Idriss Bensmail (BMCI): «L’enjeu principal est de travailler à la phase de rebond de l’économie»

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Alors que l’économie marocaine est quasiment à l’arrêt, les établissements bancaires ont été les premiers mobilisés par le gouvernement et la Banque centrale afin d’atténuer les conséquences sociales liées au confinement. Idriss Bensmail, membre du directoire et directeur général adjoint à la BMCI, fait le point sur la question pour H24info, notamment en ce qui concerne l’institution qu’il représente. Interview. 

H24info: L’une des premières mesures prises par le CVE a été le report des échéances bancaires pour les salariés en arrêt de travail. Où en êtes-vous dans les traitements des demandes ? Et combien en avez-vous reçues?

Idriss Bensmail : Au vu de ce contexte exceptionnel, la BMCI a mis en place, très rapidement, un dispositif spécifique pour faciliter le report des échéances et propose ainsi le report des crédits habitat et consommation aux clients particuliers qui subissent un chômage technique ou sont en situation de travail partiel ou qui connaissent une baisse significative de leurs revenus.

Pour les professionnels, un report des échéances de crédit est également possible si une baisse d’activité est constatée. Les entreprises directement impactées par la crise (baisse significative du chiffre d’affaire, fermeture temporaire, etc.), peuvent également bénéficier d’un report d’échéance des crédits d’investissement ou de certains crédits court terme (refinancement en devises ou en MAD, crédits dit Spot…).

A ce jour, nous avons reçu un nombre important de demandes de report d’échéances via l’ensemble de nos canaux. Toutes nos équipes commerciales sont fortement mobilisées sur ces volets auprès de nos clients depuis le 20 mars. Nous avons pu répondre au 31 mars à une grande partie des demandes de nos clients. Cela représente en moyenne 8 à 10% des échéances sur les 3 mois à venir. Ces chiffres restent néanmoins provisoires car nous traitons au quotidien de nouvelles demandes.

 

 

Covid-19: autorisation de retrait de l’aide financière des Ramedistes dans certains cas exceptionnels

 

 

Prenons le cas d’un de vos clients endetté qui a plusieurs crédits (voiture, logement, frais scolarités, etc) et qui voit sa situation fragilisée par la crise. Que peut faire la banque dans ces cas-là pour le soulager ?

La BMCI reste pleinement mobilisée pour accompagner l’ensemble de ses clients impactés par cette crise inédite afin d’étudier leurs besoins et y répondre au mieux.

Tout ménage qui est affecté ou toute entreprise qui subit les effets directs ou indirects de cette crise trouvera auprès de nos équipes écoute, appui et assistance. Nous sommes engagés à étudier tous les cas de figure notamment les possibilités de reports des échéances d’un ou de plusieurs crédits. Par ailleurs, dans le cas d’un crédit habitat basé sur les revenus du ménage, il est possible, si l’un des deux emprunteurs se retrouve en difficulté suite à cette crise, de bénéficier des mesures de report d’échéances.

Aucun frais ni pénalités ne seront appliqués dans le cadre du traitement des demandes de report d’échéances pour les clients en difficulté. Il n’y a aucune majoration du taux contractuel, cependant, pour les clients qui demandent un report des échéances sur une durée de 3 mois, les sommes reportées seront productives d’intérêts et plusieurs options seront proposées aux clients.

 

Les banques ont également en charge la distribution des aides aux ramedistes (ndlr: l’opération a commencé le 6 avril), y a-t-il un dispositif particulier prévu afin d’endiguer l’affluence au niveau des agences ? Les banques sont-elles en contact avec les autorités sécuritaires pour la gestion de cette opération ?

La BMCI est mobilisée, via l’ensemble de son réseau, dans le cadre du dispositif mis en place pour la distribution des aides versées par l’Etat  aux  bénéficiaires du RAMED.

A partir du 6 avril, la BMCI propose aux ménages concernés, ayant reçu un SMS de la banque, de s’orienter vers l’agence BMCI la plus proche de leur domicile pour récupérer le montant de l’aide allouée par l’Etat. Nos agences, dans tout le Royaume sont engagées pour contribuer à la réussite de cette opération inédite.

Le flux est bien géré à l’extérieur de l’agence avec une distance de sécurité au niveau de la file d’attente (les clients rentrent un par un). Par ailleurs, toutes les mesures d’hygiène sont prises à l’intérieur des agences depuis le début de la crise (masques, gants et des vitres barrière entre la caisse et les clients).

La BMCI travaille en étroite collaboration avec le ministère de l’Intérieur, les Wilayas et BAM pour traiter dans les meilleures conditions ces opérations inédites dont l’impact est important pour le pays.

 

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Dans un cadre de morosité économique, à quel point le secteur bancaire est-il touché ? La baisse des liquidités va-t-elle s’aggraver après cette crise? Une contraction de l’offre de crédits est-elle à prévoir après le déconfinement ? Et quel impact sur le programme Intelaka ?

Le secteur bancaire a de bons ratios de solvabilité et de liquidité en lien avec la gestion prudentielle et anticipative mise en place par BAM.

Face aux conséquences économiques et sociales de cette pandémie, l’Etat et les régulateurs financiers ont pris des mesures pour soutenir l’économie et pour garantir la liquidité au niveau de la place.

A l’heure actuelle, il est trop tôt pour évoquer des scénarios précis. Nous ne disposons pas du recul nécessaire pour quantifier les impacts économiques de cette crise singulière. Le secteur bancaire joue un rôle central d’appui aux entreprises.Il est également en  première ligne  pour l’assistance aux particuliers et aux entreprises pendant cette phase de confinement et devra l’être encore plus à la sortie du confinement pour accompagner le rebond de l’économie avec des mesures spécifiques.

Concernant le programme Intelaka, il demeure inscrit dans nos priorités. Nous sommes en phase avec les recommandations des autorités dans le sens où même si ce programme est actuellement en stand-by, il reste l’un des chantiers importants qu’il faudra accélérer dès le retour à la normalité.

 

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Une hausse des impayés bancaires est-elle à prévoir pour les particuliers ? Le secteur pense-t-il à un nouveau plan de médiation ?

La crise sanitaire actuelle aura des conséquences certaines au niveau économique et social pas uniquement au Maroc mais à l’échelle mondiale.

Les mesures d’accompagnement (report d’échéances, …), mises place dans l’urgence, visent à limiter la progression du taux d’impayés. Les mesures d’appui aux personnes au chômage déclarées à la CNSS ou porteurs de la carte du RAMED ont pour objectif de donner du pouvoir d’achat pour subvenir aux besoins vitaux. La hausse des impayés dépendra de la durée de la crise et aussi de la rapidité avec laquelle nous en sortirons (relance de l’activité, pouvoir d’achat…).

L’enjeu principal et primordial est de travailler à la phase de rebond de l’économie en préparant  les conditions d’une reprise durable de l’activité tant pour nos clients corporate  que particuliers et professionnels.