Ahmed Belhouss: «Mon appartenance à Al Adl wal Ihssane n'a rien à voir avec ma suspension»

à 16:45
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Suspendu par le ministère de l’Education national pour «manquement aux obligations professionnelles», le professeur universitaire à la faculté de médecine, Ahmed Belhouss s’en défend et assure que cette décision constitue une réponse à son soutien aux revendications des étudiants de médecine.

H24info: Comment avez-vous réagi à l’annonce de votre suspension par votre ministère de tutelle?

Ahmed Belhouss: Franchement, je ne m’y attendais pas et je ne sais toujours pas comment interpréter cela. La décision du ministère de l’éducation et de l’enseignement supérieur n’a pas donné de détails motivant son choix (voir document). Ce qui y est annoncé est qu’ils me suspendent du travail et stoppent ma paye pour manquement à mes obligations professionnelles, sans les énumérer ou les citer. Je dois attendre la tenue du conseil de discipline pour en savoir plus et je réagirai en conséquent même si, au fond de moi, je sais pourquoi j’ai été sanctionné.

Pouvez-vous nous en parler ?

Depuis le début de la crise entre les étudiants en médecine et les ministères de l’Education et de la Santé, on a essayé de trouver des sorties honorables en garantissant les droits des étudiants et en insistant sur la légitimité de leur revendications. Le ministère de l’enseignement me reproche de soutenir ce mouvement, et c’est cela le fond du problème. Nous avons agi en tant que professeurs universitaires, syndicalistes et médecins pour trouver une solution qui respecte la volonté des étudiants et contraintes pédagogiques mais personne n’a voulu nous entendre. Nos lettres et nos tentatives de médiations sont restées sans réponse et puis ils nous sanctionnent finalement.

Lors de son point de presse, Khalfi a pointé du doigt le rôle joué par Al adl wal ihsane dans cette crise. Selon plusieurs sources, vous avez été sanctionné ainsi que vos deux collègues à cause de votre appartenance à la Jamaâ. Vous en dites quoi?

Si Al Adl wal Ihsane est capable de mobiliser plus de 18.000 étudiants dans toutes les villes du royaume et organiser des mouvements tels que le Rif et Jerada, c’est elle qui devrait diriger le pays. La Jamaâ est un bouc-émissaire permanent et ce gouvernement l’utilise comme épouvantail pour justifier ses échecs sur plusieurs plans. En plus, la décision du ministère de l’enseignement ne concerne absolument pas mon appartenance à la Jamaâ mais parle de manquements aux obligations professionnelles.

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J’ai agi dans le cadre de ce dossier en ma qualité de membre du Syndicat des enseignants supérieurs (SNESUP) et en tant que membre du conseil de l’université. Nous (les trois professeurs suspendus) payons le prix de notre soutien aux revendications des étudiants et non notre appartenance à la confrérie. C’est de la lâcheté que d’évoquer le rôle de la Jamaâ dans ce dossier.

Vous ne trouvez pas que le mot «lâcheté» est un peu fort?

Depuis le début du problème, le gouvernement essaie de se dérober à ses responsabilités et n’a pas cherché l’apaisement en promettant le tout et son contraire. A chaque fois que la crise s’approchait du dénouement, un des deux ministères publiait un communiqué qui compliquait davantage le processus de négociations entre les parties et fissurait la confiance entre eux. Cela s’appelle un non-respect des engagements et de la lâcheté politique. Le gouvernement joue avec le feu dans ce dossier.

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Au lieu de calmer les choses en retournant à la table des négociations et en satisfaisant les demandes légitimes des futurs médecins, l’exécutif passe aux menaces en agitant le spectre du redoublement et de l'expulsion pour les étudiants ayant dépassé le nombre d'années autorisées. Ceci n’aboutira qu’à plus d’entêtement de la part des étudiants, qui n’ont jamais réclamé une année blanche mais juste la concrétisation de leurs espoirs en une santé publique de qualité à travers la réalisation de leurs requêtes.