Cour des comptes: la gestion hydraulique, parent pauvre du ministère de l'Agriculture

à 18:11
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S’il y a un département qu’on peut considérer comme le plus concerné par les irrégularités, les dysfonctionnements en matière de gestion, voire l’inertie et l’absence de volonté de bien faire dans le rapport 2018 de la Cour des comptes, c’est assurément celui dirigé par Aziz Akhannouch.

Le rapport 2018 de la Cour des comptes a livré un diagnostic sombre de quelques aspects de la gestion du ministère de l'Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts agrémenté de quelques pistes de redressement qui met le puissant ministre face à ses responsabilités. Il en ressort clairement que la gestion hydraulique ne prend pas au sérieux un des plus importants dangers qui guettent le pays, à savoir le stress hydrique.

D’entre les sept axes transverses du Plan Maroc vert (PMV) adopté en 2008, le rapport s’est intéressé à celui de l’Eau et particulièrement au programme d’extension de l’irrigation (PEI) qui vise le renforcement de l'irrigation des périmètres à l’aval des barrages sur une superficie de 160.000 ha.

 

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Considérant que «le contexte hydrique national se caractérise par une situation défavorable vu que le Maroc a un potentiel annuel de ressources naturelles en eau qui est parmi les plus faibles au monde», la Cour a remarqué que les principaux documents de planification de la gestion des ressources en eau (Plan national de l’eau (PNE) et Plans directeurs d’aménagement intégré des ressources en eau (PDAIRE) ne sont pas approuvés». Dans ce sens, elle a relevé que «les instances de gouvernance et de coordination des actions dans le domaine de l’eau, qui sont le Conseil supérieur de l’eau et du climat (CSEC) et la Commission interministérielle de l’eau (CIE), ne fonctionnent pas».

Etat d’avancement très faible

Pis, l’évaluation de l’élaboration du programme, qui se compose de 20 projets d’un coût estimatif global de 21,5 milliards de dirhams sur la période 2008-2020, a révélé «l’absence de critères de sélection et de priorisation des projets et un faible état d’avancement» . «La superficie aménagée représente 11,2% de l’objectif prévu du PEI, et celle mise en eau n’en représente que 6,2%. Le volume d’eau valorisé, quant à lui, représente 24% du total des eaux mobilisées ou mobilisables par les barrages concernés, et les dépenses réalisées sont de l’ordre de 15% du coût total prévisionnel du programme», peut-on lire sur le rapport.

Ceci est surtout dû au non-lancement du grand projet lié à la couverture du décalage dans le Gharb, et à l’insuffisance des financements, expliquent les magistrats de la Cour en fustigeant l’absence d’une instance de pilotage du programme, celle d’un planning et d’indicateurs de suivi ou encore la non-généralisation des études d’impact sur l’environnement.

Anomalies à la pelle

Concernant la gestion des projets, les anomalies concernent l’ensemble des phases de leur cycle de vie: planification, exécution, suivi/évaluation et clôture. Entre autres remarques acerbes, on note, le manque d’études préalables, des lacunes dans l’identification des risques et le manque de ressources humaines au niveau des unités de gestion des projets.

 

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Sur le plan de la gestion du domaine public hydraulique naturel, constitué d’après les données des agences des bassins hydrauliques (ABH) d’environ 77.884 km de cours d’eau, 4.647 Km2 de plans d’eau, 250.400 Km2 de nappes d’eau souterraine et 783 sources, la Cour a souligné que le « atrimoine est insuffisamment appréhendé et maîtrisé par les ABH» et que le bilan de sa délimitation est faible. Outre la maîtrise insuffisante de la situation des préleveurs d’eau, la Cour met en exergue la détérioration de la capacité de mobilisation des ressources en eau à cause de l’envasement de 2,24 milliards de m3, soit près de 12,72% de la capacité totale des barrages estimée à 17,6 milliards de m3.

L’autre administration relevant du même département qui a requis l’attention des magistrats de la Cour est l’ONSSA. D’après ledit rapport cet office est incapable de remplir pleinement ses missions de protection de la santé du consommateur et celle des animaux et des végétaux.