Application Wiqaytna, les raisons d’un échec

4131
DR

Lancée dans le but de détecter plus facilement les cas de contamination au covid-19, l’application Wiqaytna ne semble pas avoir conquis le public, ne mobilisant pas suffisamment d’adhérents pour être efficace. 

L’application Wiqaytna a été téléchargée à peine 2 millions de fois, « peut-être par curiosité », décrypte ce matin le journal L’Économiste qui précise qu’on ne sait pas si l’application a été désinstallée par ces mêmes utilisateurs. Consultée par le média, Soumia Guennoun, enseignante-chercheuse à l’Université Euromed de Fès (UEMF), pense pourtant que « cette technologique s’impose encore plus pendant le déconfinement pour parer au risque de sursaut épidémique ».

« Au Maroc, les citoyens sont confrontés au processus d’adoption et à la méconnaissance par le grand public de l’arsenal juridique en la matière », souligne la chercheuse également associée au « Research Institute for European Mediterranean and African Studies » (RIEMAS). Le caractère volontaire de l’usage ou non de l’application a eu des conséquences sur son adhésion affectée par deux éléments majeurs: la confiance et la flexibilité, remarque L’Économiste.

En effet, les citoyens redoutent que les lois en la matière ne garantissent pas assez le respect de la vie privée et la pénalisation des comportements malveillants. « Ces aspects sont peu connus du grand public. Or, l’aspect juridique y afférent peut être utilement scruté pour dissiper les inquiétudes et pousser les citoyens à l’adoption de cette application très utile dans le contexte actuel », éclaire Soumia Guennoun.

Respect de la vie privée et méconnaissance des lois

Pour elle, l’application serait davantage adoptée si les citoyens prenaient conscience de la place accordée par le droit positif marocain au respect de la vie privée. A ce propos, la loi 07-03, complétant le code pénal en ce qui concerne les infractions relatives aux systèmes de traitement automatisé des données, « réprime pénalement les agissements immoraux, tels les intrusions au sein des systèmes de traitement automatisé des données et les atteintes à ces systèmes ».

Et la chercheuse d’ajouter: « Elle [la loi 07-03] sanctionne toutes les intrusions non autorisées, qu’elles précèdent de pirates externes au système ou de fonctionnaires qui infiltreraient une zone de réseau de leur administration à laquelle ils n’ont pas droit, que l’accès soit par effraction ou lorsque l’autorisation d’accès limitée dans le temps est outrepassée ».

 

Lire aussi : 7 choses à savoir sur « Wiqaytna », l’appli de traçage marocaine du covid-19

 

On reproche d’ailleurs à l’application Wiqaytna d’être vulnérable au niveau de l’anonymisation absolue en raison notamment de son possible téléchargement sur Google Play et App Store qui contiennent des données personnelles de l’utilisateur. « Ici, la crainte concerne les regroupements des données en vue d’identifier les utilisateurs », commente Guennoun, qui cite, « pour contrecarrer d’éventuels abus, la loi 09-08 relative au traitement des données à caractère personnel par le consentement indubitable de la personne concernée à l’opération ou l’ensemble des opérations envisagées ».

Selon l’article 4 de cette loi, « ce consentement ne peut être écarté que pour des raisons limitativement énumérées, venant constituer d’éventuelles bases légales de traitement », soit par exemple « lorsque le dit traitement est nécessaire à l’exécution d’une mission d’intérêt public ou relève de l’exercice de l’autorité publique ».

Et Wiqaytna répond à ces deux critères, souligne le quotidien, en tant que neutraliser la chaîne de transmission du virus représente une mission d’intérêt public, sous l’autorité des ministères de l’Intérieur et de la Santé. « Il s’agit alors de trouver un équilibre entre santé et libertés individuelles », conclut l’enseignante-chercheuse à l’UEMF.