Jaguar réédite neuf exemplaires de la XKSS

à 13:45

Les neuf exemplaires de la fameuse XKSS disparus dans l'incendie qui a ravagé l'usine Jaguar en 1957 vont être reproduits.

La dernière initiative de Jaguar n'est pas du goût de tout le monde. En tout cas pas des gardiens d'une certaine orthodoxie en matière de véhicules de collection. Pour eux, la démarche du constructeur anglais s'apparente à celle d'un faussaire. Reste que si l'exercice est tentant, Jaguar joue avec le feu. C'est le cas de le dire car après avoir osé la fabrication de six répliques de la Type E Lightweight de 1963, Jaguar vient d'annoncer qu'il allait construire une série de neuf XKSS. Pourquoi seulement neuf? C'est le nombre de châssis de ce bolide qui ont été détruits dans l'incendie qui a ravagé l'usine de Browns lane à Coventry, le 12 février 1957.
 
A l'époque, la XKSS fait tourner toutes les têtes. Pour cause. Cette biplace n'est autre que la version routière de la Type D couverte de gloire sur les circuits et victorieuse à trois reprises des 24 Heures du Mans, de 1955 à 1957. En dépit de ses succès à répétition et de la réussite commerciale de ses modèles XK, le constructeur anglais ne peut suivre l'évolution de la réglementation sportive. Au moment où il renonce à poursuivre son engagement en compétition et à suivre la course à l'armement entretenue par Ferrari et Maserati, il se retrouve avec 25 châssis de Type D sur les bras. C'est ainsi que Sir William Lyons, le patron de la marque, décide de modifier ces voitures et de les commercialiser pour un usage routier. C'est ainsi que naît la XKSS. Elle se distingue de la Type D par l'absence de dérive arrière, l'installation d'un grand pare-brise, de vitres latérales, d'une capote rudimentaire en tissu, de pare-chocs chromés type banane à l'avant et à l'arrière, de feux arrière de XK140 et d'un porte-bagages sur la malle arrière, la suppression de la séparation entre les deux baquets garnis de cuir et l'apparition d'une petite portière, côté passager. La XKSS adopte aussi une sortie d'échappement latérale, côté gauche. Ces modifications ont été assurées de main de maître par le designer maison Malcolm Sayer.

 
Les premiers exemplaires sortent de l'usine avant la fin de l'année 1956 et prennent, pour la plupart d'entre eux, la direction des Etats-Unis. Il reste encore neuf châssis en cours de réalisation lorsque l'incendie se déclare début 1957 dans l'usine Jaguar. La XKSS ne sera donc produite qu'à 16 exemplaires. L'acteur Steve McQueen en possédera un dès la fin des années 1950. Le King of cool qui en connaissait un rayon sur les voitures dira que la biplace anglaise était l'une de ses préférées. Il l'avait cédé dix ans plus tard. À regret semble-t-il puisqu'il la racheta en 1977 et la conserva jusqu'à son décès le 7 novembre 1980. Aujourd'hui, la XKSS fait l'objet d'un véritable culte et l'on n'en voit jamais passer dans les ventes aux enchères. Le collectionneur Ralph Lauren en possède un exemplaire que nous avons pu découvrir lorsque nous avons visité sa collection, voici quelques années. Elle côtoie une Jaguar Type D. Comme la biplace de course, la XKSS était propulsée par le fameux six-cylindres en ligne XK de 3,4 litres délivrant près de 250 chevaux. Dans la généalogie Jaguar, la XKSS est importante parce qu'elle a servi d'étude au développement de la Type E révélée au salon de Genève 1961.

 
Plus rare encore qu'une Ferrari 250 GTO, la XKSS est estimée actuellement à 7 ou 8 millions d'euros. La fascination qu'elle exerce auprès des collectionneurs n'a pas échappé à Jaguar qui a décidé de refabriquer les neuf châssis manquant à l'appel. Comme si les héritiers d'un grand peintre faisaient refaire à l'identique la copie d'une toile disparue. La démarche ne manquera pas d'interpeller mais elle permet à la firme anglaise de mettre sous les feux des projecteurs sa nouvelle division Special Operations, dédiée à la restauration complète ou partielle des anciens modèles et à la reproduction de pièces conformément à l'originale. Les neuf XKSS flambant neuves qui sortiront des ateliers Jaguar seront parfaitement conformes aux spécifications des voitures assemblées il y a cinquante-neuf ans. Avant même de lever le voile sur ce programme, la série des neuf copies de XKSS a déjà été attribuée au prix de 1,27 million d'euros. Mais pour ce prix, il n'est même pas certain que les heureux élus disposeront d'un titre de circulation permettant de goûter, sur le réseau secondaire, les sensations qu'a connu Steve McQueen à l'époque. Enfin, si l'on ne doute pas de la qualité de la réalisation, on se demande déjà déjà quel coup nous prépare Jaguar. Une série de XJ13? La barquette à moteur arrière avec laquelle Jaguar avait projeté de revenir au Mans à la fin des années 60 fut détruite sur la piste du MIRA lors du tournage d'un film publicitaire en 1971.