monde, selon sa capacité de transmission ».

     

    Lire aussi : Dépassé par le variant indien, le Royaume-Uni met en pause le déconfinement

     

     

    Apparu il y a 8 mois en Inde, on sait désormais que ce variant est à 60% plus virulent que la souche Alpha (britannique), cette dernière l’étant déjà 70% plus que celle de Wuhan (souche classique), selon des études britanniques mentionnées par Dr. Tayeb Hamdi. De plus, le variant Delta double le risque d’hospitalisation par rapport au variant Alpha, selon une nouvelle étude nationale publiée sous forme de lettre de recherche dans The Lancet. « Ce sont des personnes qui vont être hospitalisées mais ne vont pas nécessairement aller jusqu’en réanimation, ni décéder », précise le chercheur en politiques et systèmes de santé.

    Vaccinés et contaminés?

    La vaccination reste-t-elle efficace contre le variant indien? C’est la question que l’on se pose quand on observe par exemple la situation en Israël, où environ 57% de la population est complètement vaccinée, mais où le variant Delta fait repartir les contaminations à la hausse ces derniers jours, même parmi les personnes vaccinées. Au Royaume-Uni, où le variant indien affecte 90% des cas contaminés, environ 48% de la population a reçu ses deux injections.

    Face à pareil constat, plusieurs paramètres sont à prendre en compte. Premièrement, lorsqu’on affirme qu’un vaccin est efficace à 80 ou 90%, on a tendance à oublier les 10-20% d’échec. Deuxièmement, l’analyse des chiffres doit se faire à la lumière de rapports pertinents pour éviter les interprétations fausses ou erronées. La marge d’échec d’efficacité d’un vaccin conduira nécessairement à des cas de contaminations parmi les vaccinés (formes symptomatiques peu graves); ce qu’il faut mettre en perspective est le nombre de personnes contaminées parmi les vaccinés, et le nombre de personnes contaminées parmi les non-vaccinées.

    Enfin, les études actuelles démontrent effectivement une efficacité moindre des vaccins contre le variant Delta. Egalement, le variant Delta détournerait l’immunité conférée par la maladie, c’est-à-dire que les personnes ayant déjà contracté le covid-19 avec la souche Delta ont peut-être un risque de plus de le recontracter, par rapport à une personne ayant été touchée par la souche Alpha, selon ces premières études.

    En effet, les anticorps produits par des patients infectés par la souche classique (Wuhan) ou le variant anglais confèrent une meilleure immunité contre tous les variants, par rapport à celle développée après une infection par les variants sud-africain ou brésilien. Ils ont moins de risques de retomber malade du covid-19.

    Au Royaume-Uni, le dernier rapport épidémiologique du Public Health England (PHE), en date du 18 juin 2021, révèle qu’après la première dose de vaccin (Pfizer ou AstraZeneca), l’efficacité contre le virus de variant Alpha est porté à 50%, et seulement à 31% contre le variant Delta, un résultat « assez faible », commente Dr. Hamdi.

    « Efficacité du vaccin contre la maladie symptomatique pour les variants Alpha et Delta ». Crédits : Public Health England

    Toutefois, après la seconde injection, l’efficacité du vaccin contre le variant Delta revient pratiquement à 80% (88% contre le variant Alpha/britannique). « Cela signifie qu’après avoir reçu les deux doses, la personne est bien protégée contre le Delta. Mais quand on a reçu qu’une seule dose ou qu’on n’est pas vacciné, il faut s’inquiéter », reprend Dr. Hamdi qui rappelle comme Pr. Marhoum l’importance d’élargir la vaccination au plus grand nombre.

    Pour les deux experts, l’objectif essentiel de la vaccination est avant tout de réduire les cas hospitalisés, particulièrement les formes graves et sévères, pour éviter une pression sur les établissements de santé et en bout de course les potentiels décès. En ce sens, les résultats de l’étude du PHE sont encourageants.

    « Efficacité du vaccin contre l’hospitalisation pour les variants Alpha et Delta ». Crédits : Public Heath England

    Le vaccin est efficace contre l’hospitalisation dans 75% des cas de covid-19/Delta après la première dose, et dans 94% des cas après la seconde dose (respectivement 78% et 92% pour le variant Alpha). Autrement dit, environ 25% seulement des contaminés seront susceptibles de subir une forme grave de la maladie après la première injection, quel que soit le variant et quel que soit le vaccin, car « généralement l’efficacité contre les formes graves est partagée par tous les vaccins », indique Dr. Hamdi.

