Les États-Unis et la Chine entrent au capital d’Air France-KLM

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Les actionnaires d’Air France-KLM ont approuvé l’opération financière, qui permet à Delta et China Eastern de prendre 20% des parts du groupe. Le projet a reçu un bon accueil général, mais des critiques se font jour sur les véritables motivations du projet.

C’est le grand jour: aujourd’hui lundi 4 septembre, l’assemblée générale des actionnaires du groupe Air France-KLM ont entériné l’entrée au capital des compagnies Delta Air Lines et China Eastern Airlines, annoncée en juillet par la direction de l’entreprise. L’Américain et le Chinois pourront donc prendre chacun 10% des parts de la compagnie, via une augmentation de capital qui devrait faire rentrer 750 millions d’euros dans les caisses. La somme doit notamment permettre de financer l’investissement d’Air France-KLM dans Virgin Atlantic (250 millions d’euros), et d’alléger sa dette de 2,9 milliards d’euros, pour le solde restant.

En juillet, l’annonce de l’augmentation de capital avait été bien reçue notamment par le gouvernement, Bruno Le Maire et Elisabeth Borne ayant salué l’opération. L’objectif est de renforcer les synergies commerciales sur les couloirs aériens rentables. Air-France-KLM, déjà leader européen à Shanghaï, pourrait ainsi prendre des parts supplémentaires sur les liaisons avec l’Asie. De même, l’investissement dans Virgin doit permettre de renforcer le partenariat transatlantique qui existe déjà entre Air France-KLM, Delta et Alitalia, en y ajoutant une compagnie bien en place à London Heathrow, aéroport pivot des liaisons vers l’Amérique.

Critiques sur les motivations du projet

Au moment de l’annonce, les syndicats CFDT pilotes, et Personnel navigant commercial et sol d’Air Francese félicitaient du rapprochement avec Virgin, Delta et China Eastern, qui permettra de retrouver une «dynamique de conquête», même si les organisations restent vigilantes sur la préservation des intérêts des salariés. Mais malgré un bon accueil global réservé au projet, plusieurs critiques sur la stratégie du groupe se sont fait entendre, résumées dans une prise de parole de deux pilotes, également anciens administrateurs et syndicalistes d’Air France. Dans un article de La Tribune , Bernard Pédamon et Philippe Raffin dénoncent la «naïveté» des dirigeants et des pouvoirs publics sur le projet, et font part de leurs objections.

Le premier risque évoqué est celui de la perte d’indépendance, l’opération faisant des nouveaux entrants de gros actionnaires susceptibles de prendre le contrôle du groupe à terme, alors même que China Eastern est une entreprise détenue à 65% par l’État chinois, et que les États-Unis n’ont jamais laissé tomber leurs compagnies dans les moments de crise.

Les deux pilotes expliquent aussi que l’augmentation de capital par l’incapacité du groupe à se réformer, nécessitant ainsi de l’argent frais pour financer ses lourds coûts sociaux: «les considérations sociales à Air France auront une fois encore primé sur les considérations industrielles». De même, leurs critiques portent sur le prix fixé pour l’investissement de Delta et China Eastern. 75 millions d’actions nouvelles vont être émises, à 10 euros chacune, alors que le cours de marché est entre 12 et 13 euros. Une décote d’environ 20% alors même que, citant des comparables boursiers, la valeur de la compagnie apparaît comme encore faible. À titre d’exemple, Ryanair est valorisé à 25,5 milliards de dollars, quand Air France-KLM en vaut 4,5 milliards.

Par Luc Lenoir