Pertes colossales pour les compagnies pétrolières en 2020

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Les défis s’accumulent pour les compagnies pétrolières: déjà pressées d’agir contre le changement climatique, elles ont connu un choc historique avec la crise du Covid-19, qui s’est traduite par des pertes historiques en 2020.

Les cinq plus grandes compagnies privées du monde – BP, Chevron, ExxonMobil, Shell et Total – viennent d’annoncer des pertes nettes cumulées de 77 milliards de dollars pour 2020, lors de la publication de leurs résultats. Sans compter les 5,5 milliards perdus par le géant norvégien Equinor.

« 2020 a été une année extraordinaire », a reconnu le directeur général de Shell, Ben van Beurden. « Nous nous souviendrons tous de 2020 comme d’une année charnière qui a apporté des défis inattendus et conduit à des changements significatifs », a jugé le PDG de Total, Patrick Pouyanné.

Les « supermajors » ont certes enregistré des charges purement comptables dans leurs comptes de l’an dernier mais elles ont aussi souffert d’une crise bien réelle avec la chute des cours des hydrocarbures.

La pandémie de Covid-19 a en effet massivement réduit la demande en mettant à l’arrêt des secteurs entiers de l’activité économique, comme le transport aérien. Pendant ce temps, les pays producteurs ont tardé à ajuster leur offre. Cela s’est traduit par une chute des cours, qui ont même été brièvement négatifs au printemps dernier.

Cette crise s’ajoute à la remise en cause du modèle des compagnies pétrolières, de plus en plus sous pression afin de faire plus contre le changement climatique.

« La transition énergétique, la volatilité des cours et la plus faible rentabilité augmentent les risques des producteurs de pétrole et de gaz », a souligné l’agence de notation financière S&P fin janvier. Elle se prépare à abaisser les notes de Chevron, ExxonMobil, Royal Dutch Shell, Total et du chinois CNOOC.

 

Vers une diversification salutaire

 

Les compagnies pétrolières « sont sur un terrain de plus en plus glissant car les effets du changement climatique se combinent à d’autres événements comme la pandémie du Covid-19 », remarque David Elmes, professeur à la Warwick Business School.

« La pression augmente pour qu’elles se diversifient », estime-t-il.

Les groupes européens tentent en particulier de prendre le virage de la transition énergétique en investissant de plus en plus dans l’électricité d’origine renouvelable. Une dynamique qui tranche avec les programmes d’économies et les abandons de projets dans les hydrocarbures.

Pour prendre ses distances avec le pétrole, Total va symboliquement prendre le nom de TotalEnergies afin de refléter son activité désormais « multi-énergies ». Avant lui, le norvégien Statoil était devenu Equinor.

Les renouvelables offrent notamment des revenus plus stables que ceux des hydrocarbures, par nature volatils. Même si cette volatilité du baril n’est pas forcément le facteur principal, aux yeux de certains observateurs.

« Les causes des diversifications d’aujourd’hui sont à rechercher du côté des politiques contre le changement climatique et des pressions des financiers, d’actionnaires, voire de clients qui pèsent sur les pétroliers pour se décarboner », estime François Lévêque, professeur à Mines-ParisTech.

De l’autre côté de l’Atlantique, ExxonMobil vient de créer un pôle dédié aux solutions « bas carbone ». Mais les compagnies pétrolières américaines restent dans l’ensemble fidèles à leur coeur de métier et s’aventurent peu vers de nouveaux rivages.

« Elles ont des logiques de rentabilité à plus court terme et les marchés américains n’aiment pas trop les entreprises qui se diversifient », remarque François Lévêque.

Sous pression, les deux géants américains du secteur avaient cherché une autre porte de sortie au plus fort de la crise: ExxonMobil et Chevron avaient évoqué l’an dernier la possibilité d’une fusion, selon le Wall Street Journal, ce qui aurait créé un mastodonte mondial.