Abderrahman Elyazidi: «Entre le grossiste et le vendeur, le poisson peut passer par 5 intermédiaires»

2017
Marché de gros au poisson, Casablanca. Crédit: DR.

Abderrahmane Elyazidi, coordinateur du Collectif pêche et développement durable, nous livre son explication sur la hausse des prix du poisson durant les premiers jours du ramadan. En fin connaisseur du marché, il accuse les intermédiaires.
H24info: Les prix du poisson augmentent en flèche durant le mois de ramadan. Cela est dû à quoi?
Abderrahman Elyazidi: Il est très difficile de répondre à cette question car plusieurs facteurs entrent en jeu pour fixer le prix du poisson au détail, contrairement au marché de gros. D’abord, la pêche est un investissement à risque car les propriétaires des bateaux ne sont pas surs d’avoir un retour. Sans oublier le transport qui pénalise aussi toute la chaîne car les deux tiers des sardines consommées au Maroc proviennent du Sahara. En ce qui concerne les prix, ils sont fixés au niveau national et le ministère et les différents acteurs de la pêche au Maroc ont fixé un barème et des prix référentiels. Pour la Sardine, le prix de la sardine est de 2,80 dirhams hors taxe. A la sortie du port, il ne peut pas dépasser 3,20, après il faut le transporter aux différents marchés de gros du royaume avec tout ce que cela implique en terme de logistique et de glace. Au marché de gros, les prix sont contrôlés et ils dépassent rarement les 5 dhs le kilogramme en ce qui concerne les sardines. Après cette étape, les prix changent complètement.
Alors comment expliquez-vous la différence entre le prix au marché de gros et chez les marchands?
Ce sont les intermédiaires qui font grimper les prix. Entre le marché de gros et le dernier vendeur, le poisson peut passer par cinq intermédiaires. C’est anormal et injuste. Les intermédiaires entrent dans différents circuits des produits alimentaires au Maroc et ne sont pas une spécificité du poisson. Les poules, la viande rouge, les fruits et légumes sont aussi des marchés sujets au dictat des intermédiaires, qui font et défont les prix en dépit de l’offre et de la demande. Ensuite, le marchand lambda peut aussi augmenter les prix ou les baisser et tout dépend de la demande. Si un vendeur est habitué à gagner 1,50 dhs ou deux, il augmentera sa marge de profit s’il voit que la demande est en hausse.
Comment faire pour contrôler les prix sur toute la chaîne et protéger ainsi le consommateur?
La réponse est aussi complexe que les facteurs intervenants dans ce marché. Je pense que les autorités locales peuvent jouer un rôle important dans le contrôle des prix. Elles peuvent par exemple fixer un prix référentiel par département et il sera appliqué sur tout le marchés qui y sont implantés. Il faudra tabler sur la transparence avec le consommateur et le tenir informé des prix. Et il est possible de lutter contre les intermédiaires car on peut les sanctionner en fixant un barème à l’échelle départementale.

Abderrahman Elyazidi. Crédit: DR.