Abdellatif Ouahbi: «Il est temps de mettre fin à l’antagonisme systématique vis-à-vis du PJD»

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A quelques jours du 4e congrès du Parti authenticité et modernité (PAM), qui se tiendra du 7 au 9 février, Abdellatif Ouahbi, candidat au poste de secrétaire général, nous livre le propre de sa pensée concernant l’avenir du PAM, la gestion de l’après Ilyas El Omari, la relation avec l’Etat, la dichotomie entre les militants du PAM (gauche vs notables) et les relations avec le PJD.

 

H24info : Lors de votre conférence de presse, vous avez parlé de certaines ruptures qu’il faut faire ainsi que de certaines continuités qu’il faut maintenir. Pourriez-vous nous en parler davantage ?

Abdellatif Ouahbi: – Quand je parle de ruptures, je fais allusion à certains comportements et certaines pratiques déplorables qui portent atteinte à l’action politique. Il y avait des gens qui puiser leur force de certaines relations ou de l’Etat et de ses institutions ou encore qui se permettaient l’ingérence dans les affaires internes d’autres partis. Pour moi, il faut bannir ce genre de pratiques au sein de notre parti et couper le cordon ombilical avec l’Etat.

S’agissant de la continuité, j’entends par cela la continuité dans nos prise de positions et celle du projet politique de notre parti dans son ensemble et des relations entre les militants dans leur meilleure forme. Et aussi, la continuité dans le rôle joué par le parti au sein du paysage politique national.

-Parmi les ruptures que vous avez évoquées, on trouve la mise à terme de l’antagonisme avec les islamistes du PJD…

La mise d’un terme à l’antagonisme avec les islamistes fait partie de ces ruptures, mais nous devons mettre fin à l’antagonisme avec l’ensemble des partis politiques. Nous sommes un parti politique qui défend un projet politique. On peut convaincre les gens comme on peut échouer dans cette mission, mais il faut qu’une relation de respect se maintienne entre nous et les différents protagonistes du champ politique.

Il y a certains qui prétendent avoir des relations avec l’Etat. Est-ce que c’est vrai ou pas? Je ne sais pas, car je n’ai jamais assisté à ce genre de réunion, mais j’ai toujours été contre ce genre de comportements. Il faut qu’on rompe avec ce genre de pratiques.

 

Comment vous voyez cette composition hétérogène du parti constitué d’ancien militant de gauche et de notables? Est-ce que cette hétérogénéité est viable?

-Cette conception était valable au moment de la création du parti, elle n’est plus d’actualité, car les gauchistes ne le sont plus et les notables ne sont plus comme avant. Il y a eu beaucoup d’évolutions au sein du parti. Les positions ont changé et les intérêts ont changé et, par conséquent, les prises de position ont également changé.

Cela n’empêche que le parti est divisé en deux blocs, la direction constituée de gens de gauche et le groupe parlementaire et les élus constitués essentiellement de notables. A présent, il est de notre intérêt de mettre un pont entre ces deux forces au sein du parti pour qu’il y ait une clarté dans la vision politique du parti. Le PAM n’a jamais eu un programme politique, mais que des slogans. Il n’a jamais eu une vision politique fédératrice de ses composantes. Il n’y avait que des slogans que les uns utilisaient contre les autres.

-Comment le PAM va-t-il ou doit-il gérer l’«après Ilyas El Omari» ?

-Ce n’est pas la question la plus importante, mais celle de la reconstitution du parti, de sa recréation et sa restructuration. Dit autrement, la création d’un nouveau parti sur les ruines d’un ancien parti qui a besoin d’une vision d’une nouvelle orientation et de nouveaux comportements.

Il faut bâtir une relation de confiance entre les militants. Je crois qu’on peut mener à bien le parti si l’on arrive à jeter les jalons de relations intramilitants basées sur un programme.

-Quand vous dites « bâtir un nouveau parti sur les ruines d’un ancien parti », cela sous-tend que le projet de constituer un parti de centre a échoué?

-Il portait en lui les germes de son échec. Quand on n’a pas de vision et on n’a pas de conception, on commence à créer ses propres conceptions et créer de fausses luttes pour défendre celles-ci.

Il y a eu une sorte de regroupement de cristaux qui ne sont pas de la même substance, ce que nous refusons. Il est temps de prendre les choses en mains et se poser les bonnes questions. Qui sommes-nous et qu’est-ce qu’on veut?  A ce moment-là, tout deviendra fluide, voire facile.

-Donc le parti, qui ne manque pas de théoriciens, a besoin d’une nouvelle littérature et d’une nouvelle grammaire?

-Nos théoriciens n’ont pas produit une grammaire politique propre au PAM, car ils étaient occupés par de fausses luttes pour convaincre nous autres qu’ils luttent pour défendre les institutions. Pris dans des conflits qui n’avaient pas lieu d’être, ils n’ont pas pu produire une pensée. A un certain moment, on s’est rendu compte que les islamistes produisent et défendent leur pensée et occupent l’agora alors que nous nous sommes restés timides  à ce niveau.

-S’agissant des alliances futures du parti, est-ce qu’une alliance avec le PJD est envisageable malgré la barrière psychologique qui existe chez les dirigeants de cette formation vis-à-vis de votre parti, notamment, votre ami Abdelilah Benkirane?

-Nous sommes un parti du Centre pragmatique. Vous devez poser la question est-ce que cette barrière concerne le PAM d’aujourd’hui ou celui du passé ? Jusqu’à présent les feed-backs et les réactions qu’on a eues du côté du PJD sont positifs. On n’a toujours pas le PAM qui peut ouvrir un dialogue avec le PJD, mais ça va venir. On ne peut pas se prononcer en lieu et place du PJD sur une question qui ne leur a été pas encore posée. Le jour où on entrera dans un dialogue avec le PJD, on verra.