Banques participatives, l’évolution en trompe l’œil

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L’encours des financements par Morabaha des banques participatives a totalisé 7,17 milliards de dirhams (MMDH) à fin juillet en augmentation de 174%, selon Bank Al Maghrib (BAM). Une évolution en trompe-l’œil qui cache mal les contraintes qui entravent le développement de la finance participative au Maroc.

Le développement du réseau des agences des banques participatives se poursuit avec une progression de 46%, passant de 100 à 124 entre fin décembre 2018 et fin juillet 2018. Pour un responsable de l’Association marocaine des professionnels de la finance participative (AMFP), « L’ouverture de 24 nouvelles agences en seulement sept mois reste une bonne chose. L’augmentation du nombre les comptes à vue ont atteint 73.528 contre 56.918, soit une variation annuelle de +61,7%, l’est aussi, sauf que la cadence doit être plus importante».

Cette tendance positive se confirme, indique la même source, avec les dépôts à vue qui sont passés de 1,546 MMDH à fin 2018 à 2,05 MMDH à fin juillet 2019, en augmentation de 83%. Pour cet expert de la finance participative, le fait que les dépôts d’investissement, qui sont de nouveaux produits, ont atteint 73 millions de dirhams (MDH) en augmentation de 216% constitue une bonne nouvelle.

Dépourvue d’assurance, la Mourabaha se développe

L’encours des financements par Mourabaha a pratiquement dépassé les 7 milliards (7,17 MMDH à fin juillet dernier, contre 4,55 MMDH à fin 2018, en augmentation de 174 %) répartis entre l’immobilier (6,5 MMDH) et l’auto (568 MDH) et l’équipement (24 MDH).

Ces chiffres ne représentent pas le réel potentiel de la finance participative, affirme un professionnel sous le sceau de l’anonymat. «Nous aurions dû avoir beaucoup plus que cela pour la simple raison  qu’il y a d’autres maillons de l’écosystème de la finance participative qui ne sont pas au rendez-vous», ajoute un autre membre de l’AMFP.

Le Takaful reste parmi les autres piliers dont reste privé jusqu’à présent l’écosystème participatif. «Cela nous pénalise parce que tout simplement les 7 milliards dont on a parlé ne sont pas aujourd’hui assurés et ça constitue un risque systémique ». Autrement dit, «celui qui veut essayer un produit aura un grand problème parce qu’il n’a pas d’assurance derrière », explique notre source.

Les maillons qui manquent

Les autres produits de la finance participative à savoir Ijara, Moucharaka, Moudaraba , Salam, et Istithmar ne sont pas épargnés par les difficultés.

« La Ijara, l’équivalent du leasing,  est un produit que demandent les Marocains, mais qui n’est pas encore disponible. La Moucharaka, la Moudaraba qui sont des produits destinés normalement au financement de la PME, la TPE et les autoentrepreneurs tel que cela a été recommandé par le roi n’ont pas encore vu le jour», regrette un autre professionnel également membre de l’AMFP. «Il faut que la Moucharaka et la Moudaraba voient le jour rapidement pour qu’on puisse effectivement accompagner les opérateurs », insiste-t-il.

Il y a un autre produit qui s’appelle «Salam» qui est l’équivalent du financement du besoin de fonds de roulement pour les agriculteurs qui doivent également voir le jour. Sans oublier l’Istithmar (la wakala bil istithmar ou «convention d’investissement» ndlr) pour construire une maison, une usine, etc. C’est l’équivalent  de la vente en l’état futur d’achèvement VEFA qui connaît le même sort», regrette la même source. Il n’y a pas que cette partie qui n’est pas encore au rendez-vous, mais aussi  le marché des capitaux.

Un marché sous-capitalisé

«Nous avons besoin également d’un marché des capitaux performant, nous avons besoin d’OPCVM participatifs, d’OPCI participatifs et nous avons besoin d’un indice boursier participatif», tient à souligner un expert dans le domaine en soutenant «on en a besoin parce qu’on est appelé à collecter de l’épargne».

«Les 73 MDH collectées aujourd’hui, on doit les placer avec des rendements intéressants. Si on n’a pas un marché performant, à un certain moment les rendements seront faibles et les Marocains seront déçus », détaille la même source.

«Il nous faut absolument un marché de capitaux à l’instar de la finance conventionnelle pour qu’on puisse dynamiser la finance participative et parler effectivement d’un écosystème qui évolue d’une manière sereine», insistent les professionnels.

«Aujourd’hui, la finance participative n’a pas pu créer de l’emploi pour les jeunes parce que tout simplement, l’écosystème n’est pas au complet. Les régulateurs ne travaillent pas en synergie. BAM prend le devant, mais on a un retard au niveau des assurances et du marché des capitaux. Il faut que les trois régulateurs (BAM, AMMC et ACAPS) travaillent main dans la main en parallèle pour arriver aux objectifs assignés », a-t-il conclut.