Le projet fou du Luxembourg d'exploitation de mines dans l’espace

à 9:45

Le Grand-Duché donne son feu vert à l'exploitation des ressources minières des astéroïdes. Un projet ambitieux qui laisse cependant perplexes certains scientifiques.

Les ambitions économiques du Luxembourg n'ont plus de limites. Pas même celles de l'espace. Le pays le plus riche du monde (selon le PIB par habitant) a décidé de se lancer dans une ruée vers l'or spatiale. Le vice-premier ministre et ministre de l'économie du Grand-Duché, Etienne Schneider, a annoncé mercredi un projet gouvernemental baptisé “spaceresources.lu” visant à soutenir l'exploitation des ressources minières présentes dans les astéroïdes et sur la lune. Les entreprises qui souhaitent se lancer dans l'aventure vont pouvoir bénéficier d'un cadre réglementaire et juridique. Le Luxembourg devient ainsi le deuxième pays au monde après les États-Unis- et le premier pays européen- à s'engager dans cette ambitieuse voie.
Les sociétés intéressées seront encouragées à récupérer les minerais et surtout les métaux rares, comme le platine, présents en nombre, selon le Luxembourg, à la surface des astéroïdes. La mission s'annonce périlleuse: elles devront envoyer un engin qui voyagera vers le corps céleste, s'y posera et si nécessaire le déviera de sa trajectoire pour le mettre sur une orbite plus facilement exploitable. Une fois ce travail effectué, il faudra forer le corps céleste pour en extraire les métaux. La matière première ainsi récupérée sera transformée sur place pour alimenter les besoins des satellites tandis que l'eau présente sous forme de glace sera utilisée pour réapprovisionner les engins spatiaux. Autre possibilité: envoyer les métaux sur terre.

Des sociétés déjà intéressées
Le projet paraît fou mais il est réalisable, du moins sur le long terme, assure Jean-Jacques Dordain, ancien directeur général de l'Agence spatiale européenne (ESA), devenu conseiller du gouvernement luxembourgeois sur ce dossier. Les scientifiques parviennent déjà à atterrir sur les corps célestes comme l'a prouvé Philae en 2014. La Nasa, de son côté, travaille sur des technologies permettant de dévier un astéroïde de sa trajectoire en cas de danger. Quant au forage, le Luxembourg compte bien se réapproprier les techniques qui ont déjà fait leurs preuves dans les mines terrestres. 
Le Luxembourg n'a pas encore défini le budget qui sera alloué au projet “spaceresources.lu” mais une chose est sûre: il pourrait lui rapporter gros. Plusieurs milliers de milliards de dollars, selon ses propres estimations. Le sérieux et la réputation du Grand-Duché dans le domaine spatial, illustrée par la réussite de son opérateur satellitaire SES, suffi déjà à séduire. La société américaine Planetary Resources, qui développe des techniques pour exploiter les ressources minières des astéroïdes, a dit avoir “hâte de travailler” avec le Luxembourg, assure le ministère. Sa concurrente, la société américaine Deep Space Industries, serait aussi intéressée, selon lui.
Preuve du potentiel de ce projet, les États-Unis s'y sont déjà engagés, devenant ainsi le premier pays à donner leur feu vert à l'exploitation des ressources de l'espace. Il y a deux mois, le président américain Barack Obama a signé une loi autorisant l'usage commercial des importantes richesses minières des astéroïdes et de la Lune. Ce “Space Act” prévoit que tout matériau trouvé par un Américain ou une entreprise américaine sur le satellite naturel de la Terre ou sur ces corps célestes lui appartiendra. Le Luxembourg veut aller dans le même sens. Ainsi, les entreprises privées qui s'installeront au Luxembourg pour se lancer dans ce domaine seront assurées “de leurs droits” sur les ressources qu'elles extrairont des astéroïdes.