Interview. Anouar Alaoui Ismaili (ANAPEC): «Les besoins en RH représentent 45 % de la demande d’emplois»

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Le Haut-Commissariat au Plan vient de présenter les données d’une étude portant sur le taux de chômage au Maroc. Selon cette dernière, le chômage des jeunes dans les villes a dépassé au troisième trimestre 2017 le taux de 45 %.

Le taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans en milieu urbain au troisième trimestre 2017 a été de 45,2 %, contre 44,5 % en 2016. Il est à noter que 89.000 emplois ont été créés au Maroc, avec 60.000 en milieu rural et 29.000 en milieu urbain.

Par secteur d’activité au niveau national, l’agriculture, forêt et pêche vient en tête du classement avec un total de 47.000 postes, suivie par les services avec 20.000 postes, de l’industrie avec 15.000 postes et enfin le BTP avec 7.000 postes.

Anouar Alaoui Ismaili, Directeur du Marketing, de la Communication et de la Coopération de l’ANAPEC.

Afin d’avoir un aperçu sur les profils qui sont le plus demandés par les employeurs dans les différents secteurs, H24info s’est entretenu avec Anouar Alaoui Ismaili, Directeur du Marketing, de la Communication et de la Coopération de l’Agence Nationale de Promotion de l’Emploi et des Compétences (ANAPEC).

 

H24ino: quels sont les profils les plus demandés par les employeurs?

Anouar Alaoui Ismaili : d’après l’étude de veille prospective sur le marché de l’emploi que nous avons menée cette année sur un échantillon de 6.453 entreprises et 1.780 professions libérales, le besoin prévisionnel national en recrutement s’élève à 79.652. Les besoins en RH dans les secteurs émergents représentent 45 % de ces besoins, suivis par les secteurs de services, d’agroalimentaire, de commerce et distribution et de tourisme, hébergement et restauration.

En ce qui concerne les emplois-métiers en tension, les profils les plus demandés diffèrent d’un secteur à un autre. Par exemple dans le secteur des NTIC et de l’offshoring, les entreprises questionnées ont montré un grand besoin pour les téléconseillers, les ingénieurs systèmes et réseaux, les commerciaux et les ingénieurs de développement informatique. Dans le secteur de l’automobile et de l’aéronautique, le besoin est porté plus sur les profils d’opérateurs de production et de technicien de maintenance industrielle. Le besoin en profils de techniciens et d’opérateurs est aussi exprimé par les entreprises des secteurs de l’agroalimentaire et du textile.

Il est à noter que l’étude de veille prospective sur le marché de l’emploi est une étude que l’ANAPEC mène annuellement depuis environ 9 ans dans le but d’anticiper les besoins en recrutement des entreprises et identifier les emplois-métiers les plus demandés, ainsi que les secteurs porteurs en matière d’emploi au niveau national à court et moyen terme.

Que pouvez-vous nous dire sur la migration des compétences marocaines vers l’étranger ?

Dans le cadre de sa mission de prospection des opportunités de placement à l’international au profit de candidats marocains à l’émigration, l’agence a pu réaliser 2.718 placements au titre de l’année 2016. La majorité de ces insertions a été réalisée en Espagne avec 79 %, suivie par les Émirats Arabes Unis avec 10 % et finalement la France et le Qatar avec 6 % chacun. Aujourd’hui, notre stratégie vise à diversifier pas seulement les destinations (Europe, Pays du Golfe, Amérique du Nord, etc.), mais également les profils insérés (ouvriers saisonniers, middle managers, cadres et ingénieurs, etc.).

Pour nous, la migration économique représente une opportunité pour les compétences marocaines, pas seulement pour développer leurs atouts dans des environnements compétitifs, mais aussi pour s’épanouir et apporter une valeur ajoutée au monde et à leur pays d’origine. La diaspora marocaine représente alors une deuxième main qui participe au développement de notre pays à travers ses investissements, son expertise et son organisation en réseaux. Il ne s’agit nullement de compétences perdues qui quittent le Maroc pour travailler ailleurs, mais plutôt d’une richesse qui s’ajoute à notre capital humain.

Parlez-nous des programmes déployés par l’ANAPEC pour booster l’employabilité des jeunes et quels sont les projets à venir ?

Développer l’employabilité des chercheurs d’emploi est l’une des missions principales de l’ANAPEC. Ainsi, l’agence a réalisé 16.542 opportunités d’amélioration de l’employabilité en 2016 au profit des chercheurs d’emploi dans le cadre du programme «TAEHIL», réparties entre formation qualifiante, formation à la carte et formation à destination des secteurs émergents.

En plus, l’ANAPEC a fait bénéficier 48.737 chercheurs d’emploi des ateliers de recherche d’emploi et 85.089 personnes des entretiens d’orientation professionnelle, dans le cadre des prestations qu’elle délivre dans ses agences.

Au-delà du programme TAEHIL et des prestations en agence, nous avons signé une convention de partenariat fin 2016 avec OpenClassrooms, leader européen en e-learning, pour permettre aux chercheurs d’emploi marocains de bénéficier gratuitement de formations certifiantes dans plusieurs domaines. À ce jour, 7.446 chercheurs d’emploi ont bénéficié de ce programme, dont 2.238 ont pu obtenir un certificat OpenClassrooms.

À l’avenir, nous allons travailler en partenariat avec l’Agence Universitaire de la Francophonie et Pôle-Emploi pour la mise en place d’une solution d’e-learning qui vise à déployer des formation en ligne ouverte à tous (MOOC) à la disposition des chercheurs d’emploi dans l’objectif de l’amélioration de leur employabilité, en plus d’une plateforme 100 % Web pour la délivrance des services à distance.