La Cour des comptes descend la stratégie Maroc Numeric 2013

à 10:00

Dans un rapport sévère, la Cour des comptes énumère les failles et dysfonctionnements d’une stratégie censée sortir le Maroc de la torpeur numérique.

Rarement une stratégie nationale a été à ce point décriée. C’est le cas pour le plan "Maroc Numeric 2013", une politique censée démocratiser l’accès aux nouvelles technologies au Maroc et en faire un levier économique.

Dans un rapport publié hier lundi, la Cour des comptes n’y va pas de main morte pour fustiger l’état de (non) avancement de cette stratégie. Celle-ci reposait sur quatre axes: la transformation sociale, la mise en œuvre de services publics orientés usagers?, l’informatisation des PME et le développement de l’industrie TI. Deux mesures d’accompagnement étaient également préconisées: le développement du capital humain et la  confiance numérique.

Dans ses critiques, le département de Driss Jettou relève que le montage financier s’est limité à arrêter le montant global alloué à chacun des 4 axes sans présenter les sources de financement.? Aucun budget n’a été prévu pour la réalisation de la première mesure d’accompagnement "capital humain". Le Conseil national des technologies de l’information et de l’économie numérique (CNTI) se fait toujours attendre. Le retard de la concrétisation de l'ensemble des actions et des projets prévus est, lui, général.
 
1 million d’élèves exclus d’office
Seulement 11% des actions programmées pour le premier axe ont été réalisées.? Les projets d’équipement des enseignants et des étudiants des écoles d’ingénieurs et des universités, en l’occurrence Nafida et Injaz, ont marché. Cependant, l’équipement dans les établissements primaires, les collèges et lycées (Plan GENIE) accuse toujours du retard avec un taux de réalisation ne dépassant pas 71% en valise multimédia (VMM) et 24% en matière d'équipement en salles multimédias. Les écoles satellites abritant près de 1 million d'élèves (près de 13.451 au total) restent exclues du périmètre d'action de GENIE.
 
Par ailleurs, 20% des projets initiaux ont été abandonnés. C’est le cas pour la mise en place d’un système d’information des universités. La stratégie a permis de gagner des points dans la pénétration d’Internet dans les foyers, et sa démocratisation. Les taux sont ainsi passés de 14% en 2008 à 39% en 2012, mais c’est sans compter les disparités importantes entre l’urbain (51%) et le rural (16%).
 
E-Gov, dites-vous?
Pour ce qui est du 2e axe, le bilan de l’avancement des 69 projets prévus au niveau de l'E-Gov montre que seuls 36% des projets sont opérationnels et 3% sont en cours de réalisation, alors que 38% des projets programmés sont en retard ou posent problème, tandis que 22% n’ont pas démarré.
 
Sur les 13 projets identifiés comme prioritaires "Must have" par la stratégie, seul le projet de certification électronique a été mis en œuvre. Le projet "e-consulat" est en cours de réalisation. Sur les 11 projets en retard, le système d’information des collectivités locales n’a pas encore démarré. 42 des 89 services et projets E-Gov prévus ont été réalisés.
 
Les PME, toujours à l’âge de pierre
Le 3e axe du plan "Maroc Numeric" a été décliné en 9 actions. Le bilan de leur réalisation montre que seulement deux des actions programmées ont été réalisées (22%), cinq sont en cours (56%), une action est en blocage (Rawaj TI), tandis que la formation des correspondants et des experts-comptables n'a pas été réalisée.
295 entreprises sur les 3.000 ciblées ont bénéficié de "Moussanada TI" pour s’équiper en systèmes d’information professionnels, soit moins de 10% de l'objectif. Pour le programme "Infitah", 3.040 dirigeants de PME ont obtenu le permis numérique, alors que l’objectif était de 10.000 bénéficiaires (soit 30%).
 
Industrie TI, toujours une chimère
Pour la mise en œuvre de l'axe 4, 14 actions ont été planifiées et déclinées en 15 projets. Le bilan de leurs réalisations montre que seulement 4 actions soit 27% ont été réalisées, 9 sont en cours de réalisation soit 60%, alors que deux actions n’ont pas démarré. Les principales actions mises en œuvre sont: le Centre marocain de l'innovation, Maroc numeric fund, Technopark Casa, Cluster TI.
 
Sur les cinq indicateurs fixés au niveau de cet axe, un seul indicateur a été suivi. Il s'agit du chiffre d’affaires de l’offshoring en TI qui est passé de 0,76 milliard de DH en 2008 à près de 2 milliards de DH en 2012. Cependant on est encore loin des 6 milliards de DH visés.? Au niveau de l'axe d'accompagnement "capital humain", 3.000 profils offshoring TI ont été formés dans une opération d’urgence, mais les informations manquent pour évaluer l’avancement de la formation de 30.000 autres profils que la stratégie a définis comme des besoins du secteur TI.