En Cisjordanie, des élections municipales plombées par la division entre le Fatah et le Hamas

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Les électeurs palestiniens sont invités ce samedi à renouveler leurs conseils municipaux dans plus de 300 villes et villages. Mais le mouvement islamiste a décidé de boycotter ces élections locales.

 

La tenue des élections municipales en Cisjordanie, initialement programmée en octobre dernier, avait été repoussée en raison de la brouille persistante entre le Fatah du président Mahmoud Abbas et le Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza. Leurs désaccords n’ayant pu être aplani, le mouvement islamiste a choisi de boycotter ces élections locales. «À défaut de réamorcer la machine démocratique palestinienne, en panne depuis dix ans, elles permettront vraisemblablement d’améliorer les services fournis à la population dans les localités concernées – où l’histoire récente montre que les exécutifs se révèlent plus performants lorsqu’ils sont élus que lorsqu’ils sont désignés», veut croire Ghassan Abou Khatib, politologue à l’université de Bir Zeit.

 

D’autres observateurs, plus amers, estiment que l’organisation d’élections dans une partie seulement de ces territoires souligne la persistance d’un schisme mortifère au sein du mouvement national palestinien. Le Hamas, dont le Fatah a rejeté la victoire dans les urnes en 2006, a pris l’année suivante le contrôle de la bande de Gaza par les armes. Les accords de réconciliation signés depuis lors sont restés lettre morte tandis que le fossé entre l’enclave côtière et la Cisjordanie n’a cessé de s’approfondir. Les Palestiniens citent cette division comme l’une des principales sources de leurs difficultés. Selon un récent sondage réalisé par le Centre palestinien de recherches et d’études politiques, seuls 42% d’entre eux envisagent de participer aux élections organisées ce samedi. Les autres jugent cette consultation inutile, voire néfaste au rapprochement entre les deux factions.

 

La dernière tentative en date d’organiser un scrutin à la fois en Cisjordanie et à Gaza remonté à octobre 2016. Hamas et Fatah s’étaient alors mis d’accord pour coopérer au sein d’une commission électorale conjointe, avant que les incidents ne se multiplient dans la dernière ligne droite. Le mouvement islamiste dénonça le harcèlement de ses militants par les services de sécurité de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie. Un tribunal contrôlé par le Hamas décida pour sa part d’invalider plusieurs listes du Fatah dans la bande de Gaza. Le parti du président Abbas répliqua, en violation de l’accord passé avec les islamistes, par la formation d’une cour électorale compétente pour infirmer ce jugement. Le Hamas décida alors de se retirer du processus.

«L’objectif initial, qui était de remettre en route la machine démocratique palestinienne en permettant aux deux grands partis de jauger leur niveau de popularité, n’est malheureusement plus d’actualité», déplore Mkhaimar Abousada, professeur de sciences politiques à l’université al-Aqsa de Gaza. Le Fatah n’affrontera en effet, ce samedi, que des factions laïques d’importance secondaire. «L’expérience montre que l’affiliation politique ne joue qu’un rôle annexe dans le vote aux élections locales, relativise Ghassan Abou Khatib, loin derrière l’appartenance clanique et les compétences prêtées aux candidats.»

 

Aucune élection générale n’ayant été organisées depuis 2006, le Hamas et le Fatah en sont réduits à se baser sur des scrutins sectoriels pour mesurer leurs poids respectif. La récente victoire du mouvement islamiste, pour la troisième année consécutive, aux élections syndicales de l’université de Bir Zeit a ainsi retenu l’attention des observateurs. «Le Fatah a aussi remporté des victoires importantes, notamment à l’université al-Najah de Naplouse, nuance Mkhaimar Abousaada. Mais la domination islamiste dans le bastion séculaire et libéral de Bir Zeit traduit à l’évidence un large rejet de l’Autorité palestinienne.»

Ce scrutin intervient alors que Donald Trump doit effectuer les 22 et 23 mai prochains une visite attendue au Proche-Orient. Le président américain, qui dit vouloir parvenir à un «deal ultime» entre Israéliens et Palestiniens, rencontrera notamment Benyamin Nétanyahou et Mahmoud Abbas. Selon son conseiller pour la sécurité nationale, le général McMaster, il devrait appuyer l’aspiration du peuple palestinien à l’autodétermination. Donald Trump a jusqu’à présent refusé de se prononcer explicitement pour la création d’un État palestinien, à laquelle oeuvre depuis la signature des accords d’Oslo l’Autorité présidée par Mahmoud Abbas.