Vidéo. Licenciements à la RAM: les pilotes espèrent renégocier alors qu’une deuxième vague est annoncée

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La compagnie Royal Air Maroc (RAM) a entrepris un plan de sauvetage drastique pour sa sortie de crise. Les licenciements en masse ne résoudraient en rien la situation, estiment les pilotes. L’un d’eux témoigne pour H24 Info.

Le 25 août courant, 140 employés de la RAM, dont 65 pilotes ont reçu une lettre de licenciement de la part de la compagnie. «La décision a été prise de manière extrêmement rapide, c’était très violent (…) l’ultime solution a été prise en premier», dénonce Mohamed Jalal Yaacoubi, commandant de bord et ancien président de l’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL).

«Il y a un sentiment de trahison, après trente ans de bons et loyaux services et plus de 18.000 heures de vol», nous confie notre interlocuteur. Les pilotes se disent surpris et consternés par l’arrêt brutal des négociations, alors qu’ils proposaient un plan plus avantageux pour la compagnie, affirment-ils.

«Nous étions prêts à ponctionner ces charges de nos salaires pour préserver l’équilibre de l’entreprise et les emplois en même temps», poursuit le commandant de bord. Mais la direction refusera cette première offre. Les pilotes proposent alors une nouvelle offre qui se traduit par des baisses de salaires se chiffrant à 400 millions de dirhams pour les trois années à venir.

 

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«Mais encore une fois notre offre a été refusée», dénonce Mohamed Jalal Yaacoubi, pour qui «il faut s’en convaincre, il ne s’agit pas d’un plan social pour sauver la RAM, mais d’un plan visant à torpiller l’Association marocaine des pilotes de ligne». Selon lui, «le plan social a été un prétexte pour évincer des personnes qui sont membres de l’association … ce n’est pas un plan social, mais une purge», souligne-t-il.

«Pas de retour à la table de négociations»

Du côté des pilotes licenciés, il y a toujours espoir de «revenir à la table de négociations et arrêter au plus vite cette escalade». Toutefois, «il y a toujours la voie légale, plus longue et compliquée surtout pour les plus jeunes d’entre nous, alors qu’il y a une urgence pour qu’ils reprennent du travail», déplore notre interlocuteur.

Contactée par H24 Info, une source ayant requis l’anonymat au sein de Royal Air Maroc affirme qu’il «n’y aura pas de retour à la table des négociations, car les représentants des pilotes ont tout simplement refusé de négocier. Ils ont donc raté cette occasion et désormais il est trop tard (..) d’autant plus que tous les licenciés ont perçu leurs indemnités».

Notre source nous confirme qu’il y aura bien une deuxième vague de licenciements, sans avancer de chiffres précis, «car cela dépendra de l’évolution de la crise». D’ailleurs, «les délégués des pilotes devraient mieux négocier pour atténuer cette deuxième vague de licenciements», souligne notre interlocuteur.

 

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Pourtant, la compagnie aérienne continue de bénéficier d’un soutien financier conséquent pour une sortie de crise. Dernier en date, l’allocation d’un budget de 1,17 MMDH inscrit dans le Projet de Loi de finances (PLF) 2021, annonçait ce lundi 28 septembre le ministre de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’Administration, Mohamed Benchaâboun .

Toutefois, selon notre source, «ce chiffre ne représente même pas 50% des charges fixes de la compagnie pour une durée de six mois». La grande part de ces charge concerne la masse salariale pour la RAM qui emploie 3.800 personnes au total et devra forcément licencier durant les prochaines semaines, «essentiellement parmi le personnel navigant commercial, les hôtesses et les stewards».

L’exil garantit pour ces pilotes

En ce qui concerne les pilotes et les commandants de bord, ils sont au nombre de 500 actuellement, mais devraient être également touchés par cette vague de licenciements. Pour Mohamed Jalal Yaacoubi, «un licenciement aujourd’hui pour un pilote équivaut au chômage garanti, il n’y a pas de possibilité de reconversion, ni au Maroc, ni ailleurs pour les quelques mois, voire pour l’année à venir». Et «si l’activité reprend, c’est une garantie d’exil», ajoute-il.

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«Un commandant de bord, c’est des années de formation et des donc millions de dirhams dépensés», affirme l’ancien président de l’AMPL. «On a investi de l’argent pour former cette personne, on lui donne de l’argent pour l’indemniser et on va investir à nouveau de l’argent pour la remplacer. Où est l’économie dans ce que nous sommes en train de faire», s’interroge Mohamed Jalal Yaacoubi.