    Nouveau variant, nouveau vaccin?

    En Israël, 125 nouveaux cas de covid-19 ont été recensés ces dernières 24 heures, dont une grande partie (40%) serait infectées par le variant Delta, selon plusieurs articles de presse. Face à ce phénomène, le professeur Gabi Barbash, ancien directeur général du ministère israélien de la Santé, a déclaré à un média israélien que plusieurs solutions étaient en cours de réflexion, notamment l’injection d’une troisième injection du vaccin ou l’élaboration d’un vaccin spécifique pour traiter le nouveau variant.

    Le Maroc pourrait-il également se diriger vers ce genre d’issues? « Oui, si le Maroc vient à être contaminé en masse par le variant indien, il va falloir probablement penser à une troisième injection. En France, elle est déjà recommandée pour les personnes fragiles et immunodéprimées », répond Pr. Marhoum qui souligne qu’on découvre encore la maladie, et en ce sens, « la vaccination peut changer avec le temps ».

    « Troisième dose, vaccin complémentaire, changement de composition du vaccin, nouvelle souche de base…tout ceci est possible dans les mois, années à venir, cela reste ouvert, mais il ne faut pas se dire ‘ça ne marche pas, j’arrête’. Le vaccin fonctionne à un certain degré et la population doit profiter de ce pourcentage de réussite. La plupart des personnes vaccinées et contaminées éviteront les formes graves, donc on est quand même gagnant avec le vaccin », abonde l’épidémiologiste. « On est à l’ère d’un virus dangereux qui circule; tous les moyens sont bons pour nous protéger, pour l’empêcher de circuler et faire des dégâts ».

     

    Lire aussi : Alpha, Bêta, Gamma… les variants de Covid-19 renommés avec des lettres grecques (OMS)

     

    De son côté, Dr. Tayeb Hamdi affirme qu’on n’a pas besoin d’inventer un nouveau vaccin pour faire face au variant Delta, quand on a une efficacité de 94% contre les risques d’hospitalisation après vaccination complète. « Disposer de vaccins efficaces à 80% est une bonne chose; si on arrive à produire un vaccin qui protège encore plus après la première dose, ou une version 2 plus efficace contre les variants, ce sera bienvenu. Mais est-ce qu’il faudrait un autre vaccin pour faire face au Delta? Non. La personne fait sa vaccination complète et le problème est résolu », argumente le spécialiste.

    Et d’ajouter: « Les laboratoires travaillent déjà sur la mise à jour des vaccins depuis des mois. Entre autres, ils recherchent un vaccin universel pour combattre tous les variants. Il faudrait d’ailleurs peut-être par la suite chercher du côté de la souche britannique qui génère le plus d’immunité ».

    Par conséquent, l’urgence aujourd’hui face à ce variant est plutôt d’administrer au plus vite et au plus grand nombre les deux doses de vaccin. Dans ce sens, le Premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson, a annoncé, la semaine dernière, que le délai entre les deux doses de vaccination passerait de 12 à 8 semaines pour tous les 40 ans et plus.

    Par rapport au variant Delta, le plus inquiétant n’est pas l’efficacité du vaccin en soi, mais plutôt le fait, qu’au Maroc en tout cas, la majorité de la population (quelque 25 millions de personnes) n’est toujours pas vaccinée, « donc il peut faire des ravages », prévient Hamdi qui insiste de nouveau sur l’enjeu prioritaire, qui n’est pas la recrudescence des cas positifs, mais l’évitement de ceux hospitalisés ou en réanimation.

    Avec le pic prévu en Europe d’ici la fin de l’été, « ce n’est qu’une question de temps pour que le variant Delta se propage au Maroc », met en garde Dr. Hamdi. Et avec la rentrée scolaire qui coïncidera, le médecin préconise de cibler pour la vaccination en priorité les enseignants quel que soit leur âge, mais aussi les professionnels du tourisme, les commerçants, et les professionnels de manière générale.

    Share.

    Comments are closed.