Les commerçants de Derb Omar, Garage Allal et Korea durement impactés par le coronavirus

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Fortement liée aux importations des produits chinois, l’activité dans les marchés de gros de Derb Omar, Garage Allal et Souk Korea subit les répercussions du coronavirus. Les pertes des commerçants sont énormes et une augmentation des prix commence à se ressentir.

Alors que le bilan continue de s’alourdir en Chine suite la prolifération du coronavirus faisant plus de 2442 morts, les premières conséquences économiques se font sentir.

Villes entières confinées, usines fermées et marchés désertés… Cette paralysie qui a déjà fait ressentir ses répercussions partout dans le monde ne cesse de désorganiser plus profondément des activités économiques et provoquer des faillites un peu partout.

Le Maroc, n’étant pas en reste, commence à voir des activités entières s’impacter.

A Derb Omar, la plus importante centrale d’achat du Maroc qui pèse près de 26% à l’import selon une étude du CRI de Casablanca, l’impact du coronavirus sur l’activité fait l’unanimité dans les rangs des commerçants. Idem à «Garage Allal» et Souk Korea (Lkria) où les produits chinois sont légion, les importateurs énumèrent leurs pertes effectives et potentielles et s’attendent au pire dans les mois à venir.

Plus de commande en Chine

«Cette année la période des congés de la fête du printemps (Nouvel An lunaire, ndlr) a coïncidé avec la propagation du coronavirus. Ce qui a poussé les autorités chinoises à prolonger les congés afin d’éviter les rassemblements de masse et essayer de contenir l’épidémie», tient à rappeler le secrétaire général de l’Union des commerçants et des professionnels de Derb Omar, Said Farah.

«La reprise n’a pas été effective dans les usines chinoises», a-t-il soutenu.

Tout en indiquant que les commerçants ne voyagent pas en Chine ces derniers temps par crainte du coronavirus, il indique que les incitations des autorités chinoises ne sont pas à même de convaincre les commerçants.

«Les autorités chinoises, notamment, celles des villes de Guangzhou et  Yiwu –les plus grands supermarchés du monde- viennent de rouvrir les marchés. Elles offrent des incitations intéressantes qui vont jusqu’à une prise en charge complète, y compris les vols et les hôtels à pension complète, mais les commerçants ont le droit de craindre pour leur santé», a-t-il expliqué.

«Je suis un habitué du marché de gros de Yiwu, j’y vais assez souvent avant de passer en Corée du Sud, mais quand on voit comme aujourd’hui (vendredi) un deuxième cas de mort à cause de ce maudit virus en Corée du Sud qui se trouve à une heure de vol de Yiwu, on se dit qu’il faut patienter davantage avant d’envisager d’y partir», a-t-il confié à H24info.

D’autant plus, affirme-t-il, que les échos que nous recevons ne sont pas encourageants. «Des vidéos que nous avons reçues de la part de certains de nos partenaires en Chine montrent des marchés désertés», a-t-il déclaré.

Dommages collatéraux

La crainte du coronavirus n’a pas impacté que l’activité de l’import, mais également toutes les activités afférentes.

Chez les agences de voyages, les pertes sont énormes. «Pire que l’épidémie, c’est le tapage qui s’en est suivi», regrette un voyagiste sous le sceau de l’anonymat.

«Les réservations ont été annulées de part et d’autre à quasiment 100% à part quelques rares exceptions», a-t-il indiqué non sans amertume.

«Les autorités chinoises n’arrivent pas à convaincre les commerçants de reprendre le cours normal de leurs activités malgré les incitations inédites qu’elles offrent et nous on ne fait que subir les dommages collatéraux», a ajouté ce directeur d’une agence de voyages de Derb Omar.

Dans la même lignée, un commissionnaire de transport à l’international, qui a instauré des relations privilégiées avec les opérateurs chinois, assure  sous couvert d’anonymat qu’«hormis les opérations effectuées durant la première moitié du mois décembre dernier, il n’y a plus aucune activité».

