Affaire Raïssouni: «Ce procès intervient dans un contexte de déliquescence des libertés au Maroc»

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La condamnation de Hajar Raissouni et celle des autres prévenus dans le cadre du même dossier a provoqué un tollé auprès des droits-de-l’hommistes, des acteurs de la société civile et des journalistes.

Le mercredi à Rabat, ils sont venus nombreux participer au sit-in de protestation organisé par l’AMDH, la LMDDH, l’AMFP, Freedom Now, l’OFSAF, l’UFE et d’autres organisations. H24info a recueilli leurs témoignages:

 

Maati Monjib, historien et enseignant chercheur

Je participe à cette manifestation pour dénoncer l’arrestation de Hajar, de son médecin et de son fiancé que je considère illégale. Car, primo, comme l’a prouvé la défense, il n’y avait pas d’avortement, et, deuxio, il n’y avait pas de débauche ou relation sexuelle hors mariage du moment que Hajar est fiancée d’Amin Rifaat. A fortiori, au Maroc on considère que la «khotba» (fiançailles)  et l’équivalent du mariage et les deux jeunes peuvent vivre ensemble jusqu’au mariage officiel.

Autant dire qu’il s’agit d’un ciblage politique de Hajar et de sa famille. On sait qu’Ahmed Raissouni, le président de l’Union Internationale des Savants Musulmans (UISM), est très critique vis-à-vis du régime et on sait aussi que ses deux autres oncles qui sont de gauche le sont tout autant. Et ce, qu’il s’agisse de Youssef, qui est secrétaire général de l’AMDH ou de Soulaimane, qui dirige la rédaction d’Akhbar Al Yaoum.

Hajar est aussi ciblée également parce qu’elle travaille à Akhbar Al Yaoum dont le fondateur et ancien directeur de publication n’est autre que Taoufik Bouachrine.

 

Khadija Riyyadi, ancienne présidente de l’AMDH

« Cette manifestation intervient au lendemain des jugements injustes prononcés par le tribunal de première instance de Rabat contre la journaliste, Hajar Raissouni, son fiancé et son médecin ainsi que son staff.

On considère qu’il s’agit d’un procès politique qui n’a rien d’un procès équitable. Toutes les normes d’un procès équitable n’étaient pas présentes. A cela s’ajoute le fait que le parquet n’a pas respecté le principe de la présomption d’innocence pour tous les prévenus dans le cadre de cette affaire et surtout Hajar, qui a été en compagnie de son médecin ciblés par une large campagne de diffamation.

Pire, Hajar a été victime d’une torture à travers des actes qui tombent sous le coup de la « Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants » que le Maroc a ratifié en 1993.

Ce procès entre dans le cadre d’une tentative de «muselage» des voix des journalistes indépendants et une tentative d’envoyer un message à la presse: taisez-vous.

Nous exprimons notre solidarité avec Hajar son fiancé son médecin ainsi que les autres personnes poursuivies dans cette affaire à savoir l’anesthésiste et la secrétaire. Nous dénonçons l’usage de lois obsolètes et rétrogrades dans les règlements de compte avec les journalistes.

Cette manifestation est également une occasion pour revendiquer l’annulation de ces lois dépassées et mettre fin à l’instrumentalisation de la justice dans des règlements de compte politiques.

Ce procès intervient dans un contexte de déliquescence des droits et des libertés avec un parquet général et des services sécuritaires qui ne cessent d’outrepasser leurs attributions.

Le parquet a également publié un communiqué qui diffame cette journaliste. Aujourd’hui, nous avons un rapport qui a été élaboré par un médecin expert, qui n’est autre que le président du service de la médecine légiste de Casablanca, Dr Hicham Benyich. Ce document prouve avec du « palpable » que Hajar a été victime d’un viol après que la police lui ait imposé une auscultation qu’elle refusait.

La manière par laquelle s’est faite cette auscultation et les conditions dans lesquelles elle a été faite prouvent qu’il s’agit d’une torture incriminé par la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants que le Maroc a ratifié en 1993. »

 

Soulaimane Raissouni, rédacteur en chef d’Akhbar Al Yaoum

« Ce sit-in constitue un cri de colère qui s’ajoute aux autres cris de désarroi qui ont dénoncé cette arrestation abusive de Hajar.  On a aujourd’hui une mosaïque des forces vives. Des droit-de-l’hommistes, des acteurs de la société civile ainsi que des médias indépendants, tous réunis pour la dénonciation de l’arrestation et du jugement de condamnation de Hajar.

Ce jugement condamne en fait celui qui l’a prononcé après les plaidoiries de Hajar et de sa défense qui ont réfuté, preuves scientifiques et médicales à l’appui contenus, les chefs d’inculpation. A plus forte raison, après que la défense ait présenté une contre-expertise qui prouve qu’il n’y a pas eu grossesse et par conséquent, il ne peut pas y avoir avortement.

Et même si l’on suppose qu’une femme est partie avorter – et c’est exclu complètement dans notre cas- on ne lui a pas posé la question: est-ce qu’elle est partie parce que la grossesse constitue un danger pour sa vie ou quoi que ce soit? Pire, on l’a condamné à 1 an de prison après que le parquet n’a pas pu répondre à l’argumentaire médico-juridique et scientifique qui a montré qu’il s’agit d’accusations infondées.

Ce sit-in est un cri de colère devant ceux qui ont créé ce dossier de toute pièce. Nous disons à ces gens: Arrêtez! Vous avez atteint la dernière extrémité en termes de maltraitance des journalistes. »