Ayoub Mahfoud a été condamné pour avoir injurié le roi, justifie une source officielle

Ayoub Mahfoud a été condamné a trois ans de prison et une amende de 5 000 DH./DR

La condamnation du jeune Ayoub Mahfoud, en décembre dernier, a suscité l’émoi. Ses parents bouleversés, dénoncent un procès expéditif et une condamnation «trop lourde».

Le jeune lycéen Ayoub Mahdouf a été condamné à trois ans de prison ferme, pour une publication sur le réseau social Facebook, datant du 30 novembre dernier. Si depuis le début de cette affaire, les médias évoquent un simple partage de la chanson «3acha cha3b» (Vive le peuple, en arabe), le quotidien arabophone Al Ahdath Al Maghribia, affirme dans sa livraison du 7 janvier, que c’est son commentaire qui lui a valut la prison.

En effet, une source « officielle » du quotidien arabophone explique que le jeune aurait proféré «des paroles offensantes envers le roi, et qui ne sont pas celles contenues dans la chanson 3acha cha3b». Le jeune, selon cette même source, a été entendu par la police et a avoué être l’auteur de cette publication, avant d’être poursuivi et déféré devant le juge.

 

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Les parents d’Ayoub ont témoigné auprès de nos confrères de Hiba Press et racontent les faits. Ils expliquent que des agents de police se sont présentés à leur domicile vers 10h du matin.

«Ils m’ont demandé où était Ayoub, en disant qu’ils étaient leurs amis et qu’ils étaient à sa recherche (…) c’est là où ils l’ont emmené au commissariat, sans qu’on le voit.  Il y est resté 24 heures», explique sa mère qui était présente au moment de son interpellation. Son père, ancien gendarme, affirme pour sa part qu’aucune «explication ni motif ne leur a été fourni tandis qu’ils étaient en train de l’interroger».

«Sa place est à l’école et non pas en prison»

C’est leur avocate qui leur expliquera que leur fils a été arrêté «pour la chanson 3acha cha3b». Deux semaines plus tard, «Ayoub a été présenté devant le juge, où (nous) avons même pas pu le voir encore une fois», expliquent ses parents.

Ayoub a finalement été condamné à trois ans de prison et une amende de 5 000 DH. «Trois ans c’est trop, il est encore jeune », explique la mère d’Ayoub, qui devait passer son baccalauréat l’année prochaine. «Sa place est à l’école et non pas en prison», rétorque son père.

Il était poursuivi pour diffamation et injure publique, selon les articles 444 et 142 du Code pénal marocain, ainsi que l’article 179, qui prévoie «un emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de 200 à 1.000 dirhams toute offense commise envers la personne du roi ou de l’héritier du trône», précise le quotidien arabophone.

Une sentence qu’explique la source du quotidien arabophone par le fait que le jeune homme s’est attaqué à «l’institution royal et non pas pour avoir partagé sur le réseau social la fameuse chanson», qui cumule plus de 20 millions de vues.

Cette même source accuse les médias d’avoir voulu faire croire à l’opinion publique que le jeune n’ait été arrêté que pour le fait d’avoir partagé cette chanson, alors que c’est son commentaire personnel, qui a conduit ce mineur à écoper de trois ans de prison. Et d’ajouter que «la loi sera appliquée face à tous contenus numérique portant atteinte à la dignité des citoyens et à la réputation des institutions publiques».

Contacté par H24info, le président de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), Aziz Ghali, avait dénoncé «une sentence très lourde pour une simple photo postée sur les réseaux sociaux», démontrant «l’affront aux droits numériques des citoyens marocains».

«L’Etat prouve de nouveau sa détermination à verrouiller les espaces de dialogue, après avoir muselé les espaces publiques», avait-il martelé. Avant d’ajouter: «Nous demandons encore à l’Etat de permettre à ses citoyens de s’exprimer librement sur les réseaux sociaux».

Sur les réseaux sociaux, principalement Twitter, les internautes ont lancé le hashtag #FreeAyoub, dénonçant ainsi sa condamnation. Ce hashtag fait référence à un autre, #FreeKoulchi (libérez tout le monde), dénonçant les condamnations de plusieurs prisonniers d’opinion au Maroc.

L’AMDH s’est saisi de l’affaire et a mobilisé ses avocats, pour porter soutien a la défense qui a fait appel, rapporte nos confrères de Telquel. Le procès en appel a été fixé au 20 janvier, poursuit la même source.