«Il y a des gens qui ont perdu les avances sur commandes et d’autres qui n’arrivent pas à charger des marchandises faute d’interlocuteur du côté chinois», a-t-il indiqué en refusant de donner des estimations des pertes.

«Je ne peux pas m’aventurer à donner des chiffres alors qu’on ne sait pas sur quoi ça va déboucher», a-t-il dit en soulignant que «ce qui aggrave la situation c’est la panique des Chinois».

Saison ratée pour certaines activités

Dans la même veine, le président de l’Union général des entreprises et des professions (UGEP), Ahmed Afilal El Alami Idrissi,  affirme que «beaucoup de commerçants n’arrivent pas à importer vu que les Chinois ont cessé les exportations».

«Les ventes ont reculé de près de 40% dans certains segments à l’image d’une entreprise qui a l’exclusivité de distribution de la marque de l’électroménager Moulinex (Blender, cookeo, robot multifonction, machine à pain, friteuse, grille-pain)», a-t-il dévoilé.

Tout en notant que Moulinex produit la majeure partie de ses produits auprès de sous-traitants chinois, Afilal assure que «cette entreprise affiliée à l’UGEP, qui fait plus de la moitié de son chiffre d’affaires pendant les mois sacrés de Chaabane et Ramadan, fait l’essentiel de ses importations en Chine».

«Les gens de cette entreprise m’ont révélé qu’ils sont en train de subir un réel préjudice à cause de cette maladie et ce qui en est suivi comme cessation d’activité dans les usines chinoises et, par ricochet, les exportations. Pour eux, cette saison est déjà ratée », a-t-il déclaré à H24info.

Affirmant qu’un grand nombre des commerçants des trois marchés de gros les plus importants du Maroc seront dans une panne technique d’activité dès qu’on va assister à des ruptures de stock, il a soulevé que tous les importateurs de produits chinois sont touchés.

«Les grossistes sont devant une situation difficile qui risque d’empirer davantage, car beaucoup de leurs clients craignent que les produits soient contaminés», a-t-il fait savoir.

Des augmentations des prix en vue

Parmi les secteurs les plus impactés par cette situation, on trouve celui des produits en plastique.

«Ces commerçants subissent un véritable préjudice, car ils s’approvisionnent essentiellement en Chine», a-t-il signalé en pronostiquant une envolée des prix de ces produits-là.

Les prix qui sont sur un trend haussier, comme l’a constaté H24info, devraient augmenter davantage.

«On commence à le sentir, mais au fur et à mesure que les marchands déstockent leurs produits les prix sont appelés à s’envoler», nous a déclaré un grossiste spécialisé dans le petit électroménager de Derb Omar.

Ce qui est valable pour le plastique l’est aussi pour le cuir. «On est en train de déstocker nos anciennes commandes, mais il se peut qu’on baisse le rythme des ventes en attente de ce qui va se passer dans les mois à venir », affirme un grossiste des sacs en cuir.

«Si jamais les Chinois n’arrivent pas à contenir l’épidémie et reprendre l’activité, je ne crois pas que les industriels marocains pourront dans ce cas reprendre l’activité et nous offrir des produits avec la même qualité et les mêmes prix», a-t-il soutenu.

Affirmant que les prix sont stables à présent, il n’écarte pas une envolée des prix dans les deux prochains mois au vu du blocage des livraisons.

Idem pour les accessoires du téléphone, à Garage Allal l’augmentation des prix est palpable au vu et au su de tout le monde.

A ce propos, Said Farah de l’Union des commerçants de Derb Omar, tout en notant que les «livraisons prennent un mois à un mois et demi –à l’exception de celles effectuées par avion– affirme que «c’est on ne peut plus normal de voir les prix s’envoler».

Selon lui, il faut s’attendre à une augmentation des prix de tous les produits sur lesquels l’importation en Chine représente un avantage comparatif. Il y a lieu de citer, entre autres, les tissus, les pièces de rechange automobiles et celles des motos, notamment les casques et autres accessoires, les jouets, les produits de la bijouterie et de l’horlogerie, les importateurs du cuir, notamment les semelles et les sacs, ainsi que tous les produits en plastique…