Coronavirus: conseils de psy pour mieux gérer le confinement

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Confinement et télétravail, un nouveau mode de vie avec lequel un milliard de personnes à travers le monde sont en train de composer leur quotidien. Deux psychologues livrent leurs analyses et conseils pour passer au mieux cette période.

Bernard Corbel,
psychothérapeute à Casablanca

« Avec cette situation de confinement, il faut complètement se réorganiser. Les parents deviennent à la fois enseignants, animateurs, pédagogues, psychologues parfois, car il faut compter avec l’anxiété que peut causer l’épidémie chez certains enfants. En même temps, il faut continuer à organiser les courses, les repas et maintenir de la tranquillité à la maison! Ce qui est difficile, c’est ce réapprentissage de la vie en commun. Nous nous étions habitués à être individualistes, et nous voici de retour vers les notions de famille, groupe, équipe. Mais derrière les grandes difficultés se profile l’émergence d’une nouvelle vie. C’est pourquoi quelques conseils pour en favoriser l’éclosion sont les bienvenus.

Premièrement, être positif: bien dire à tous les membres de la famille avec qui on est confiné que c’est une excellente occasion pour se réunir, établir des moments de parole en commun. La communication tournée vers les enfants doit dédramatiser les notions d’épidémie et de virus. Rassurez, indiquez que le virus ne rentrera pas dans la maison et que c’est pour cette raison qu’on reste chez soi en famille. C’est une bonne stratégie appliquée par chaque citoyen pour nous permettre à tous de rester en bonne santé et gagnants.

Deuxièmement, c’est une occasion pour renouer les liens avec nos voisins (par l’entraide), amis et membres de la famille qui ne vivent pas avec nous (appels vidéo en ligne). Entre nous, il est important de se dire des choses positives basées sur la promesse d’écoute, d’aide et de partage comme par exemple « je suis là pour toi », ou bien une parole nouvelle qui était pratiquement inexistante avant.

Enfin, pour ceux qui ont un peu de temps, une famille pas trop nombreuse ou une organisation qui le permet, le confinement est aussi un moment d’introspection, de réflexion, de philosophie. Ce moment s’agrémente volontiers de lectures, de vidéos didactiques, et pourquoi pas de la tenue d’un journal. Il convient d’aménager du temps individuel pour chacun, en particulier pour les adultes et les jeunes adultes qui ne sont pas habitués à être ensemble H24. Face à l’émergence de difficultés, il peut être intéressant de faire appel à un coach ou un psychologues en ligne afin de bénéficier d’un accompagnement durant cette période si nécessaire ».

 

Marya Jaidi, psychologue clinicienne thérapeute systémique de la famille à Casablanca

« Le confinement est une situation anormale, inhumaine et stressante car l’homme est un être social qui a besoin de rester en interaction avec  ses semblables et son environnement. Cette situation génère un sentiment d’irréalité et d’impuissance face à l’inconnu, et à la maladie dans le cas présent. L’individu met alors en place des mécanismes de défense ou de protection. Les personnes les plus vulnérables psychologiquement telles que les personnes dépressives, angoissées, hyper-actives (etc.) peuvent voir leurs symptômes s’aggraver dans ces moments particuliers. Les restrictions de nos déplacements représentent aussi une source d’angoisse potentielle et nous imposent un retour à soi, un moyen de sec remettre en question face à nos comportements.
La proximité pouvant être mal vécue, des tensions palpables peuvent apparaitre au sein des couples et des familles, car les frontières et les espaces ne sont plus aussi bien délimités, et cela révèle le type de fonctionnement du groupe. Certains vont s’isoler et d’autres chercher la proximité. Le télétravail peut se révéler au début comme agréable avec une sensation de liberté, mais par la suite, il peut provoquer un isolement, un sentiment d’ennui voire de déshumanisation.
Il est donc important de:
– maintenir une bonne hygiène de vie;
– maintenir une routine qui permette de rester connecté à la réalité;
– maintenir des contacts par téléphone ou autres avec ses proches;
– limiter son exposition aux médias et aux nouvelles anxiogènes;
– mettre en place de nouvelles stratégies de comportements positifs.
Exemple de comportements positifs:
– apprendre à faire des choses ensemble en famille (cuisiner, jeux de société…);
– apprendre à écouter ses enfants, ses adolescents, et à dialoguer avec eux avec bienveillance tout en respectant leur intimité;
– se reconnecter avec soi-même et trouver ses propres ressources, c’est un temps de pause et de transformation comme la chenille qui devient papillon (écrire, peindre, faire du yoga…des choses que nous avons oublié de faire par manque de temps);
– observer, écouter…se relier avec ses sensations;
– apprendre à mieux respirer pour arrêter de fumer;
– se cultiver;
– appeler ses proches, ses amis…
Retrouver et maintenir un lien social.