24 heures après le limogeage de Boussaïd, on n'en connaît toujours pas les raisons

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Cela fait 24 heures que le ministre de l’Economie et des finances, Mohamed Boussaïd, a été limogé de son poste. Le cabinet royal évoque l’application du principe de reddition des comptes mais sans donner plus d’informations.
Hier après-midi, le ministre de l’Economie et des finances, Mohamed Boussaïd, a été démis de ses fonctions par le roi Mohammed VI. Le communiqué du cabinet royal explique qu’il s’agit d’une application du principe de reddition des comptes, sans donner plus de détails sur les manquements ou les fautes reprochés au ministre du RNI. Contrairement aux autres limogeages, cette fois-ci le communiqué du cabinet royal ne donne pas assez d’éléments pour comprendre ce qui s’est réellement produit.
Lors du limogeage des ministres le 24 octobre dernier, plus connu médiatiquement sous le nom du «séisme royal», le communiqué du cabinet royal révélait que la décision de démettre les quatre ministres a été prise suite au rapport de la Cour des comptes sur le projet Al Hoceima Manarat Al Moutawassit. Le rapport de la Cour présidé par Dris Jettou pointait l’absence de malversations ou de détournements, la non programmation des crédits budgétaires, des difficultés à mobiliser le foncier, etcetera… et seuls 5 projets (146,8 MDH) sur 644 ont été achevé en 2016.
Plusieurs analyses, aucune réponse !
Dans le cas de Mohamed Boussaïd, rien n’a été expliqué, ce qui a laissé l’espace libre aux interprétations voir aux spéculations et tout le monde y va de son analyse. Le projet de Manarat Al Moutawassit vient en première intention chez beaucoup d’analystes de la vie politique. Ils pensent que cette décision royale intervient pour boucler la boucle de l’enquête, sur un projet qui peine à se concrétiser.
D’autres privilégient la piste du deal Saham-Sanlam et la disposition de la loi de finance de 2018 qui exonère les entreprises de la taxe d’enregistrement. Plusieurs acteurs économiques ont estimé que cette mesure visait principalement l’entreprise de Moulay Hafid El Alami et que Boussaïd a facilité la tâche à son collègue et membre de son parti.
Quelque uns préfèrent coller leur analyse à l’actualité et pensent que Boussaïd a sauté à cause des rapports du Wali de Bank Al Maghrib et du rapport de la Cour des comptes, tous les deux présentés devant le souverain lors de la fête du trône. Dans son dernier rapport présenté au roi, le président de la Cour des comptes a d’ailleurs pointé du doigt des dysfonctionnements économiques importants, ce qui s’est répercuté automatiquement par le manque de confiance chez les investisseurs.
En effet, la politique de l’endettement a conduit plusieurs entreprises à fermer. Elles sont ainsi, près de 8.000 entreprises à déclarer faillite chaque année. D’ailleurs plusieurs rapports (BAM, Cour des comptes, HCP, OCDE) insistent sur la nécessité de rendre les dépenses publiques plus efficace, mais le ministère de l’Economie et des finances n’a pas changé de politique, encore moins de stratégie. Ceci a contribué à la croissance du chômage, la baisse du pouvoir d’achat et l’aggravation de la TVA lors des six dernières années.
Enfin, l’analyse la plus partagée est relative à la gestion de la campagne du boycott. Dans une déclaration au Parlement, le désormais ancien ministre de l’Economie et des finances a accusé les boycotteurs de «M’daouikhs» (étourdis, ndlr). Une sortie qui a fait couler beaucoup d’encre et a suscité de vives réactions. Plusieurs personnes n’ont pas toléré qu’un responsable gouvernemental emploie des mots insultants au sein du Parlement et injurier différentes couches sociales.