Guerre en Ukraine: ces Marocains appelés au front contre la Russie

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Ukraine : des Marocains ayant la nationalité ukrainienne rejoignent les fronts contre les forces russes
Un couple est assis devant un café à côté d'une affiche de recrutement militaire à Kiev, le 9 avril 2024, au milieu de l'invasion russe de l'Ukraine. © Sergueï Supinsky / AFP

Les Marocains titulaires de la nationalité ukrainienne n’échappent pas à l’enrôlement dans l’armée pour le service militaire obligatoire imposé par Kiev, après l’entrée en vigueur de la loi sur la mobilisation.

Avec l’entrée en vigueur de la nouvelle législation sur la mobilisation en Ukraine le 18 mai dernier, Kiev a commencé à enrôler des centaines de milliers de soldats supplémentaires pour tenir ses positions sur le front face aux forces russes, y compris les Marocains ayant la «double nationalité».

Certains d’entre eux sont déjà sur les fronts de combat, confient des sources concordantes au sein de la communauté marocaine en Ukraine à H24Info.

D’autres Marocains prévoient de s’inscrire avant l’expiration du délai dans un mois, de peur des sanctions prévues contre tout réfractaire dont l’âge varie entre 18 et 60 ans. Celles-ci «peuvent aller de la prison jusqu’au gel de nos avoirs sur nos comptes bancaires en cas de fuite ou de refus de la décision des autorités ukrainiennes», explique Reda, un Marocain marié à une Ukrainienne.

Interrogé sur les motivations de son choix de s’enrôler, l’ingénieur de 31 ans explique qu’«il n’y a pas d’autre solution qui se présente» à lui. Il ne cache pas non plus sa peur de risquer sa vie en rejoignant le champ de bataille: «Tout est possible. À la vie ou à la mort, comme on dit. Le pire serait de revenir avec des blessures invalidantes. Le risque est élevé.»

Lire aussi: Ukraine: Zelensky promulgue la loi controversée sur la mobilisation militaire

Selon lui, sa décision de rejoindre l’armée ukrainienne, tout comme celle d’autres Marocains dans ce cas, a été prise en l’absence de toute intervention des autorités diplomatiques marocaines pour empêcher le recrutement des Marocains titulaires de la nationalité ukrainienne.

Importante nuance

Zouhair, un Marocain ayant obtenu le statut de protection de la communauté européenne après avoir fui l’Ukraine au lendemain du début de la guerre, considère que «dans cette situation, elles (les autorités marocaines, ndlr) ne peuvent pas faire grand-chose».

Notre interlocuteur tient néanmoins à souligner que l’Ukraine interdit la double nationalité. «Aux yeux des lois ukrainiennes, ces Marocains qui ont la nationalité ukrainienne sont Ukrainiens et rien d’autre», explique-t-il. Et d’ajouter: «Je n’aurais pas pu quitter l’Ukraine si j’avais la nationalité, car les hommes en âge de combattre sont interdits de quitter le territoire».

Zouhair, qui vivait en Ukraine depuis les années 1990, précise que «pour obtenir la nationalité ukrainienne, il faut apporter un document certifiant que la personne a abandonné sa première nationalité». Ainsi, les Marocains envoyés au front n’ont pas abandonné leur nationalité, mais ont plutôt «contourné la loi d’une manière qui n’est pas illégale pour obtenir la nationalité ukrainienne, avant de tomber dans ce piège».

Alors que la pression russe s’accentue de jour en jour sur l’Ukraine, où la situation est «extrêmement difficile» dans le nord-est, selon les déclarations du président Volodymyr Zelensky, l’armée multiplie depuis le 18 mai les opérations de ratissage des rues ukrainiennes pour inscrire des recrues, rendant le choix de rester à la maison très difficile pour les détenteurs de la nationalité marocaine. «Cela revient à être condamné à de la prison, avec le risque de tout perdre», conclut avec amertume Reda.

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