En Europe, l'explosion du nombre de billets de 500 euros inquiète

à 11:30

Facile à stocker, mais quasiment inutilisable dans la vie quotidienne, le billet violet plaît à ceux qui veulent discrètement transporter de fortes sommes. Et pas toujours pour de bonnes raisons.

C'est une «inflation» qui commence à sérieusement angoisser les autorités européennes: celle des billets de 500 euros. La Commission européenne, à l'issue d'une réunion sur la question ce mardi, va donc décider de lancer une enquête en collaboration avec Europol dans le cadre de son «plan d'action» général contre le financement du terrorisme.
 
Croissance exponentielle
Les autorités politiques et policières européennes craignent en effet que cette hausse de popularité du billet violet ne s'explique principalement par des mouvements d'argent plus nombreux chez des groupes terroristes ou criminels. Et la réalité sur le terrain de l'usage du billet de 500 euros tend à confirmer les soupçons. Une enquête d'Europol publiée en 2015 montrait en effet que les billets de 500 euros représentaient cette année là… le tiers de la valeur cumulée de tous les billets mis en circulation (soit environ 307 milliards d'euros, 50% de plus qu'il y a dix ans), alors qu'ils ne représentent que 3,2% des billets émis. Une hausse exponentielle pour un «billet d'appoint», censé faciliter les grosses transactions et souvent réfusé par les commerçants.
 
La Banque centrale européenne reconnaît d'ailleurs une «croissance disproportionnée» du billet, qui est au passage, selon les variations de change, la coupure ayant la plus grande valeur au monde. La BBC rappelait d'ailleurs en 2011, lorsque l'euro atteignait des sommets, qu'il faudrait une grande valise pour transporter la somme d'un million de dollars en billets de 100 dollars (la plus grosse coupure américaine), mais seulement un sac à main pour contenir l'équivalent en euros.

Le billet favori des épargnants
La réunion de mardi à Bruxelles était motivée notamment par les exigences de la France de la lutte contre le terrorisme. Pourtant la volonté de groupes illégaux de faire transiter aisément et discrètement des fonds n'est pas la seule cause de la popularité exponentielle du billet violet. Au début de la crise financière, l'inflation particulièrement marquée et la crainte de voir les banques faire faillite a poussé les épargnants les plus craintifs à retirer leur argent, en exigeant des billets de 500 euros, très faciles à conserver. Le Financial Times note ainsi que la location d'un coffre à la Deutsche Bank pouvant stocker trois millions d'euros (soit 6000 billets) ne coûte que 60 euros par an. Cette facilité «logistique», née avec la crise, a implanté des habitudes durables chez les épargnants.

Lundi, veille de la réunion européenne, le Bild, premier quotidien allemand, publiait une lettre que ses lecteurs pouvaient envoyer directement à Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand, pour protester contre toute limitation du paiement en liquide. Et l'idée d'une mise au ban du billet de 500 euros fait naître chez l'épargnant outre-Rhin une crainte, sans doute plus forte encore que celle de la circulation occulte de flux financiers: celle d'une possible union bancaire à l'échelle européenne, que l'Allemagne fait tout pour retarder.
Un choix de répartition qui s'adapte à la demande locale
C'est l'Eurosystème qui, en principe, donne le signal pour générer de nouveaux billets de banque. Cet organe de l'Union européenne est composé de la banque centrale européenne et de toutes les banques centrales nationales de la zone euro. Pour choisir la répartition précise, chaque banque centrale se base ensuite sur les statistiques des billets rentrant et sortant sur le marché, donnant une indication sur les usages locaux vis-à-vis des billets. Il existe donc une certaine liberté dans le choix de la répartition des différents billet, tant que cela respecte la masse monétaire globale définie. L'Allemagne, ou le paiement en liquide est très répandue, génère ainsi de nombreux billets de 500 euros, là où la demande française ne sollicite guère de billets au-delà d'une valeur faciale de 50 euros.