Affaire Omar Radi: un témoin à décharge poursuivi pour « complicité de viol »

3324
Imad Stitou et Omar Radi. DR

Un journaliste marocain appelé à témoigner en faveur de son confrère et militant des droits humains Omar Radi, visé par une plainte pour viol, est désormais poursuivi pour « complicité de viol », a indiqué jeudi son avocat.

Imad Stitou, unique témoin à décharge dans cette affaire, est auditionné jeudi « en tant qu’accusé » par le juge d’instruction à Casablanca, a indiqué à l’AFP Me Miloud Kandil.

Omar Radi, 34 ans, a été placé en détention préventive fin juillet dans une double affaire de viol et d’espionnage qui mobilise l’attention des médias et d’organisations de défense des droits humains attentives au respect de la liberté d’expression.

Il doit aussi être jugé dans une affaire d’ébriété publique avec son ami Imad Stitou, journaliste pour le site d’information Le Desk, après une altercation avec deux cameramen les filmant à la sortie d’un bar.

C’est une employée du Desk qui accuse Radi de viol. Il assure qu’il s’agissait d’une « relation consentie ».

Les deux parties ont maintenu leur version lors d’une confrontation mi-octobre devant le juge d’instruction.

 

Lire aussi : Le procès d’Omar Radi pour « ébriété publique » renvoyé à fin octobre

 

Imad Stitou a « attesté dès l’enquête préliminaire de la gendarmerie du caractère consensuel de la relation sexuelle incriminée », selon son comité de soutien.

« En changeant le statut du seul témoin, le ministère public tente de priver Omar Radi de son droit fondamental à un procès équitable et de lui enlever une preuve de son innocence », estime ce comité dans un communiqué.

L’enquête pour « espionnage » a été ouverte fin juin après la publication d’un rapport d’Amnesty International selon lequel le téléphone d’Omar Radi était espionné par les autorités via un logiciel de piratage sophistiqué. Rabat dément, accusant Amnesty de mener une « campagne internationale de diffamation ».

Le journaliste affirme être la cible d’une « vengeance » du pouvoir à cause, selon lui, de ce rapport qui a fait grand bruit.

Reporters sans frontières a demandé à l’ONU « de se prononcer publiquement contre l’instrumentalisation des affaires de mœurs par les autorités marocaines pour réduire au silence les journalistes critiques ».