Bilan: les 10 flops du gouvernement El Othmani

4635

Depuis sa prise de fonction, le 5 avril 2017, le gouvernement El Othmani a enchaîné les fiascos et les revers. Aucun chantier entrepris par le successeur de Benkirane n’a été concrétisé et le gouvernement souffre d’un manque de notoriété et de crédibilité auprès des citoyens.
S’il est délicat d’établir une liste des dix réalisations gouvernementales, il est facile de trouver dix ratages du gouvernement. Voici la liste des dix flops du gouvernement retenus par la rédaction.

1. Le scandale des hydrocarbures

Il fallait créer une mission parlementaire pour que les chiffres soient dévoilés. La mission d’enquête parlementaire sur les prix des carburants au Maroc a présenté son rapport devant la commission des finances et du développement, il y a a deux semaines. Ce qui en ressort est choquant: la différence entre le prix fixé par le gouvernement et celui proposé par les entreprises atteint un dirham par litre, selon les données du gouvernement, de la Douanes et des bureaux de change. Près de sept milliards de dirhams en un an de bénéfice additionnel ont été engrangés par les pétroliers en une année. Devant cet état des lieux, le gouvernement n’a rien changé et a promis de changer les choses, mais jusqu’à présent, rien n’a été fait.
Lire aussi: Vidéo. Hydrocarbures: «Certaines sociétés ont augmenté leurs profits de 996%», affirme Bouanou

2. La très mauvaise gestion du boycott

Depuis le début de la campagne du boycott, qui a visé principalement trois produits,  le gouvernement ne sait où donner de la tête, ni à quel saint se vouer. L’approche du gouvernement a changé à maintes reprises. Au début, le ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Boussaid, a qualifié les boycotteurs de «m’daouikhs» (étourdis). Par la suite, le porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, a expliqué que la campagne du boycott était basée sur de fausses informations, menaçant au passage les internautes qui font circuler de fausses informations en lien avec la campagne. Pour boucler la boucle, le chef de gouvernement a essayé d’apaiser la colère des citoyens en déclarant que le boycott reflétait un cri de souffrance d’une partie de la classe moyenne. Des déclarations contradictoires qui ont eu pour conséquence de tourner le gouvernement en risée sur le web, certains se demandant s’il y’avait encore un pilote à bord du navire gouvernemental.
Lire aussi: El Othmani: «Le boycott est un cri de souffrance d’une partie de la classe moyenne»

3. La (non) démission de Lahcen Daoudi 

Monté au créneau pour défendre «l’économie marocaine», le ministre des Affaires Générales et de la gouvernance, Lahcen Daoudi, s’est trouvé en ligne de mire des internautes et des boycotteurs. Le ministre est allé jusqu’à participer à une manifestation organisée par les employés de Centrale Danone devant le Parlement. Le lendemain, Lahcen Daoudi a annoncé sa démission aux membres du secrétariat général du PJD qui l’ont acceptée. Le secrétariat général du parti islamiste s’est désolidarisé de son ministre en déclarant que «la participation de Lahcen Daoudi au sit-in n’était pas raisonnable et ratée».

4. Gouvernement: vous avez dit cohésion ? 

Pour éviter de tomber dans un nouveau blocage gouvernemental, Saad Eddine El Othmani a préféré inclure plusieurs partis à sa coalition gouvernementale. Ils sont ainsi six partis à composer le gouvernement (PJD-RNI-PPS-MP-UC-USFP) mais cette coalition est tellement fragile qu’il na fallu qu’une déclaration de Benkirane pour la déstabiliser. Benkirane a déclaré devant la Chabiba, le mouvement de la jeunesse de son parti: «Je n’ai rien contre Akhannouch, mais je veux lui rappeler que la collusion entre l’argent et le pouvoir politique est un danger pour l’État». La semaine suivante, tous les ministres RNI étaient absents du conseil de gouvernement, en guise de protestation contre les propos de l’ancien chef du gouvernement. Cette relation entre le RNI et le PJD s’est compliqué davantage lorsque Aziz Akhannouch a exprimé son envie et celle de son parti d’arriver en tête des prochaines législatives. Des sorties qui déplaisent fortement aux militants du PJD.
Lire aussi: Le Conseil du gouvernement boycotté par les ministres du RNI

5. L’affaire Saham Sanlam 

La vente des assurances Saham au géant sud-africain de l’assurance Sanlam, pour un montant 1,05 milliard de dollars, a fait couler beaucoup d’encre. En cause, une disposition de la Loi de finance de 2018 qui exonère les entreprises de la taxe d’enregistrement. Plusieurs observateurs économiques ont estimé que cette mesure visait principalement l’entreprise du ministre mais ce dernier s’en défend. D’ailleurs, le ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie numérique a demandé au chef du gouvernement de créer une commission d’enquête sur le statut de la Fondation Saham et de la vente de Saham à Sanlam.

