Ghosn livre les détails du projet qui aurait provoqué sa chute

à 13:45
(Photo ERIC PIERMONT / AFP)

Dans une interview aux Échos, l'homme d'affaires explique que ce projet, qui visait à intégrer Renault, Nissan et Mitsubishi, suscitait de fortes réticences chez Nissan. Pour l'éviter, le constructeur japonais lui aurait tendu un «piège» qui l'a conduit en prison.

C'est bien le projet d'intégration de Renault, Nissan et Mitsubishi qui a conduit à sa perte. Carlos Ghosn l'affirme avec certitude dans un entretien accordé cette fois aux Échos . Lors de ce tête-à-tête de quinze minutes, le patron de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi a expliqué qu'il y avait «beaucoup d'opposition et d'anxiété» autour de ce projet qui visait à intégrer les trois entreprises. Carlos Ghosn travaillait dessus depuis la fin de l'année 2017. «J'avais dit à Hiroto Saikawa [le directeur général de Nissan] que si je décidais de faire un autre mandat à la tête de l'Alliance, nous allions devoir travailler beaucoup plus sur l'intégration. (…) L'objectif était clair, mais il y avait des résistances dès le départ», explique-t-il.

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Concrètement, le projet de Carlos Ghosn visait à «garantir la stabilité de l'Alliance» en créant «un holding qui aurait contrôlé les trois entités et possédé la totalité des actions des groupes», détaille le dirigeant. «Mais ce système devait être basé sur les performances solides de chaque entreprise». Or Nissan n'était pas au mieux de sa forme. «La performance de Nissan a baissé durant les deux dernières années. Si vous regardez les résultats et les forces de Nissan, Mitsubishi et Renault, vous voyez bien qu'il y a un problème», ajoute-t-il. De là à inciter Hiroto Saikawa à le faire chuter? «Il n'y a aucun doute là-dessus. C'est une affaire de trahison», affirme Carlos Ghosn, comme il l'avait déjà fait dans un entretien au journal japonais Nikkei , la veille.

L'ex-patron de Renault confirme que Hiroto Saikawa, qui a fait éclater «l'affaire Carlos Ghosn» en novembre, était sur la sellette («quand la performance d'une entreprise baisse, aucun PDG n'est immunisé contre un limogeage»). Le patron japonais aurait donc pris la tête d'une «armée» destinée à le faire tomber avant qu'il ne mène à bien son projet. «Chez Nissan, les gens qui sont au cœur des accusations sont aussi ceux qui font l'enquête. Ce sont des personnes qui étaient très profondément impliquées dans les affaires légales de Nissan. C'est tout de même très surprenant», explique Carlos Ghosn.

Revenant sur les accusations dont il fait l'objet, l'ex-dirigeant nie toujours en bloc. «On m'accuse de ne pas avoir déclaré des revenus que je n'ai jamais reçus», ironise-t-il. Et pour les 14 millions d'euros versés à l'homme d'affaires saoudien Khaled Al-Juffali ? «Tout le monde sait qu'il nous a beaucoup aidés dans la région et en Arabie Saoudite à l'époque», explique-t-il, ajoutant que «les paiements qui lui ont été faits ont été signés par quatre cadres de Nissan». Au final, tout n'est que «fausses accusations» destinées à «détruire sa réputation». D'ailleurs, son choix de quitter la présidence de Renault ne doit pas être interprété comme un aveu, prévient-il. «On ne pouvait pas maintenir Renault dans une situation où la gouvernance était temporaire (…) Mais j'aurais ardemment souhaité avoir l'occasion de m'expliquer devant le conseil d'administration».

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Carlos Ghosn déplore le fait d'être puni avant d'être déclaré coupable. Il estime ne pas pouvoir mener sa défense dans de bonnes conditions. «Chez Nissan, il y a plusieurs centaines de personnes dédiées à l'affaire. Au bureau du procureur, ils sont 70 à travailler sur le cas. Moi, je suis en prison depuis 70 jours sans avoir accès à un téléphone ou à un ordinateur», critique-t-il, écorchant au passage le système judiciaire japonais. «Ça n'arriverait dans aucune autre démocratie du monde», regrette-t-il. Carlos Ghosn pointe du doigt ses conditions de détention difficile, avec une lampe constamment allumée, même la nuit, l'interdiction de porter une montre ou de parler à ses enfants au téléphone. Il espère toujours obtenir une libération sous caution. «Je suis fort, mais je suis fatigué de tout ça», concède-t-il.