Affaire Omar Radi: les autorités répondent vertement à Human Rights Watch

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L’affaire Omar Radi continue de faire des remous. Placé en détention préventive depuis le 29 juillet 2020, mais toujours pas jugé, le journaliste, qui a toujours clamé son innocence, est entré en grève de la faim le 9 avril. Quelques jours avant, un collectif d’ONG avec à sa tête Human Rights Watch, a publié un appel conjoint aux autorités marocaines afin de libérer Radi et lui garantir un procès équitable. Une déclaration qui n’a pas du tout été du goût des autorités.

C’est tout d’abord l’étonnement qu’ont tenu à exprimer les autorités marocaines aujourd’hui dans un communiqué du DIDH (Délégation interministérielle aux droits de l’Homme). Un étonnement face à la déclaration du collectif d’ONG qui, selon les autorités, remettrait en cause la crédibilité des institutions constitutionnelles marocaines et tenterait d’influencer le cours normal de la justice dans le traitement du dossier d’Omar Radi.

« Les autorités marocaines ont pris connaissance de la publication par des ONG d’une déclaration commune appelant à accorder la libération provisoire à Omar Radi et à garantir un procès équitable pour toutes les parties », a indiqué la Délégation interministérielle aux droits de l’Homme (DIDH) dans un communiqué, notant que cette déclaration comprend plusieurs aberrations qui appellent un certain nombre d’observations et de clarifications.

Tout en insistant sur le fait que la décision d’arrestation, de condamnation ou d’innocence, ainsi que l’acquittement ou la mise en liberté, relèvent de la compétence exclusive du seul pouvoir judiciaire, les autorités marocaines affirment que l’égalité de tous les citoyens devant la loi constitue l’un des droits civils fondamentaux reconnus par la constitution, ce qui n’empêche pas la poursuite judiciaire pour des actes criminels attribués au suspect, quels qu’en soient la qualité, l’activité ou la situation, ajoute la même source.

 

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Dans ce sens, les autorités marocaines relèvent que les poursuites judiciaire de Omar Radi reposent sur des accusations de porter atteinte à la sécurité étrangère de l’Etat en menant des contacts avec des agents d’un pays étranger en vue de nuire à la situation diplomatique du Maroc, et de viol sur la base d’une plainte dans ce sens déposée contre lui par la victime.

Il s’agit de crimes de droit commun dont les autorités marocaines ne veulent pas détailler les circonstances, mais elles assurent que l’affaire se déroule dans l’indépendance totale et sans aucune discrimination ni exception, conformément aux dispositions des conventions internationales relatives aux droits de l’Homme et la loi nationale en la matière, explique le communiqué.

De ce fait, ajoute la même source, les autorités marocaines rejettent ladite déclaration qui allègue que la poursuite de Omar Radi est liée à son travail journalistique ou en raison de ses critiques à l’égard des autorités et des institutions.

La preuve, fait observer la DIDH, en est qu’il a exercé sa profession pendant plusieurs années et a exprimé ses positions et opinions librement et sans aucune restriction par le biais d’articles ou d’enquêtes qu’il réalise dans le cadre de la loi régissant la presse et l’édition.

 

Omar Radi n’est pas le seul à critiquer les institutions

 

La DIDH souligne que les allégations contenues dans la déclaration, selon lesquelles l’intéressé est poursuivi dans un contexte marqué par « la restriction de la liberté de la presse à travers l’invention de procès pour des accusations sexuelles », sont réfutées par la volonté des autorités marocaines de promouvoir la liberté d’opinion et d’expression sous toutes ses formes, car la réalité fait ressortir un dynamisme et la diversité du champ médiatique, marqué par la présence de nombreux journalistes d’opinion, d’activistes sur les réseaux sociaux, de médias et d’organisations.

Lesquels exercent leur droit d’expression, en critiquant les autorités et les institutions et en s’opposant à leurs politiques, de manière libre et sans être soumis à des restrictions autres que celles autorisées par le droit international, la Constitution et les textes juridiques.

Les autorités marocaines s’étonnent également, ajoute le communiqué, de la position des ONG signataires de ce cette déclaration qui ont négligé les droits des victimes d’agression sexuelle et de leur parti pris pour remettre en question la crédibilité des faits, simplement parce que le suspect jouit d’un certain statut ou pratique une activité particulière, à un moment où des voix s’élèvent à travers le monde contre l’impunité les auteurs de ce type d’actes juridiquement incriminés et moralement et humainement condamnés.

Les autorités marocaines déplorent l’implication d’organisations non gouvernementales censées contribuer à la promotion et la protection des droits et libertés conformément aux principes et règles internationalement reconnus, dans les campagnes de pression médiatique visant à induire en erreur l’opinion publique avec des données qui ne sont pas vraies, afin de porter atteinte à l’image des institutions constitutionnelles au Royaume du Maroc.