Affaire Omar Radi: Amnesty International répond à El Otmani

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L’ONG Amnesty International (AI) répond à la demande du chef du gouvernement de fournir des « preuves matérielles » des allégations selon lesquelles le Maroc aurait piraté avec un logiciel espion le téléphone du journaliste et militant Omar Radi. 

Dans un article publié ce matin sur son site Internet, Amnesty International déclare avoir « envoyé hier au gouvernement marocain une lettre confirmant les résultats de ses recherches et fournissant davantage de détails sur sa méthodologie de recherche ».

En effet, le chef du gouvernement marocain Saad-Eddine El Otmani avait adressé hier également une lettre à l’ONG en insistant pour que celle-ci présente des « preuves matérielles » étayant son rapport selon lequel le Maroc aurait piraté le téléphone du journaliste Omar Radi, avec l’aide d’un logiciel espion.

« Les éléments de preuve d’Amnesty International ont été recueillis grâce à notre analyse technique de l’iPhone du journaliste marocain Omar Radi qui a révélé des traces d’attaques par « injection de réseau ». Cela était conforme à l’enquête d’octobre 2019 d’Amnesty International, qui a détaillé le ciblage des défenseurs marocains des droits humains Maati Monjib, notamment par des attaques par injection de réseau, et Abdessadak El Bouchattaoui utilisant le logiciel espion Pegasus, une technologie de surveillance produite par la société NSO Group », répond l’organisation dans son communiqué.

 

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« NSO Group vend son logiciel espion Pegasus exclusivement aux forces de l’ordre et aux agences gouvernementales. En outre, les preuves techniques que les chercheurs de l’organisation ont extraites du téléphone d’Omar Radi indiquent clairement que Pegasus a été installé avec une forme particulière d’attaque numérique identifiée dans nos rapports comme une « injection de réseau », ce qui a nécessité un effet de levier sur les opérateurs mobiles du pays pour mettre sur écoute Omar, soit une connexion Internet mobile que seul un gouvernement peut autoriser », précise AI.

Jeudi dernier, un haut responsable gouvernemental, sous couvert d’anonymat, a pourtant assuré à l’AFP que le Maroc « ne dispose pas de la technologie de NSO ». De leur côté, les autorités marocaines parlaient «d’une campagne de diffamation internationale injuste» dictée par « un agenda n’ayant aucun lien avec la défense des droits de l’Homme » et dénoncent « l’acharnement systématique et continu» d’Amnesty contre les intérêts du Maroc ».

 

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Face à cela, Amnesty Intenational voit de la part du Maroc « une tentative de discréditer une solide recherche sur les droits de l’Homme qui a révélé une série d’incidents de surveillance illégaux utilisant des produits du groupe NSO ». « Au lieu de s’engager de manière constructive avec les conclusions de notre rapport, les autorités choisissent de poursuivre l’attaque contre le messager », a déclaré Heba Morayef, directrice d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Et de conclure: «Les autorités marocaines ont l’habitude de prendre des mesures punitives pour distraire de leur sombre bilan en matière de droits humains. L’ironie est que ce faisant, ils confirment précisément ce que les recherches d’Amnesty International au cours des derniers mois ont révélé: la tolérance zéro du gouvernement à la liberté d’expression».

Pour rappel, Amnesty International a publié le 22 juin dernier un rapport selon lequel le journaliste Omar Radi aurait été étroitement surveillé pendant plus d’un an via le logiciel d’espionnage Pegasus infiltré dans son téléphone portable. Le militant avait été condamné en mars dernier à quatre mois de prison avec sursis pour avoir fustigé sur Twitter le verdict prononcé par un magistrat contre des membres du «Hirak».