Lire aussi: Saham-Sanlam: MHE réclame justice auprès d’El Othmani

6. Al Hoceima: séisme royal

Le roi Mohammed VI a décidé, suite à un rapport de la Cour des comptes sur l’état d’avancement du projet Al Hoceima Manarat Al Moutawassit, de mettre fin aux fonctions de quatre membres du gouvernement. Il s’agit de Mohamed Hassad, ministre de l’Intérieur dans le gouvernement précédent, Mohamed Nabil Benabdallah, ministre de l’Habitat et de la politique de la ville, Houcine El Ouardi, ministre de la Santé et Larbi Bencheikh, en sa qualité d’ancien directeur général de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail.
Lire aussi: Al Hoceima: de la mort de Fikri au séisme royal, retour sur un an de crise

7. Hirak du Rif: l’échec total

Si Saâd Eddine El Othmani a hérité d’un dossier brûlant, c’est bien celui du Hirak du Rif. En effet, la contestation a démarré sous le gouvernement Benkirane et a pris plus d’ampleur sous l’actuel gouvernement. Les leaders du Hirak ont été arrêtés puis jugés à des peines de prisons allant de deux à 20 ans de prison. Le juge distribue quelques 260 années de prison à l’encontre des 54 détenus du Hirak, sans que le gouvernement ne donne suite aux revendications portées par les habitants de la région à savoir: une faculté et un hôpital. Durant le procès, Zefzafi et les leaders du Hirak entament une grève de la faim pour protester contre le traitement qui leur a été réservé en prison. Zefzafi a aussi accusé les agents de police chargés de l’interroger de l’avoir torturé, mais le parquet et le juge n’ont entrepris aucune démarche.
Lire aussi: Nasser Zefzafi écope de 20 ans de prison ferme

8. Hirak, Jerada aussi

Le 3 juin dernier, deux personnes, âgées d’environ 33 et 42 ans, sont mortes suite à l’effondrement partiel d’une galerie de plomb à Jerada. Le lendemain, toute la ville a investit la rue pour protester contre les conditions sociales dont souffrent les habitants de la région. Plusieurs manifestations s’ensuivent mais l’Etat décide de les interdire. Lors d’une allocution au Parlement, le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit a directement accusé la Jamaâ, la Voie démocratique et l’AMDH d’être derrière les violences qu’a connues Jerada. Le but de ces mouvances politiques islamistes et d’extrême-gauche soufflent sur les braises pour «élargir les zones de protestations», selon ses dires.
Lire aussi : Diapo-vidéos. Grève générale à Jerada: des milliers de manifestants dans la rue

9. Social: le dialogue de sourds

Dès sa première rencontre avec les syndicats, le chef de gouvernement a exprimé son souhait de conclure un accord tripartie (gouvernement, syndicats et patronat) sur les trois prochaines années. Après une seconde réunion, organisée en mars dernier, El Othmani a déclaré qu’il voulait y parvenir avant le mois de septembre mais plusieurs syndicats ont exprimé leur désaccord sur les délais. Pour eux (les syndicats), il faut accélérer le rythme du travail afin de parvenir à un accord avant la fin du mois d’avril pour qu’il puisse être célébré lors de la fête du travail. Aucun accord n’a été trouvé et les défilés du 1er mai ont été caractérisés par la déception et la colère contre le gouvernement. Depuis, aucune avancée au niveau du dialogue social à souligner. Pire, la Confédération générale des entreprises du Maroc vient d’élire un nouveau staff dirigeant et qui risque de faire marche arrière sur tous les engagements pris par son prédécesseur.

10. Liberté de la presse, la dégringolade

Dans l’édition 2018 de son rapport annuel sur l’état de la liberté de la presse dans le monde, Reporters sans frontières considère que la presse au Maroc souffre d’un recul en terme de libertés. Cette année, le Maroc s’est retrouvé à la 135e position, soit deux places de moins qu’en 2017. RSF rappelle d’ailleurs qu’en 2017, «plusieurs procès ont été intentés contre des journalistes professionnels, comme Hamid ELmahdaouy» et ajoute que «plusieurs journalistes sont actuellement incarcérés et des peines de prison et des amendes ont été prononcées à leur encontre». Et ce n’est pas tout, l’ONG dénonce le fait que des journalistes étrangers soient empêchés de couvrir des événements tels que le Hirak du Rif.
Lire aussi: Liberté de la presse: le Maroc poursuit sa dégringolade