La mystérieuse disparition du propriétaire du Club Med

à 9:30

Guo Guangchang, milliardaire de 48 ans et emblématique figure des milieux d'affaires chinois, ne “peut plus être joint” depuis jeudi midi. Les titres de ses sociétés ont été suspendus à la Bourse de Shanghai et de Hong Kong.

C'est devenu une figure classique du “gouvernement selon la loi” avec des caractéristiques chinoises. Le patron du conglomérat chinois Fosun, propriétaire du Club Med, s'est volatilisé. Sa “disparition” serait liée à son placement sous enquête dans le cadre de la vaste campagne anti-corruption menée par le président Xi Jinping, selon le magazine Caixin.
Guo Guangchang, milliardaire de 48 ans et emblématique figure des milieux d'affaires chinois, ne “peut plus être joint” depuis jeudi midi, a indiqué Caixin, selon une formule consacrée, se référant à des sources non identifiées. “Il n'est pas encore clair s'il est visé par une enquête en cours ou s'il apporte son concours à une enquête” sur une tierce personne, avance le magazine économique réputé pour son ton incisif et la fiabilité de ses informations. Caixin citait des témoignages postés sur les réseaux sociaux, décrivant Guo emmené par la police dans un aéroport shanghaïen.

“Nous sommes de bons citoyens chinois”
L'arrivée au pouvoir de Xi, fin 2012, et le lancement de son opération “mains propres” a provoqué une série “d’éclipses” de hauts fonctionnaires ou de grands dirigeants d'entreprises chinois, soupçonnés de faits de corruption. Les observateurs estiment que le président Xi a fait de cette campagne, une arme redoutable pour éliminer ses rivaux. Les autorités détiennent régulièrement des personnalités au secret durant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, afin de les inciter à coopérer aux enquêtes et d'obtenir des aveux. La confession reste le principal élément à charge ouvrant la voie à une condamnation dans le système judiciaire de la République populaire.
Comme s'il avait pressenti l'orage, Guo Guangchang, dix-septième fortune de Chine avec 5,6 milliards de dollars, selon l'agence Bloomberg, avait tenu récemment des propos prémonitoires. “On m'a dit qu'en Chine, même si votre entreprise marche bien, lorsque le gouvernement veux vous nuire ou détruire votre entreprise, c'est très simple, avait-il écrit dans un article publié en juillet 2014. J'ai répondu que si je travaille bien, si l'entreprise marche bien, alors pourquoi le gouvernement voudrait-il tuer mon entreprise? Moi et les trois co-fondateurs de Fosun nous n'avons jamais cherché à immigrer à l'étranger. Nous n'avons pas de passeports étrangers et nous sommes de bons citoyens chinois. Nous sommes nés ici, nous avons grandi ici et nous avons confiance en notre pays”.

Les réseaux sociaux s'enflamment
Son revers de fortune a provoqué de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux chinois. “Dans l'économie de marché socialiste avec des caractéristiques chinoises, tous les patrons ont la faculté de disparaître”, ironise Jingdi Huanggong, un utilisateur du site de microblog Weibo. “En Chine, si les hommes d'affaires sont proches du pouvoir, ils risquent d'être jetés en prison. Mais s'ils sont éloignés du pouvoir, ils n'ont aucune chance de réussir”, souligne Changge Dangku, un autre utilisateur de Weibo.
Le conglomérat Fosun, l'une des plus grosses firmes privées de Chine, est à la tête d'activités très diverses (immobilier, assurances, loisirs, sidérurgie). Il est connu pour ses percées obstinées à l'étranger tous azimuts. Après deux ans de bataille acharnée, il avait ainsi pris le contrôle début 2015 du Club Med, le spécialiste français des clubs de vacances. Vendredi, les échanges sur les titres de ses filiales Fosun International et Fosun Pharmaceutical étaient suspendus à la Bourse de Hong Kong. Les actions de plusieurs sociétés de Fosun cotées à Shanghai étaient également gelées.