Vidéo. Fiat-Chrysler retire son offre de fusion avec Renault

De source proche du dossier, l’Etat français, actionnaire à 15% de Renault, a souhaité prendre le temps de convaincre le groupe Nissan d’approuver l’opération proposée par Fiat le 27 mai dernier. MARCO BERTORELLO / AFP

L’État français a demandé plus de temps pour négocier, en particulier avec Nissan. Fiat-Chrysler a retiré son offre. Renault risque de replonger dans la crise.

La nuit a été meurtrière pour le projet de fusion entre Renault et Fiat-Chrysler (FCA). Les administrateurs du groupe français, qui se réunissaient pour la deuxième fois en 24 heures, se sont quittés autour de minuit, après six heures de conseil et deux suspensions de séance, sur un constat d’échec. En conséquence, le titre du constructeur automobile Renault s’enfonçait de plus de 7% jeudi matin et le titre de FCA a lui cédé plus de 3% à l’ouverture de la Bourse de Milan.

Selon un communiqué nocturne du groupe, «le Conseil d’administration de Renault n’a pas été en mesure de prendre une décision en raison du souhait exprimé par les représentants de l’État français de reporter le vote à un Conseil ultérieur». À peine cette position était-elle rendue publique que FCA en a tiré les conséquences, et a annoncé de son côté qu’il retirait sa proposition de fusion avec le losange. Fiat-Chrysler s’est dit toujours convaincu de l’intérêt du rapprochement qu’il défendait. «Il est cependant devenu clair que les conditions politiques en France ne sont pas à l’heure actuelle réunies» pour permettre sa réalisation.

 

Lire aussi : Les groupes Renault et Fiat-Chrysler discutent d’un rapprochement

 

Jeudi matin, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a dit prendre « acte » du retrait de l’offre de fusion avec Renault déposé par Fiat Chrysler (FCA), assurant que l’État français avait travaillé « de manière constructive » sur ce projet. « Dès la présentation de cette offre, l’État, actionnaire de Renault à 15,1%, l’a accueilli avec ouverture et a travaillé de manière constructive avec l’ensemble des parties prenantes », a déclaré le ministre dans un communiqué, en soulignant qu’un accord avait été obtenu sur trois des quatre grands sujets sur la table des négociations, avant leur rupture.

«L’État Français a demandé des garanties par la voix de son ministre de l’Economie et des Finances et il a bien fait. Si ces conditions ne sont pas réunies nous le regrettons. Peut être que demain, après-demain ou la semaine prochaine on pourra encore discuter avec ce géant italien mais c’était normal d’attendre que les garanties soient respectées», a pour sa part commenté, sur France info, le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin.

De source proche du dossier, l’État français a souhaité prendre le temps de convaincre le groupe Nissan d’approuver l’opération proposée par Fiat le 27 mai dernier. Nissan est le partenaire de Renault dans l’Alliance, mais cette Alliance est mise à rude épreuve depuis l’arrestation à Tokyo de l’ex-patron des deux groupes français et japonais, Carlos Ghosn, il y a six mois.

 

Lire aussi : Onze millions de dépenses injustifiées pour Carlos Ghosn chez Renault Nissan BV

 

Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire posait parmi ses conditions à la poursuite des discussions avec Fiat le fait que la fusion ne pourrait se faire qu’en préservant l’Alliance. Or, Nissan, que les dirigeants de Renault et les représentants de FCA ont rencontrés la semaine dernière, jugeait ne pas avoir eu le temps d’examiner suffisamment les conséquences d’une éventuelle union FCA-Renault, qui change évidemment profondément l’Alliance.

Du côté de Fiat Chrysler, on affirme que la fusion a capoté en raison d’une «position soudaine et incompréhensible de Bercy». «Toutes les conditions étaient réunies hier pour aboutir à un vote positif» du Conseil d’administration du groupe au losange, a assuré une source proche du constructeur italo-américain, en regrettant «les nouvelles exigences du gouvernement français».

Selon cette source, ce sont ces exigences «qui ont conduit à cette situation dommageable pour toutes les parties». «Dans une opération de ce type et de cette envergure, il faut discuter de bonne foi. C’est ce que nous avons fait. C’est ce que Renault a fait», a conclu cette source.

Si un vote formel avait eu lieu, les représentants du groupe japonais au conseil de Renault se seraient donc abstenus, tandis que tous les autres membres, hors l’Etat et le représentant de la CGT, auraient voté pour. Bruno Le Maire espérait manifestement convaincre les Japonais de se rallier à l’opération au cours du week-end, puisqu’il part pour plusieurs jours à Tokyo pour le G20 Finances. FCA a préféré jeter l’éponge avant.

«Depuis le début, FCA a mis une pression énorme sur le timing et a essayé de nous pousser à prendre ou à laisser. Nous avons clairement indiqué que nous ne serions pas soumis à une telle pression», a indiqué à France Info le cabinet du ministre de l’Économie tout en avouant qu’il était «difficile de comprendre pourquoi FCA avait décidé de se rétracter maintenant de manière si précipitée».

L’opération FCA-Renault, susceptible de créer à elle seule le numéro trois mondial de l’automobile avec 8,7 millions de véhicules vendus et une capitalisation de 32 milliards d’euros, ne se fera donc vraisemblablement pas. Mais l’épisode va laisser des traces. Renault reste face à ses incertitudes. L’Alliance avec Nissan est plus que jamais au point mort. L’État actionnaire a perdu des plumes et la crédibilité de Jean-Dominique Senard, président de Renault depuis janvier, aussi. Ce jeudi matin, au lendemain d’une folle soirée pendant laquelle tout a déraillé, Renault se réveille avec la gueule de bois.