Conseil de la Concurrence: mission sensible, mais pas impossible pour Ahmed Rahhou

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Dans la foulée des nominations royales annoncées lundi soir, celle d’Ahmed Rahhou pour suppléer au controversé Driss Guerraoui et prendre les rênes du Conseil de la Concurrence, sort particulièrement du lot.

Contrairement aux autres noms figurant dans le communiqué du cabinet royal, celui d’Ahmed Rahhou est accompagné d’une explication dans un contexte pour le moins inédit qui touche l’impartialité d’une institution constitutionnelle.

Tout a commencé avec le dossier épineux des soupçons d’ententes entre les acteurs sur les prix des hydrocarbures. Driss Guerraoui, à l’époque récemment projeté à la tête d’un organe inactif depuis plus de cinq ans, mais doté de nouvelles prérogatives légales, était présenté comme un homme de consensus, plus prompt à chercher le compromis qu’à créer le clivage. Pourtant, l’ancien secrétaire général du CESE marquera vite son territoire et essaiera de se construire une image d’homme fort à travers la gestion de ce dossier.

Mal lui en a pris. Le président se mettra à dos les membres du Conseil de la Concurrence qui iront jusqu’à adresser au roi une plainte officielle dans laquelle ils accusent notamment Guerraoui de partialité et de comportements laissant penser qu’il agit sur instructions ou selon un agenda personnel.

Des allégations qui semblent être confirmées par la commission ad-hoc nommée par le souverain. Dans son rapport, cette dernière conclut que « le processus de traitement de cette affaire a été émaillé de nombreuses irrégularités de procédure » et que « le climat des délibérations s’est nettement détérioré ». Au point de préconiser de nouveaux changements au cadre légal du Conseil afin de renforcer son impartialité.

 

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C’est donc au milieu de cette mêlée qu’atterrit Ahmed Rahhou avec la délicate mission de faire sortir par le haut cet organe. L’homme semble d’ailleurs taillé pour le job et les nombreuses qualités que lui reconnaissent tous ceux avec qui il a pu collaborer de près ou de loin font qu’il jouit d’une confiance absolue, au point de raccourcir sa mission comme ambassadeur auprès de l’Union européenne.

Âgé de 63 ans, ce natif de Meknès est d’abord un profil technique des plus solides et un vrai forcené du travail. Titulaire de deux diplômes d’ingénieur de l’École polytechnique de Paris en 1980 et de l’École nationale supérieure des télécommunications à Paris en 1982, Ahmed Rahhou débute sa carrière dans le domaine informatique en occupant le poste de responsable du service informatique à Royal Air Maroc.

Il ajoute ensuite une corde industrielle à son arc en dirigeant pendant six ans la société Lesieur Cristal jusqu’en 2009 puis est nommé PDG de CIH Bank. Une expérience bancaire qu’il avait eu l’occasion de développer dès 1994 en qualité de directeur général adjoint au Crédit du Maroc.

 

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En quelques années, Ahmed Rahhou transforme le groupe bancaire qu’il dirige avec pour cheval de bataille, la digitalisation. Il parvient alors à faire de CIH une banque très en avance sur la concurrence. C’est ainsi qu’en 2016, il est le premier dirigeant bancaire à annoncer officiellement une stratégie dans le Big Data. Il n’hésitera d’ailleurs pas à confier le projet à un jeune ingénieur marocain qu’il débauche d’un cabinet de Conseil en France et lui laisse les coudées franches pour gérer la structure avec comme seul mot d’ordre « thinking outside the box ».

Ahmed Rahhou est également connu pour son intégrité et surtout, sa discrétion. Des qualités qui lui ont valu le respect de tous. Tout le monde se souvient de sa démission du poste de vice-président de la CGEM sous le mandat de Salaheddine Mezouar. En pleine crise du syndicat patronal, Rahhou ne s’étalera jamais sur les raisons de son départ, confiant courtoisement qu’il souhaite se consacrer à d’autres responsabilités, notamment auprès du CESE.

Pour toutes ces raisons, Ahmed Rahhou semble bien être l’homme de la situation. Il est déjà acquis que rien ne filtrera de son côté pendant la période, qui s’annonce longue, de la réforme du Conseil selon les recommandations de la Commission ad-hoc. Il sera ensuite le mieux placé pour gérer les dossiers entassés sur son bureau qui le mettront aux prises avec les plus grosses capitalisations de l’économie marocaine: entente sur les prix des carburants, prix des huiles de tables, dégroupage dans le secteur des télécoms… Que des dossiers sensibles pour l’ex-banquier qui a vu d’autres depuis…