Covid-19: la situation sanitaire actuelle affiche tous les « prémices d’une 3e vague »

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A gauche, Dr. Tayeb Hamdi, médecin-chercheur en politique et systèmes de santé et vice-président de la Fédération Nationale de la Santé (FNS). A droite, Pr. Kamal Filali El Marhoum, chef du service des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd de Casablanca.

Depuis environ un mois, hausse des cas positifs, des personnes admises en réanimation, des cas atteints du variant britannique, du taux de reproduction du virus… Toutes ces hausses invitent l’opinion publique à se poser la question: sommes-nous en train d’assister à une troisième vague? Plutôt « ses prémices », selon deux experts.

A l’approche de ramadan, la question d’une troisième vague est d’autant plus sensible qu’elle déterminera d’un renforcement des mesures sanitaires ou non. Depuis quelques semaines, l’opinion publique est en suspens quant aux conditions qui seront appliquées pendant ramadan. Tout dépend de la situation sanitaire.

Et depuis 2 semaines, le Maroc assiste à une hausse des cas positifs de 6,4%, selon les chiffres partagés hier par le chef de la division des maladies transmissibles à la direction de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère, Abdelkrim Meziane Belfqih. Les cas critiques ont quant à eux augmenté de 4,5 % et le taux de reproduction du virus a dépassé 1 (1,06).

Lors du Conseil de gouvernement tenu hier, jeudi 1er avril, le ministre de la Santé a de son côté annoncé que le nombre de cas de contamination au variant britannique du coronavirus avait atteint au moins 73. Parmi eux, une quarantaine a été découverte le 29 mars dernier à Dakhla.

Si les experts ne parlent pas encore de troisième vague, les données actuelles laissent à croire que nous nous en approchons. « Actuellement, il y a manifestement des indicateurs inquiétants » qui pourraient s’apparenter « aux prémices d’une 3e vague. On n’y est pas encore, et rien ne nous dit que nous y échapperons. On constate effectivement une tendance haussière et on sait que ça peut commencer comme ça », avertit Pr. Kamal Filali El Marhoum, chef du service des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd de Casablanca.

« Des indicateurs inquiétants »

Par « indicateurs inquiétants », l’expert fait référence à la hausse du nombre de contaminés qui dépasse les 600 cas ces derniers jours, mais « surtout le nombre de cas en réanimation qui est en train d’augmenter ». A un certain moment, il y a eu une baisse, puis une stagnation, et actuellement, on constate une augmentation des besoins en lits de réanimation, surtout pour des sujets plus jeunes. Toutefois, ce n’est pas du tout surchargé, c’est pour cela que l’on n’est pas encore dans une troisième vague (pas de hausse de la mortalité non plus), mais ça peut être le début donc il faut faire attention », poursuit Pr. Marhoum qui explique que pour parler de troisième vague, il faudrait constater « une courbe des cas en ascension abrupte ». « Pour le moment, nous sommes face à une petite augmentation en pente douce ».

 

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Même son de cloche du côté de Dr. Tayeb Hamdi, médecin-chercheur en politique et systèmes de santé et vice-président de la Fédération Nationale de la Santé (FNS). « Conjointement à la présence du variant et au nombre de cas positifs, je pense que nous sommes face aux prémices d’une troisième vague », s’empressant d’ajouter « que nous avons toujours les moyens d’éviter ».

Pour fonder sa prévision, Dr. Hamdi prend en exemple les pays européens, déjà face à une troisième vague, et « qui nous précèdent souvent sur le plan de propagation du virus ». « Ce n’est pas une preuve, mais un indicateur, qui doit maintenir notre attention ». Autres indicateurs: l’augmentation des cas en réanimation, précédemment citée par Pr. Marhoum, et « la capacité de dépistage limitée dont les chiffres doivent donc être interprétés par excès ».

« Pas d’allègement » pour Ramadan

Selon Dr. Hamdi, si on ne peut pas encore certifier ces prémices, c’est aussi à cause du manque de données sur les cas contaminés par le variant. « Comment sont-ils répartis? Combien de foyers? Si cela concerne que deux ou trois foyers, des cas découverts à l’aéroport ou dispersés entre les régions, on ne peut pas encore savoir si c’est le début d’une troisième vague », argumente-t-il, tout en affirmant qu’à Casablanca, la situation s’empire de manière plus claire, avec un taux de positivité dans la métropole de 12%. « De toutes façons, si troisième vague il y a, normalement, ça devrait commencer sur Casablanca car c’est là où il y a le plus de concentrations et d’activités humaines ».

 

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En tout cas, cette troisième vague sera « rapide, féroce et virulente », et « les mesures doivent être de même nature, étalées dans le temps », conseille Hamdi qui réitère qu’on ne peut pas savoir si Ramadan rimera avec troisième vague. « Ce qui est certain, c’est qu’il ne faut pas qu’il y ait d’allègement et que les activités et rassemblements post-ftour doivent être proscrits », revendique-t-il avec détermination.

« C’est encore gérable à condition de revenir aux mesures barrières de façon plus efficace car ces dernières semaines, on a constaté un relâchement très important. Il va falloir contrôler davantage, peut-être imposer des restrictions de déplacement encore plus rigoureuses. Concernant le mois de Ramadan, toute action qui aurait comme résultat d’empêcher que les gens se regroupent serait la bienvenue, car ces comportements peuvent être à l’origine d’une flambée des cas », préconise à son tour Pr. Marhoum.

Des restrictions et gestes barrières à respecter rigoureusement d’autant plus que le Maroc est actuellement en stand-by en ce qui concerne l’administration de la première dose des vaccins, faute de stocks suffisants. En attente de plusieurs lots de réapprovisionnement, le Maroc a vacciné au 1er avril 4.329.244 dont 3.767.210 ayant bénéficié également de la seconde dose.