Une coûteuse épidémie de rappels dans l'auto

à 8:15

Après les 6,2 millions de General Motors, le japonais Toyota rappelle 6,39 millions de véhicules dans le monde.

Près de 6,4 millions. C'est le nombre de voitures concernées par le dernier rappel lancé mercredi par Toyota dans le monde. C'est le deuxième le plus important du constructeur japonais, après celui de 2009 qui portait sur près de 10 millions de véhicules. Les problèmes portent cette fois sur le support de colonne de direction, les glissières de sièges avant et un câble de l'airbarg.
 
Le phénomène semble se multiplier ces derniers mois. Toyota a déjà demandé à revoir 1,9 million de Prius hybrides en mars. General Motors a rappelé 6,2 millions de véhicules, en plusieurs vagues, depuis le début de l'année.

«Il n'y a pas une multiplication des rappels, tempère cependant Georgeric Legros, consultant chez AlixPartners. En revanche, ils sont de plus en plus importants en volume.» En cause, la politique de plateforme mise en place par la plupart des constructeurs: plusieurs sont conçus sur une même base. C'est le cas, par exemple, chez Renault du SUV Captur et de la Clio. Si cela génère des économies, le moindre défaut se répercute sur un nombre de véhicules plus important.

Les enjeux financiers sont considérables, car «les coûts sont forcément liés à la taille des rappels», souligne Georgeric Legros. Dans ses comptes du premier trimestre, General Motors provisionnera 750 millions de dollars, liés à la réparation des 6,2 millions de voitures concernées. Soit 120 dollars par véhicule. Ce coût est très variable selon le défaut.
 
Mettre à jour le logiciel de la Toyota Prius est ainsi beaucoup moins onéreux que de changer la colonne de direction d'une Chevrolet Cobalt. General Motors a évalué à 70 dollars par véhicule le coût des premières vagues de rappels, jusqu'à mi-mars, alors que les deux suivantes poussent le coût jusqu'à 210 dollars par véhicule. Ce sont elles qui concernent, notamment, les colonnes de direction.
 
Une amende de 1,2 milliard 

Le coût total peut cependant dépasser les seuls frais de réparation. Toyota est bien placé pour le savoir. Le constructeur japonais a accepté de payer une amende d'1,2 milliard de dollars le mois dernier au département américain de la Justice à la suite du mégarappel de 2009. Il était accusé d'avoir délibérément menti au public et aux autorités.

Le risque va au-delà des constructeurs. «Un mégarappel est l'une des seules choses qui me fait peur», expliquait ainsi récemment le patron d'un équipementier. «Il est clair qu'une partie du coût sera supportée par les fournisseurs des pièces suspectes, précise un spécialiste de l'industrie automobile. L'existence d'un petit fournisseur peut être menacée avec un gros rappel.» Ce risque explique que les petits fournisseurs soient de moins en moins présents sur les grandes plateformes.

Les constructeurs ont adapté leur suivi qualité à ces risques nouveaux. Après ses mésaventures, Toyota s'est engagé dans une stratégie très préventive, avec la volonté d'en faire un atout. «Nos clients savent que nous ne les abandonnerons jamais», explique un porte-parole du constructeur. Pour preuve, sur les 6,39 millions de voitures concernées par l'annonce de mercredi-, certaines ont plus de dix ans d'âge.