AstraZeneca/caillots sanguins: réunion cet après-midi du Centre national de pharmacovigilance

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Vaccinés par AstraZeneca, certains Marocains se sont plaints de coagulation sanguine. Le Centre antipoison et de pharmacovigilance du royaume doit se réunir cet après-midi pour discuter de ces événements qui restent très minimes.

Plusieurs pays européens ont récemment suspendu provisoirement l’utilisation du vaccin britannique AstraZeneca, à l’instar de l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la Suède, ou encore la France. Au Maroc, alors que 80% des vaccinés le sont par AstraZeneca, l’opinion publique s’interroge. Va-t-on emboiter le pas aux pays européens et suspendre également son usage?

Les membres du Comité national scientifique ad hoc pour l’élaboration de la stratégie vaccinale contre le Sars-Cov-2 ont répondu à cette question lors d’une réunion tenue hier, mardi 16 mars 2021. Le Maroc continuera pour le moment à vacciner avec AstraZeneca.

Au 15 mars 2021, sur 5.992.783 doses de vaccins, dont 4.628.695 du vaccin AstraZeneca, quatre cas d’événements thromboemboliques ont été signalés dans le pays, rapporte le Centre national de pharmacovigilance (CAPM). « Après analyse approfondie des cas signalés: la maladie thromboembolique n’a pas été retenue dans un cas. Dans deux cas, le lien entre le vaccin et l’événement thromboembolique n’a pas été établi et un cas est en cours d’investigation », précise l’avis du CAPM.

Aucune corrélation n’est donc pour le moment établie entre la vaccination d’AstraZeneca et un risque de thrombose. C’est ce que nous confirme également le Pr. Kamal Marhoum Filali, chef du service des maladies infectieuses du CHU de Casablanca. L’immunologiste nous explique que pour le moment, nous ne pouvons pas qualifier « d’effets secondaires » ces thromboses survenues « car on ne sait pas si c’est réellement lié à la vaccination ».

« Selon moi, ce vaccin devrait rester dans l’arsenal thérapeutique marocain. Je n’ai personnellement pas l’impression qu’on ait suffisamment de preuves pour le suspendre », abonde l’expert qui rappelle l’avis favorable de l’OMS qui a énoncé qu’il n’y avait « pas de raison de ne pas vacciner avec AstraZeneca ». Et de témoigner: « Parmi les personnes vaccinées que j’ai côtoyées d’assez près, qu’il s’agisse du personnel de la faculté de médecine qui a reçu le vaccin d’AstraZeneca ou de mes patients que je suis pour d’autres pathologies, il n’y a pas eu de problème particulier ».

Même en Europe, les cas signalés de maladies thromboemboliques pendant la période de vaccination restent très minimes. « Les comités qui suspendent AstraZeneca en Europe agissent uniquement en fonction d’un principe de précaution. Quand on est membre de ce comité, on a une responsabilité énorme qui peut être lourde de conséquences. Ils préfèrent donc suspendre plutôt que de continuer et observer par la suite », commente Pr. Marhoum qui note aussi que « ces pays ont d’autres alternatives vaccinales, contrairement au Maroc » actuellement fournis par deux laboratoires: Sinopharm et AstraZeneca.

«Pour le moment, 30 cas de maladies thromboemboliques ont été rapportés en Europe pour 5.000.000 doses de vaccins d’AstraZeneca (0,06 pour 1.000). Au Royaume-Uni, 35 cas ont été rapportés pour 9.700.000 doses de vaccins (0,03 pour 1.000). Ces chiffres sont bien en-dessous de l’incidence annuelle de la maladie qui est de 1 cas pour 1.000 en Europe et en Amérique du Nord où plus de 200.000 nouveaux cas d’événement thromboembolique surviennent chaque année aux Etats Unis», mentionne le rapport du comité scientifique ad hoc, mettant lui aussi en lumière la très faible proportion de personnes vaccinées subissant une coagulation sanguine.

Cet après-midi, le Centre national de pharmacovigilance a prévu de se réunir pour discuter de ces signalements de thrombose, nous informe Pr. Marhoum. « Nous allons nous enquérir des signaux rapportés à la pharmacovigilance, quels sont-ils exactement, quelle(s) tranche(s) d’âge est concernée, comment sont constitués ces caillots, etc », explique l’expert.

« Des phlébites ou thromboses surviennent de façon régulière chez les personnes. Il faut observer si la fréquence est plus importante que d’habitude dans la population générale. Si le résultat est à peu près pareil, il n’y a pas lieu de s’inquiéter, sinon il faudra aller plus loin dans les recherches », conclut-il.

Pour rappel, l’Agence européenne du médicament (AEM) doit également se réunir de manière exceptionnelle, demain, jeudi 18 mars, pour « conclure sur les informations recueillies et sur toute autre mesure qui pourrait être nécessaire ».  Jusqu’à présent, l’Agence a affirmé que les avantages du vaccin l’emportent toujours sur ses risques.