Uber envahit la Bourse de New York pour son baptême boursier

à 15:16
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La bannière noire et blanche d'Uber barrait la façade de la célèbre Bourse de New York au sud de Manhattan vendredi pour le baptême boursier du leader mondial de la réservation de voitures avec chauffeur, annoncé comme l'événement de l'année à Wall Street.

Un camion vert floqué d'Uber Eats, le service de livraison de repas de l'entreprise californienne, était également garé aux avants-postes.

Des salariés du groupe se pressaient à l'intérieur du bâtiment pour assister à la première cotation de l'action sur le New York stock-Exchange (NYSE) sous le symbole "UBER".

Le premier échange sur le titre est attendu aux alentours de 15H00 à 16H00 GMT.

"Je suis très excité", a déclaré à l'AFP Dara Khosrowshahi, le PDG, habillé en costume sombre et chemise blanche, à son arrivée sur les lieux.

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Il a ajouté: "la chose la plus importante est que nous reprenions le travail et continuions à bâtir" l'entreprise.

Uber a fixé jeudi soir à 45 dollars le titre le prix de son entrée à Wall Street, ce qui le valorise à un peu plus de 82 milliards de dollars si l'on ajoute différents instruments financiers.

Uber se retrouve ainsi, selon le cabinet Dealogic, dans les mêmes eaux que Facebook à son entrée en Bourse le 17 mai 2012 en termes de valorisation boursière. Le réseau social réalisait alors la plus grosse introduction en termes de capitalisation pour une entreprise américaine et la sixième au niveau mondial.

Le fondateur écarté 

L'opération permet en outre à Uber de lever 8,1 milliards de dollars d'argent frais, qu'il veut réinvestir "agressivement dans ses activités".

"Il y a beaucoup d'excitation sur le parquet", a déclaré à l'AFP Peter Cardillo, chef économiste chez Spartan Capital, qui arpente les allées du célèbre parquet depuis 50 ans. "C'est un grand jour pour Uber et certainement un grand jour pour le NYSE."

S'il était dans les locaux de la Bourse, Travis Kalanick, le fondateur et ex-PDG poussé à la démission en 2017 par des investisseurs inquiets des scandales, ne faisait pas partie des dirigeants ayant sonné la cloche marquant l'ouverture de la séance à Wall Street.

Du parquet, il regardait, le sourire figé, son successeur s'adonner à des selfies sur l'estrade juste après avoir donné le coup d'envoi des échanges du jour, d'après des images diffusées par des télévisons américaines.

Comme prévu depuis quelques semaines, Uber a bel et bien joué la prudence: la valorisation reste en deçà des chiffres qui circulaient ces derniers mois.

Le groupe de San Francisco, en Californie, a en effet revu ses ambitions à la baisse, échaudé par la déconvenue boursière de son concurrent principal aux Etats-Unis, Lyft : entré en Bourse fin mars à 72 euros, il a fini jeudi à 55,18 dollars.

"Le prix bas choisi par Uber est malin et prudent", et montre "clairement qu'il a appris de son +petit frère+ Lyft", résume Daniel Ives, analyste de Wedbush Securities.

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Après des années de croissance rapide mais très mouvementée, marquée par des scandales qui ont durablement terni son image, l'arrivée à Wall Street d'Uber, leader du secteur et marque célèbre dans de nombreuses régions du monde, est extrêmement attendue dans les milieux financiers et le secteur des véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC).

Cette opération a des allures de moment de vérité pour Uber et pour Dara Khosrowshahi, nommé pour redorer la réputation du groupe, et lui permettre de dégager des profits dans un secteur de plus en plus concurrentiel et aux marges incertaines en raison de nombreuses promotions aux clients et concessions faites aux chauffeurs.

Dans les documents boursiers publiés récemment, Uber avançait une prévision de chiffre d'affaires d'environ 3 milliards de dollars au premier trimestre 2019 et une perte proche de 1 milliard de dollars.

Pour être rentable, la société se diversifie, se lançant dans la livraison de repas, les trottinettes, les vélos... Son nouveau credo: devenir l'Amazon des transports.

Mais des incertitudes planent également sur son activité: la concurrence, les menaces légales et réglementaires et... les chauffeurs, qui se sont mis en grève et ont manifesté dans plusieurs villes américaines mercredi, arguant du fait que l'entrée en Bourse enrichirait les actionnaires, sans qu'eux-mêmes en tirent un centime.

"Nous voulons améliorer la situation de nos chauffeurs", a déclaré vendredi à l'AFP Dara Khosrowshahi, sans préciser de mesures.