Casablanca/covid-19: « Un reconfinement ne réglerait pas le problème » (médecins)

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Plusieurs centaines de cas covid-19 déclarés quotidiennement à Casablanca suffisent-t-il à envisager un reconfinement? Même si la situation sanitaire s’aggrave dans la ville blanche, les spécialistes ne pensent pas que cette mesure « réglerait le problème ».

Hier, mercredi 9 septembre, 959 cas positifs au coronavirus ont été enregistrés rien que pour la ville de Casablanca. Depuis un peu plus d’un mois, plusieurs centaines de cas d’infection au covid-19 sont déclarés chaque jour dans la capitale économique. A elle seule, elle concentre 42% des cas notifiés quotidiennement, 40% des formes graves et 38% du nombre de décès enregistré à l’échelle nationale.

Décompte des cas positifs et des décès déclarés quotidiennement à Casablanca depuis une semaine:
3/09 : 359 nouveaux cas / 14 décès
4/09 : 480 / 13
5/09 : 330 / 6
6/09 : 773 / 11
7/09 : 416 / 12
8/09 : 628 / 8
9/09 : 959 / 6

Parallèlement à cette hausse, le taux de létalité à échelle nationale reste stable à 1,9%. Au 9 septembre, 244 cas sévères à critiques et 52 patients intubés sont enregistrés à échelle nationale, parmi 16.702 cas actifs.

A Casablanca, cela représente une centaine de patients dans un état sévère à critique. « On reçoit de plus en plus de cas graves, entre 7 et 10 hospitalisations par jour », illustre Pr. Lahoucine Barrou, chef du service de réanimation au CHU de Casablanca, qui souligne que « plus on aura de cas graves, plus on aura de morts ». « Des services s’ouvrent aujourd’hui à Casablanca pour prendre des cas graves et désengorger le CHU », indique-t-il.

Malgré cela, le spécialiste « ne souhaite pas un reconfinemment » et « pense que le problème peut être régler sans », « à condition que la population soit quand même consciente de la gravité et applique les mesures sanitaires », insiste-t-il.

« Il vaut mieux apprendre à vivre avec le virus »

« Je ne pense pas qu’un reconfinement va régler le problème, ni qu’on doive en arriver là. Je pense que tout un chacun doit être responsable. Si tout le monde respecte les règles sanitaires établies pour éviter la propagation du virus, nous n’avons pas besoin de reconfiner », renchérit Pr. Bahrou, évoquant « les conséquences extrêmement importantes » qu’aurait un reconfinement sur la population qui « a déjà vécu un confinement très difficile sur le plan économique, social et psychologique ».

Le 20 août dernier, le roi Mohammed VI avait déclaré que « si cette tendance haussière perdure, la Commission scientifique chargée du suivi de l’évolution du covid-19 pourrait préconiser un retour au confinement, voire un durcissement des mesures sanitaires ». Dans son discours adressé à la Nation dans le cadre du 67e anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple, le souverain avait ainsi fait allusion à la possibilité d’un reconfinement, mentionnant toutefois « ses répercussions sociales et économiques » qui « seraient rudes pour l’ensemble des citoyens ».

 

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« Si on lit entre les lignes, Sa Majesté a donné à la population une chance de se rattraper et ne pas aboutir à un reconfinement », commente Pr. Barrou. « La population doit saisir cette chance, prendre conscience de la gravité de la situation et respecter les mesures de protection nécessaires comme le port du masque, la distanciation sociale, etc. Il vaut mieux adopter rigoureusement toutes les mesures barrières plutôt que de revenir à un confinement », conclue-t-il.

Même avis du côté du Pr. Majida Zahraoui, spécialisée en médecine interne et pathologies infectieuses, pour qui « le reconfinement n’est pas une bonne idée ». « Même si on se reconfine, on sera confronté aux mêmes problèmes après…il vaut mieux apprendre à vivre avec ce virus. S’il s’agit d’un reconfinement d’une dizaine de jours, le temps que les responsables se réorganisent, d’accord, mais si on retombe dans trois mois de confinement, je ne le sens pas ».

Pour rappel, le gouvernement a annoncé le 6 septembre l’adoption d’une série de mesures draconiennes à Casablanca pour y freiner la propagation du coronavirus. Parmi elles, la fermeture de toutes les entrées/sorties de la préfecture de Casablanca, l’instauration d’un couvre-feu nocturne, le report de la rentrée scolaire en présentiel. Les marchés de proximité doivent cesser leur activité chaque jour à 15h, les cafés et commerces à 20h et les restaurants à 21h.

Par ailleurs, l’état d’urgence sanitaire sur tout le territoire national, qui devait prendre fin ce 10 septembre, est prolongé d’un mois, a annoncé hier le Premier ministre, Saad-Eddine El Othmani.