Casablanca: ambiance tendue au procès du Hirak

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(c) Amanda Chapon.

Des dizaines d’avocats sont venus défendre les 21 accusés du Hirak du Rif qui comparaissaient, ce mardi 12 septembre, devant la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca. Et ils étaient déterminés à se faire entendre. Reportage.

Un rideau de robes noires sépare la salle d’audience n°8 de la Cour d’appel de Casablanca en deux. C’est le groupe d’une soixantaine d’avocats venus défendre les 21 accusés du Hirak qui doivent répondre, ce mardi 12 septembre, de chefs d’inculpation allant de «participation à un rassemblement non autorisé» à atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat». Trois d’entre eux comparaissent libres, les autres, en détention, sont assis dans un box vitré, à gauche. Parmi ces derniers se trouve l’un des leaders du mouvement, Nabil Ahamjik, considéré comme le bras droit de Nasser Zefzafi.

Les accusés sourient, adressent des signes, poings levés ou V de la victoire, à leur famille et leurs amis, assis sur des bancs à droite. Ce qui agace visiblement les nombreux agents chargés de maintenir l’ordre. Lassés de demander aux soutiens des militants de se rasseoir, ils finissent par s’intercaler de manière à rendre les interactions impossibles.

Sont aussi présents des membres du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), venus observer le procès en compagnie de cinq avocats de l’institution, ainsi que de nombreux journalistes qui essaient tant bien que mal d’entendre ce qui se passe devant, entre les avocats, le procureur du roi et les juges. Le brouhaha est trop important, et, faute de voir ce qu’il se passe, on ne peut que deviner, à la voix, qui vient de prendre la parole.

Accrochages

Alors que l’audience n’a commencé que depuis une dizaine de minutes, l’un des défenseurs hausse soudain le ton, s’emporte, dénonce un «procès politique» et le «non-respect de la procédure». Le marteau à beau frapper, le calme ne revient pas. Les juges se retirent, l’audience est suspendue.

«Chaque personne doit être appelée à comparaître individuellement», nous explique alors l’avocat Isaac Charia qui reproche aux juges de ne pas respecter les règles d’un procès en bonne et due forme.

Ces derniers semblent avoir compris la leçon. Dix minutes plus tard, l’audience reprend. Chaque accusé est appelé par son nom, se lève et rejoint les magistrats devant l’estrade des juges. Son tour arrivant, Nabil Ahamjik fait le V de la victoire, repris par ses soutiens dans la salle. Une fois le long appel des avocats présents terminé, le juge leur accorde un délai pour mieux préparer leur défense: une prochaine audience est prévue le 3 octobre.

Un procès «politique»

Mais les avocats n’ont pas fini de faire entendre leur voix. Un par un, ils demandent la liberté provisoire pour les accusés qui sont emprisonnés depuis le mois de juin. Certains sont calmes. Comme celui-ci qui fait appel à la logique des juges, mettant en avant la surpopulation carcérale, avant d’évoquer son «étonnement quant à la manière dont le procès est mené» et sa conviction que «ce dernier est politique». Il conclut que «la porte de la prison n’ouvre pas la voie de la réconciliation».

D’autres avocats font preuve de moins de retenue, criant, invoquant Abdelkrim el Khattabi ou demandant aux juges «comment ils peuvent laisser des personnes accusées de détournement d’argent public en liberté provisoire alors que ces gens-là, qui n’ont rien fait, sont en prison?» Une avocate s’emporte quand le président de la Chambre, imperturbable, exprime le souhait que les plaidoiries ne soient pas trop longues. Elle crie: «on parle de liberté ici !».  Sans arrêt, les accusations de «procès politique» reviennent. Les juges finissent par se retirer à nouveau pour une pause.

Devant la salle, le jeune Zakaria Kaddour, qui comparaît, libre pour «participation à un rassemblement non autorisé» est souriant. Il nous assure avoir le moral, et espère que le procès se terminera par «la liberté pour tous les accusés». Un peu plus loin, Ahmed Aït Bennacer, un des avocats, se repose sur un banc. Emprisonné pendant les années de plomb, il vient d’argumenter longuement devant les juges pour essayer d’obtenir la liberté provisoire des accusés du Hirak. Quand on lui demande s’il pense que l’armada d’avocats a une chance de l’obtenir, il répond simplement «non». Les détenus, selon lui, s’attendent à être condamnés à «de lourdes peines». Quelques instants après la pause, les défenseurs vont néanmoins continuer leur plaidoirie, réclamant que la justice joue simplement son rôle, sans faire de politique.