Hamid Bentahar: «Si nous n’ouvrons pas les frontières aux touristes étrangers, la saison 2021 sera pire que 2020»

Hamid Bentahar, président du CRT Marrakech et Vice-Président AccorHotels Afrique & Océan Indien. DR

La ville ocre espère revoir ses touristes cet été. De son côté, le tourisme national ne permettra pas de sauver la saison qui risque d’être pire que celle de l’an dernier, s’inquiète Hamid Bentahar, président du Centre Régional de Tourisme de Marrakech-Safi, interrogé par H24Info.  

Capitale touristique du pays, Marrakech a été malmenée par les restrictions nationales et internationales pour contrer la propagation du coronavirus en 2020. Les touristes étrangers sont arrivé au compte-goutte cette année.

Pour cet été, les professionnels espèrent un retour vers le chemin de la normalité. Mais à quelques semaines du démarrage de la saison, des doutes persistent sur une réouverture ou non des frontières, mais aussi sur la possibilité de se déplacer entre les villes du royaume.

Hamid Bentahar, président du Centre Régional de Tourisme de Marrakech-Asfi et PDG d’Accor Gestion Maroc, affirme que trois scénarios se profilent, dont un dernier qui ne présage rien de bon si les déplacements restent interdits et les frontières fermées.

Le premier scénario concerne justement une levée de ces restrictions le plus tôt possible, indique Hamid Bentahar. Cet assouplissement devrait concerner d’autres pays notamment les États-Unis, des pays en Asie, du Moyen Orient et même certains pays européens qui tentent de s’activer pour préparer l’été et reprendre une activité normale, poursuit notre interlocuteur.

 

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Ce scénario est celui «rêvé et voulu par tous les professionnels qui prient pour que l’année 2021 soit un peu meilleure que 2020», confie Hamid Bentahar, soulignant que de telles décisions permettraient aussi à des millions de Marocains résident à l’étranger de passer des vacances au pays.

Le tourisme national ne sauvera pas la saison

Dans le cas où le Maroc reconduit la suspension de ses liaisons aériennes avec plus d’une cinquantaine de pays, la saison s’annoncerait très mal. En effet, «si nous n’ouvrons pas les frontières aux touristes étrangers et que nous nous contentons du tourisme national, alors l’année 2021 sera pire que l’année 2020», confie le directeur du CRT.

«L’année précédente a été dure pour tout le royaume et tous les pays du monde, toutes les destinations ont pris un coup dur (…) le tourisme interne avait toutefois été autorisé au Maroc, mais nous avons vu qu’il n’a pas pu sauver le secteur», indique Hamid Bentahar.

«Sur cette base-là, nous savons d’ores et déjà qu’il ne pourra pas compenser le manque de touristes étrangers», souligne l’expert, notant «qu’il s’agit d’un calcul mathématique très simple, mais qui laisse entrevoir les conséquences que cela aura sur le secteur dans son ensemble».

La ville ocre qui avait pour habitude de battre chaque année de nouveaux records a pris un coup sans précédent en 2020. Les hôtels ont été désertés et la bruyante Jemaa el-Fna est demeurée silencieuse. Aujourd’hui, les professionnels tendent l’oreille et espèrent entendre de bonnes nouvelles dans les jours à venir, confie le directeur du CRT de Marrakech-Safi.

«Nous devrons rassurer nos partenaires nationaux et internationaux qui doivent eux aussi s’organiser, en commercialisant ou non les vols, ce qui a besoin d’être fait à l’avance», souligne-t-il également.

Mais au-delà, «il s’agit de se remettre dans une réelle dynamique, en redonnant espoir à tous les artisans, cafetiers, restaurateurs, transporteurs, guides, conteurs de Jemaa el-Fna et tous les autres milliers de travailleurs de ce secteur», explique Hamid Bentahar, soulignant que ces gens ont besoin «de visibilité et de travail dans l’immédiat».

 

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Les meilleurs scénarios tablent sur une relance du secteur dans une ou deux années. «Ce sera long, nous le savons, mais plus nous tarderons, plus ça sera difficile», estime l’expert.

Deux facteurs pourraient aider cette année, d’abord l’envie de voyager qui reprend puis la situation sanitaire qui semble être maitrisée au Maroc et dans certains pays voisins, poursuit-il.

De ce fait, «nous espérons voir des prises de décisions qui vont dans le sens d’une ouverture progressive sans évidemment sacrifier ni la sécurité ni la santé des vacanciers. Et d’ailleurs quel que soit le scénario qu’on choisira, il sera bien évidemment déployé dans le respect des mesures sanitaires», insiste Hamid Bentahar.

Afin de renforcer ces mesures, certains pays imposent désormais aux touristes de présenter un passeport vaccinal. Ils sont encore rares, mais la liste pourrait s’allonger. Au Maroc, la question avait été abordée mais demeure en suspens, même si tous les vaccinés reçoivent une attestation de vaccination, dont l’utilité n’a pas été dévoilée.

«Ce que nous aimerions c’est évidemment de voir tous les Marocains vaccinés, mais en attendant nous devrons vivre une période en ayant recours à des tests PCR et pourquoi pas des attestations de vaccination», affirme le directeur du CRT.

Le rythme de fabrication des vaccins est plus lent que ce que l’on aurait espéré tous, affirme Hamid Bentahar et pour atteindre nos objectifs il nous faudra du temps. En effet, le Maroc ambitionne de vacciner 80% de sa population, un pari bien engagé mais qui doit encore faire face aux problèmes d’approvisionnement.

Pour rappel, le secteur touristique continue de subir les répercussions de la crise sanitaire, affichant, à fin février 2021, un repli de 81% au niveau des arrivées et de 65% au niveau des recettes, après des hausses de 6,1% et 14,9% respectivement un an auparavant selon les derniers chiffres du ministère des Finances.