Cliniques privées: la double peine des malades covid

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Le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb./DR

Malgré la publication d’une grille tarifaire, la polémique sur les dérives des cliniques privées n’en finit pas. Des voix s’élèvent demandant l’intervention du ministère de la Santé et du Conseil de la Concurrence, alors que les cliniques privées tentent d’expliquer que les coûts réels sont sous-estimés par l’AMO.

L’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM) a publié sa grille tarifaire des prestations relatives à la prise en charge de la Covid-19 dans le cadre de l’AMO. Des chiffres bien moins onéreux que ceux pratiqués par les cliniques privées à travers le royaume.

Loin des 200.000 DH exigées par certaines cliniques, la grille tarifaire de l’AMO indique que le remboursement pour une hospitalisation d’un cas modéré dans le secteur privé est tarifée à 550 DH la journée. L’hospitalisation en réanimation d’un cas critique est remboursée à hauteur de 1.500 DH la journée, un montant encore loin de celui exigé par les cliniques dont les patients fustigent les pratiques.

 

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D’ailleurs, après les multiples témoignages, la Fédération marocaine des droits du consommateur s’est saisie de l’affaire et appelle le ministère de la Santé à intervenir, rapporte le quotidien arabophone Al Massae dans sa livraison du mardi 17 novembre. Outre les prix faramineux, la fédération dénonce également le refus de certaines cliniques de délivrer une facture, une pratique hors-la-loi.

Pratiques anticoncurrentielles

Pire encore, les cliniques sont cette fois-ci accusées de pratiques anticoncurrentielles. Des accusations graves révélées par le quotidien L’opinion dans son édition du 17 novembre, qui rapporte également les demandes d’une intervention du Conseil de la Concurrence pour mettre fin à ces agissements.

La publication de cette grille tarifaire de l’AMO avait d’ailleurs été précédée par une réunion entre le ministre de la Santé Khalid Ait Taleb et les représentants de l’association nationale des cliniques privés (ANCP) et de l’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM).

Cette réunion avait justement été planifiée pour débattre «d’une série de questions qui ont créé des polémiques dans les médias ces derniers jours, en particulier la surfacturation de la prise en charge de certains patients atteints de la Covid-19 dans le secteur privé», indiquait le ministère de la Santé.

 

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À cet effet, le ministère avait mis en avant le rôle de l’ANCP pour «condamner tous les dérapages et les abus qui entachent les efforts consentis dans ce secteur». Toutefois, c’est bien cette entité qui défendait ce lundi dans l’émission Faites entrer l’invité sur Radio 2M, que «la réanimation covid ne peut être prise en compte par la nomenclature de l’AMO». Le président de l’ANCP, Pr Redouane Semlali allait même jusqu’à affirmer que «nous devons être regardants sur l’équilibre financier des cliniques».

Le Pr Redouane Semlali soutient aussi qu’«une réanimation dans ces cas-là était estimée entre 7.000 et 8.000 DH par jour, ce que les caisses des cliniques ne peuvent prendre en charge». En effet, les cliniques affirment que les coûts et prix réels sont au-dessus de ceux fixés par l’AMO. C’est d’ailleurs ce que tend à démontrer une étude anonyme réalisée par une clinique privée de Casablanca et reprise par nos confrères de Medias 24.

L’étude dont  «l’analyse des coûts n’est pas forcément applicable à l’ensemble des structures privées» indique que «le Covid engendre des surcoûts liés à la nature de la maladie». L’addition de l’ensemble des  frais révèle ainsi qu’un «séjour de 6 jours coûte à la clinique environ 31.000 DH. Pour la réanimation, ce montant monte à 48.500 DH les 6 jours», auquel il faut encore ajouter «la marge bénéficiaire de la clinique», précise la même source.