Conserve de poisson: un secteur vital pour l’économie marocaine

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Secteur vital pour l’économie marocaine, la conserve de poisson a été frappée de plein fouet par les conséquences de la crise du covid-19, puisqu’une vingtaine d’usines sont fermées depuis le début de la semaine. Pourtant la filière avait pris toutes les mesures anti-covid, sans empêcher l’apparition de plusieurs foyers de contaminations dans les industries.

Alors que la haute saison débute en ce moment (juillet), le secteur tourne à peine avec un taux d’utilisation de ses capacités de production de 50 à 60%, rapporte L’Économiste dans un article daté du 8 juillet. En tout, la filière enregistre 49 unités industrielles dont quatre agréées pour le marché local. La capacité installée s’élève à 800.000 tonnes de matière première par an, sur la base de 230 jours d’activité, avec à la clé 26.000 emplois directs et 100.000 indirects.

Les conséquences néfastes sur l’emploi, la valorisation et l’export sont à redouter, notamment en termes de « perte des parts de marché dont la reconquête nécessiterait beaucoup d’efforts, en termes d’investissement », souligne la profession. Au 1er trimestre, les débarquements de petits pélagiques ont déjà chuté de 18% par rapport à la même période l’an dernier.

Toutefois, l’apparition de la pandémie a coïncidé avec la basse saison (mars 2020) pour la pêche, ainsi la moitié des unités était à l’arrêt pour la période habituelle de maintenance. Avec un effectif diminué, la profession a pu maintenir l’activité tout en mettant en place les recommandations de la tutelle «de maintenir son activité dans l’objectif d’amortir les impacts social, économique et surtout alimentaire», le tout avec respect de la distanciation sociale, l’augmentation des fréquences de nettoyage et de la désinfection.

Ces mesures ont finalement conduit à une importante diminution de la production. Bien qu’une vingtaine de sardiniers (RSW) maintienne ses activités, elle suffit à peine à satisfaire ses propres besoins, poursuit le quotidien. Le phénomène influe surtout sur les ports de Dakhla et de Lâayoune, les deux premières sources d’approvisionnement en matière première (près de 75% de l’approvisionnement en sardines).

Pour sauver le secteur, la Fédération nationale des industries de pêche et de valorisation (Fenip) a saisi le 4 juillet le ministère de l’Intérieur, le département de la pêche ainsi que le wali de la région de Marrakech-Safi.

 

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« Dans cette lettre, nous exprimons notre adhésion à toutes les mesures préconisées par les autorités sanitaires. Ceci dit, nous demandons également aux responsables de redoubler de vigilance. Quand des cas sont détectés dans des usines, il ne faut isoler que les cas testés positifs sans pour autant fermer complètement l’usine », commente Hassan Sentissi El Idrissi, Président de la Fenip, dans une interview accordée hier à L’Opinion.

Et d’ajouter: « Les mesures imposées sont scrupuleusement respectées, mais, on ne peut pas tout contrôler. Si on ferme toutes les usines, l’impact sur le secteur sera fort pesant. Maintenant que notre message a été adressé, il faut laisser le temps aux responsables pour étudier la situation et prendre la bonne décision ».

Dans tous les cas, la profession s’engage à accomplir la désinfection immédiate et sous contrôle des autorités compétentes des établissements de transformation des produits de la mer. Si des cas positifs se déclarent, ceux-ci seront retirés de l’usine et pris en charge selon la procédure sanitaire en place, tout en poursuivant les activités administratives et d’expédition des produits finis. Le but étant de protéger la santé du personnel, d’éviter sa mise au chômage technique et d’honorer les commandes des clients pour qu’ils ne se détournent pas vers la concurrence.

Pour rappel, l’industrie de la conserve de poisson est le principal employeur de la ville de Safi avec plus de 7.000 emplois directs et 30.000 emplois indirects. Cette industrie exporte plus de 90% de sa production vers plus de 100 pays à travers le monde.