Covid-19: inquiétude dans les hôpitaux face au manque de moyens et de ressources humaines

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Au Maroc, le manque de moyens dans les hôpitaux n’est pas nouveau. Mais face à l’épidémie du coronavirus, ce manque de moyens et la surexposition des médecins déjà en sous-effectif est devenu encore plus flagrant.

Réanimateurs, médecins et infirmiers ont tour à tour dénoncé durant ces dernières semaines le manque de moyens dont ils disposaient pour faire face au flux incessant de nouvelles contaminations au Covid-19. Un manque de moyens non seulement pour porter assistance aux patients, mais aussi pour se prémunir eux mêmes d’une contamination.

En effet, nombreux ont été les foyers de contamination découverts au sein même des hôpitaux, affirmait à H24 Info le vice-secrétaire régional et urgentiste à l’hôpital Ibn Tofail de Marrakech, Imad Sousou. Près de 500 infirmiers et techniciens de la santé seraient infectés par le virus Covid-19.

 

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Ces derniers avaient d’ailleurs appelé à plusieurs sit-in pour dénoncer la charge de travail sans précédent qui leur pèse dessus. Selon, le Mouvement des infirmiers et des techniciens de la santé au Maroc, de nombreuses unités de soins intensifs dans les hôpitaux sont débordées. «À Meknès, il y a trois infirmiers et deux médecins pour traiter 120 patients covid-19», affirmait la même source.

Des chiffres loin des recommandations de l’OMS qui préconise un minimum de 2,4 médecins pour 1.000 personnes, alors qu’au niveau national, le Maroc compte 0,7 médecin et 1,3 infirmier pour 1.000 personnes.

Manque de moyens matériels

«Nous avons commencé cette guerre contre le Covid en février et nous étions conscients que notre système de santé était défaillant et gangrené par des problèmes structurels. Malgré cela, le personnel médical reste mobilisé depuis des mois, sans une quelconque motivation ou appui psychologique ni financière. Nous travaillons ainsi dans une tension permanente», déplorait Imad Sousou.

Et les choses ne s’améliorent pas comme le rapporte ce vendredi 2 octobre le quotidien Al Ahdath Al Maghribia. En effet, les médecins manquent toujours de masques, gants, surblouses et désinfectants. Une situation pour le moins alarmante qui fait craindre le pire avec de nouvelles infections au sein du personnel hospitalier, qui de plus, est en sous-effectif.

 

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Le quotidien cite le cas de l’hôpital de Berrechid où les soignants ne disposant pas d’assez de lits n’ont pas pu faire face à l’afflux de malades. Certains d’entre eux ont été contaminés mais ont continué à travailler à l’hôpital.

 

A l’institut Pasteur de Casablanca, la pénurie de réactifs et de fournitures nécessaires au dépistage a duré trois semaines. Et pour aggraver les choses, une pénurie des stocks de médicaments pour le traitement du covid-19 et certaines maladies chroniques est apparue, et ce sont les pharmaciens qui ont tiré la sonnette d’alarme pour que le ministère corrige le tir.

Pourtant, rapportent certains médecins, au début de la pandémie, tout le personnel était équipé, y compris les personnes qui s’occupaient du ménage, les techniciens des déchets médicaux et même les employés des sociétés qui servaient des repas aux hôpitaux. Aujourd’hui, les personnels qui travaillent dans les pavillons Covid-19 doivent se protéger avec les moyens du bord.

Reste que le cadre légal de ces contaminations au sein des hôpitaux reste à définir, nous expliquait Imad Sousou. «Il serait temps que le ministère de la santé applique les recommandations de l’OMS et  de l’OIT, qui affirment qu’il faut considérer l’atteinte du personnel professionnel de la santé, comme un accident de travail et le Covid comme maladie professionnelle pour le milieu de la santé», une recommandation qui n’est toujours pas appliquée au Maroc.