Pétrole: l’Opep maintient ses quotas

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Les pays producteurs d’or noir ont décidé de prolonger jusqu’en mars 2018 l’accord historique de novembre.

Éviter coûte que coûte une nouvelle dégringolade des prix du baril du pétrole, qui pèse lourdement sur les finances publiques des pétromonarchies du Golfe. C’est l’objectif des pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de ses partenaires. Ils ont décidé, jeudi à Vienne, de continuer à limiter la production de l’or noir jusqu’en mars 2018, afin de réduire l’offre et tirer les prix vers le haut.

Cette solution avait été décidée, la semaine dernière, par les deux plus gros producteurs mondiaux de pétrole brut, l’Arabie saoudite et la Russie. Ils avaient alors décrété l’urgence face à une récente chute du prix du baril de brent, valeur de référence cotée à Londres, sous la barre des 50 dollars.

Il reste que les marchés financiers n’ont pas montré d’enthousiasme: établi à 51,97 dollars jeudi, en fin de journée, le prix du baril avait perdu plus de deux dollars par rapport à mercredi. Ils espéraient probablement une nouvelle baisse des quotas de production.

«Nous avons envisagé différents scénarios (de prolongation, ndlr) de six à neuf et 12 mois et nous avons même envisagé l’option de réductions plus importantes», a déclaré le ministre saoudien de l’Énergie Khaled al-Faleh après la réunion. «Tous les signaux montrent qu’une extension de neuf mois est optimale et devrait nous rapprocher de la moyenne des stocks des cinq dernières années, d’ici la fin de l’année», a-t-il précisé.

Enjeu vital pour les pays de l’Opep

Les membres du «cartel» ont donc décidé de prolonger jusqu’en mars 2018 l’accord historique conclu en novembre dernier visant à réduire leur production de 1,8 million de barils par jour (dont 1,2 million pour les membres de l’Opep).

Alors qu’il se négociait à plus de 100 dollars, le prix du baril s’est écroulé en 2014 sous l’effet de la hausse spectaculaire de la production du pétrole de schiste aux États-Unis. Aujourd’hui, «le marché se caractérise par une progression assez significative du prix du pétrole par rapport au deuxième semestre 2016 où il se situait entre 45 et 50 dollars le baril. De décembre 2016 à avril 2017, la référence du marché a été plutôt comprise entre 50 et 55 dollars le baril», explique Didier Houssin, le président de l’Institut français du pétrole Énergies nouvelles (IFP EN).

Il reste à voir si la décision de l’Opep permettra de continuer sur cette lancée et ainsi soutenir durablement les prix. «Il y a un risque de voir les efforts de l’Opep annihilés par la hausse de l’offre aux États-Unis. Les conditions d’équilibre du marché cette année sont donc incertaines», avertit Didier Houssin.

L’enjeu est vital pour les pays de l’Opep qui dépendent largement des recettes pétrolières. Celles-ci ont encore baissé de 15 % l’an dernier, selon les estimations du département américain de l’Énergie.

L’Arabie saoudite, habituée à afficher d’insolents excédents budgétaires et des réserves de change profondes, a ainsi accusé l’an dernier un déficit de 79 milliards de dollars. Le maintien du prix du pétrole est d’autant plus crucial pour le pays que Riyad prépare l’entrée en Bourse, prévue en 2018, de la compagnie pétrolière nationale Saudi Aramco, la plus grande du monde. Car le prix de l’or noir aura bien évidemment un impact sur la valeur du capital qui doit être ouvert aux investisseurs.