Mustapha Sehimi: «L’ouverture d’un consulat émirati à Laâyoune incitera d’autres pays arabes à faire de même»

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La nouvelle est annoncée comme historique. Les Émirats arabes unis seront ainsi le premier pays du Moyen-Orient à ouvrir un consulat à Laâyoune. Les enjeux sont considérables et ce au moment même où le Conseil de sécurité de l’ONU doit se prononcer sur le prolongement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation du référendum au Sahara occidental (Minurso).

Un communiqué du cabinet royal annonçait ce mardi 27 octobre la décision des Émirats arabes unis d’ouvrir d’un consulat à Laâyoune. Une décision «importante» et «historique», soulignait le communiqué.

En effet, «c’est un acte important qui fait sens, à double titre», explique le politologue Mustapha Sehimi joint par H24 Info. D’abord, «c’est la première fois qu’un pays arabe ouvre un consulat à Laâyoune, la capitale historique du Sahara marocain, alors que des actes de même nature n’ont concerné jusqu’à présent que des pays africains», souligne le politologue notant que «cet acte incitera d’autres pays arabes à faire de même».

De plus, cette annonce est intéressante également dans sa forme, poursuit notre interlocuteur. «L’annonce n’a pas été faite par les ministères des Affaires étrangères des deux pays, mais par un communiqué du cabinet royale, et ce suite à un entretien entre le roi et le prince héritier. La décision prend donc un relief particulier et extrêmement important», souligne Mustapha Sehimi.

L’agenda politique pour la prise de cette décision est lui aussi à souligner. En effet, le Conseil de sécurité de l’ONU tient, ce mercredi 28 octobre, une réunion lors de laquelle il sera question de l’adoption d’une nouvelle résolution pour l’année en cours.

 

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«Ce geste émirati sera donc une valeur ajoutée aux efforts de la diplomatie marocaine (…), car cette décision ne revêt pas simplement d’un caractère symbolique, mais également politique, signifiant le soutien de ce pays à la position marocaine », affirme le politologue. Par ailleurs, «cet acte démontre d’un réchauffement des relations bilatérales entre les deux pays et doit donc être apprécié à sa juste mesure», poursuit-il.

Ce rapprochement entre les deux pays soulève à nouveau chez certains une possible normalisation des relations entre le Maroc et Israël, comme il a été le cas pour les Émirats arabes unis. Pour Mustapha Sehimi il n’en est rien, car «il n’y a pas de porosité entre la normalisation des relations entre les Emirats et Israël et l’acte que vient de faire les Emirats à propos du Sahara marocain».

«Ce sont deux dossiers complètement différents, avec des enjeux différents et ce n’est pas cela qui est de nature à peser sur l’autonomie de décision et la pleine souveraineté du royaume», souligne-t-il.

 

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En effet, malgré les rumeurs insistantes, une possible normalisation des relations avec l’état sioniste avait été balayée d’un revers de main par le chef du gouvernement Saad Eddine El Othmani. «Nous refusons toute normalisation avec l’entité sioniste parce que cela l’encouragerait à aller plus loin dans la violation des droits du peuple palestinien (…) il s’agit là de lignes rouges à ne pas franchir», avait asséné El Othmani lors de son discours inaugural du 16e Forum national de la jeunesse du Parti de la justice et du développement (PJD).