Conseil de la région Guelmim-Oued Noun: chronique d'une impasse annoncée

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Le ministère de l’Intérieur a annoncé la suspension du conseil de la région de Guelmim-Oued Noun et la nomination d’une délégation chargée de la gestion des affaires courantes. Une décision qui n’est pas du goût du PJD qui considère que c’est à la justice de trancher dans ce genre de litige. Un litige qui dure pourtant depuis le scrutin régional de 2015. Récit d’un blocage prévisible. 
Le ministère de l’intérieur a suspendu le conseil de la région de Guelmim-Oued Noun. Le parti justice et développement s’est insurgé contre cette décision du département dirigé par Abdelouali Laftit. Le parti de la lampe considère que cette décision n’est pas légitime et a décidé d’engager une procédure judiciaire car selon lui, c’est à la justice de prendre une telle décision.
Le secrétariat régional du PJD dans la région a exprimé son souhait de rassembler tous les acteurs politiques de la région afin de trouver une issue au statuquo qui empêche le conseil régional d’agir. Les élus régionaux, à leur tête Abderrahim Ben Bouaida, président de la région, ont exprimé leur satisfaction et souhaitent que cette décision du ministère de l’Intérieur soit une occasion pour les élus de la région pour s’asseoir à la table des négociations et trouver les solutions pour répondre aux attentes des habitants.
Le ministère de l’Intérieur a publié dans le journal officiel du 21 mai 2018, la liste des personne que comptera la délégation chargée de la gestion des affaires courantes. Il s’agitde Yassin El Moutchou, ingénieur d’état et actuel directeur général des intérêts dans la région, Boujmaa Id Benasser, ingénieur d’état chargé de la cellule des affaires de la région, Hassan Fagrawi, ingénieur d’état cadre de la cellule des affaires de la région, ainsi que Abdullah Obi, gestionnaire et chef d’une section dans le département des communes.
Bouaida/Belfqih, le choc des titans
Cette décision se faisait attendre depuis plus d’un an puisque le conseil de cette région était paralysé à cause du duel opposant Abderrahim Ben Bouaida (RNI) à Abdelouahab Belfqih (USFP). Même s’il détient la majorité à ce conseil (20 sièges), le premier est ligoté par le second qui incarne l’opposition (19 sièges). Résultat: tous les projets ainsi que le plan de développement de cette région de 58 000 Km2, pourtant signé devant le roi en 2015, sont au point mort.
Les hostilités entre les deux hommes commencent fin 2016 en raison de la faisabilité de plusieurs projets structurants pour la région. A commencer par le foncier ou devait se construire l’hôpital régional destiné à devenir un futur CHU. Le projet de construction d’un barrage au niveau de la commune de Fask, située sur la nationale 12 reliant Guelmime à Assa pour un budget de 1,5 MMDH a également capoté pour les mêmes raisons. Pourtant il a été financé par un fonds souverain qatari, mais non encore validé par le conseil régional.
Cependant, le point de non-retour dans le conflit qui oppose les deux hommes sera franchi en 2017 en raison de la construction de 215 km de route expresse qui traverse la région et qui devait coûter 6,1 MMDH. Un projet stratégique puisqu’il fait partie de la route qui va relier Tiznit-Laâyoune-Dakhla, soit 1115 km et dont les travaux ont débuté cette année. C’est au niveau de la province de Guelmim que le problème va se poser. En mars 2017, Benbouaida valide le tracé établi par le ministère de l’Équipement et déclenche à l’occasion la colère de l’opposition. Abdelouahab Belfqih réussit à faire capoter le projet et isole Abderrahim Ben Bouaida qui perd sa majorité en raison de quelques conseillers communaux qui ont rejoint le camp adverse.
Depuis, c’est le blocage total du conseil de cette région où tous les projets sont à l’arrêt. En raison du Hirak du Rif et d’autres déflagrations sporadiques que connaissent certaines régions du pays, le ministère de l’Intérieur a pris les devants pour désamorcer une crise aux conséquences imprévisibles dans une région très sensible politiquement.
Guerre des chefs
Alors que la rupture est consommée entre la majorité et l’opposition, l’assemblé générale du conseil de la région, qui devait se tenir le 6 mars 2017, va connaître de graves incidents. Le président Ben Bouaida sera accueilli par des jets de bouteilles et de tomates, ce qui va conduire à la suspension de cette session. Majorité et opposition vont s’accuser mutuellement de blocage par presse interposée. Dans une tentative pour calmer les esprits, l’ancien ministre de l’intérieur Mohamed Hassad avait fait le déplacement à Guelmim pour y tenir une réunion consacrée à l’évaluation des étapes de mise en œuvre des différents projets inscrits dans le cadre du modèle de développement des provinces du Sud. Mais sa visite n’aura aucun effet sur la région. Par la suite, le conseil de la région va plonger dans un blocage qui va durer jusqu’au mois de juillet de la même année. D’un côté, Ben Bouaida qui soutient que les projets signés devant le roi n’ont pas été acceptés par le conseil et décide d’envoyer une lettre au cabinet royal pour se plaindre de l’opposition qui retarderait ces projets. De son côté, Belfqih réussit à débaucher quelques membres de la majorité et isole la majorité incarnée par Ben Bouaida.
Un conseil à deux têtes
Pour renverser la table face au président de la région, Belfqih réussit à obtenir le soutien de plusieurs présidents de communes. «Dans une région où les clivages politiques pèsent moins que les relation personnelles et tribales, Belfkih utilise les autorisations spéciales (ASS) accordées par le ministre de l’intérieur pour en faire bénéficier des communes en manque de moyens grâce à montant pouvant aller jusqu’à 7MDH pour obtenir leur soutien politique», indique un membre d’une association locale.
En manœuvrant de la sorte, Belfqih finit par affaiblir le conseil régional. Dans un contexte politique difficile caractérisé par des déflagrations sporadiques comme c’est le cas pour le Hirak du Rif, le blocage politique de la région Guelmime Oued-Noun porte les germes du ras-le-bol de la population locale épuisée par l’attentisme et le spectacle d’une intrigue de palais dont il ne maitrise plus les tenants et les aboutissants.
« Plusieurs projets sont bloqués et les futurs chantiers structurants qui vont donner un coup de fouet à l’emploi et aux investissements sont suspendus. La région manque cruellement d’hôpitaux et d’infrastructures tandis que les politiciens continuent à se chamailler », constate notre source.