Brahim Ghali était-il un espion à la solde de l’Espagne?

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Brahim Ghali, chef du Front Polisario./DR

L’information s’est propagée comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux. Reprises par certains médias, ces «révélations» auraient été faites par un quotidien espagnol, qui dit pourtant… tout le contraire.

Brahim Ghali «un espion au profit du régime franquiste», ce sont les révélations reprises par plusieurs médias marocains, ce mardi 1er juin. «Durant la période de 1971 à 1975, année de l’organisation de la Marche verte pour la récupération du Sahara, l’agent Ghali était chargé par le régime franquiste de rédiger des rapports sur le Royaume», écrit un site web, citant un quotidien marocain, qui lui-même se base sur les informations recueillies par un quotidien espagnol.

Le quotidien en question, La Razon, est classé de droite, nationaliste et royaliste. Le média espagnol qui a eu accès à des rapports de police datant des années 1970, titre ainsi «Franco surveillait déjà de près Brahim Ghali, chef du Front Polisario». L’article explique ainsi que «les services secrets du régime franquiste ont déployé une vaste opération, entre 1971 et 1975, pour savoir ce que faisait à tout moment» le chef séparatiste.

À l’époque, Brahim Ghali, âgé d’une vingtaine d’années, était membre du «comité diplomatique du Front Polisario». Avant cela, il a officié en tant qu’agent de police territorial au Sahara. Une information qui n’a rien d’une révélation, mais qui semble être à l’origine de l’incompréhension.

À noter que cette «police territoriale» a été créée en 1960 et avait pour mission de «maintenir l’ordre public, surveiller les frontières, mener des enquêtes et assurer le respect des lois» dans la colonie.

 

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La Razon revient sur son exclusion de la police territoriale pour «ses activités et sa participation» à plusieurs manifestations, notamment celle qui a eu lieu le 17 juin 1971 à Laâyoune, organisée par le mouvement national pour la libération du Sahara (MLNS), précise la même source.

Lors de cette manifestation, Brahim Ghali sera arrêté et condamné à un an de prison «pour ses activités politiques». D’ailleurs, ça ne sera pas l’unique fois qu’il sera arrêté durant cette période-là.

Sources de financement

Durant les quatre années de surveillance, les agents espagnols ont récolté beaucoup d’informations sur les déplacements, les activités, les contacts et missions de Brahim Ghali. Tout porte à croire que les services de Francisco Franco avaient des «contacts à Tindouf, car ils connaissaient les informations sur les mouvements de Ghali et comment il a accroché des affiches et mené de la propagande contre l’Espagne».

Sa surveillance «fut continue», notamment «ses voyages hors du Sahara, en Mauritanie, sans autorisation et à des fins subversives (…), puis en Libye afin de collecter des fonds», indiquent les rapports de police, dont quelques extraits sont publiés par le journal.

«Le financement était une obsession pour les agents» espagnols, indique La Razon. «Il visite les colonies de Haimas en Mauritanie afin de demander une aide financière pour le groupe», lit-on dans une des notes. D’autres évoquent les rencontres qu’il a eu avec des représentants de pays arabes, afin de récolter des fonds.

 

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Par ailleurs, d’après les mêmes notes, «il est clair que c’est l’Algérie qui a fourni les armes».

L’une des notes cite une taupe qui rapporte les propos tenus par Brahim Ghali devant elle affirmant qu’il «retournerait légalement sur ses terres que lorsque le drapeau sahraoui serait arboré et que l’Espagne serait partie. Et qu’il se battrait contre le Maroc, aidé par l’Algérie, car ils avaient beaucoup d’armes».