Confinement et santé: la moitié des malades chroniques sans accès aux soins

Le confinement sanitaire entrave l’accès aux soins de santé particulièrement pour les personnes soufrant de maladies chroniques. 

C’est l’un des points qui ressort de la dernière enquête téléphonique du Haut-Commissariat au Plan (HCP) réalisée entre le 14 et le 23 avril 2020 auprès de 2.350 ménages représentatifs des différentes couches socio-économiques de la population marocaine selon le milieu de résidence, urbain et rural. L’objectif de cette enquête est de suivre l’adaptation du mode de vie des ménages sous la contrainte du confinement.

Si le confinement a été globalement bien adopté et respecté par l’ensemble de la population (environ 79% ont respecté entièrement les règles du confinement), il nuit également à plusieurs égards. Outre l’aspect économique largement médiatisé (près d’un tiers des ménages affirment n’avoir aucune source de revenus en raison de l’arrêt de leurs activités au temps de confinement), le confinement altère également l’accès aux soins de santé, particulièrement pour les personnes soufrant de maladies chroniques

Sur l’ensemble des ménages ayant un membre ou plus souffrant de maladies chroniques (30%), près de la moitié (48%) n’ont pas accédé aux services de santé, 46% en milieu urbain et 53% en milieu rural.

 

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Parmi les 29% des ménages concernés par les maladies ordinaires, 40% n’ont pas accédé aux services de santé, 38% en milieu urbain et 44% en milieu rural.

Alors que 11% des ménages marocains ont des enfants à vacciner, 36% d’entre eux ont dû renoncer aux services de vaccination, 43% en milieu rural et 31% en milieu urbain.

Cette entrave concerne aussi les femmes enceintes ou venant d’accoucher. Parmi les 5% des ménages ayant parmi leurs membres des femmes éligibles aux services des consultations prénatales et postnatales, 30% ont dû renoncer à ces services pendant le confinement sanitaire, 27% en milieu urbain et 33% en milieu rural. En outre, parmi les 6% des ménages concernés par la santé reproductive, 34% n’ont pas accédé aux services de santé pendant le confinement, 27% en milieu urbain et 39% en milieu rural.

Principal frein: la peur d’être contaminé

Principale cause de cette restriction? La peur de la contamination qui réduit considérablement le recours aux consultations médicales. En effet, 40% des ménages renoncent aux services de santé en cas de maladies chroniques par peur d’être contaminé par le covid-19, 53% en cas de maladies ordinaires, 61% de vaccination des enfants, 51% de consultations prénatales et postnatales et 64% de services de santé reproductive.

Le confinement fait également des dégâts sur la santé mentale des Marocains. Pour près de la moitié des ménages (49%), l’anxiété est le principal impact psychologique du confinement. Cette proportion atteint 54% parmi les ménages résidant dans les bidonvilles, contre 41 % parmi ceux de l’habitation moderne.

En effet, 24% des ménages sont très inquiets des menaces du covid-19, et 46% sont plutôt inquiets. Encore en tête des motifs d’inquiétude: la crainte d’être contaminé par le virus (48%). Viennent ensuite la peur de perdre son emploi (21%), du décès (10%), de ne pas pouvoir subvenir aux besoins alimentaires du ménage (10%) et pour l’avenir scolaire des enfants (5%).

Cette dernière enquête du HCP, intitulée « Enquête sur l’impact du coronavirus sur la situation économique, sociale et psychologique des ménages », a également pour objectifs d’appréhender le niveau d’effectivité du confinement, les connaissances des ménages relatives au covid-19, les actions prophylactiques, l’approvisionnement domestique en produits de consommation et d’hygiène, les sources de revenu en situation de confinement et l’accès à l’enseignement.